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Quand Ségolène Royal prenait le pouvoir sans ménagement à la tête de la région Poitou-Charente
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Bonnes feuilles

Quand Ségolène Royal prenait le pouvoir sans ménagement à la tête de la région Poitou-Charente

Pour ceux qui ne la connaissent qu’à travers les médias, Ségolène Royal est une politicienne au sourire éclatant et enjôleur faisant montre, parfois, d’un humour taquin sur les plateaux de télévision. Pour ceux qui ont été amenés à la côtoyer, cette femme à l’ambition dévorante est aussi une personne autoritaire et cassante, régnant sur des obligés dévoués à sa cause. L’essentiel de ses compétences demeure une science maîtrisée de la communication. Extrait de "La princesse Royal", de Patrick Guilloton, aux éditions du Cherche Midi 1/2

Patrick Guilloton

Patrick Guilloton

Patrick Guilloton a effectué l'essentiel de sa carrière de journaliste au sein du quotidien régional Sud-Ouest. Il a suivi Ségolène Royal durant plus d'une décennie, tant dans son rôle de présidente de région que lors de ses échecs électoraux de la présidentielle de 2007 et de la législative rochelaise de 2012.

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Elle n’est pas élue depuis trois mois que les craquements se font symphonie. Elle a déjà sévèrement étonné la presse régionale lors d’un déjeuner organisé dans le centre de Poitiers, puisqu’elle a décidé que la « cantine » de la rue de l’Ancienne-Comédie coûtait beaucoup trop cher. Voilà pourquoi, désormais, les déjeuners de presse, fréquents, se tiendront dans un excellent restaurant de la place où les pisseurs de copie auront régulièrement l’occasion de goûter au homard et au foie gras ne figurant pas à leur ordinaire. On dit merci à qui ? À l’euro utile du contribuable, évidemment.

Ce premier repas, à L’Absinthe, cette plante amère, est en fait une prise de contact post-élection. Il est question de tout et de rien, de cette arrivée dans le cercle étroit des présidentiables, promesse d’un avenir éventuellement radieux puisque, chez les socialistes, la prochaine élection à la magistrature suprême – ainsi que le veut la formule ! – est présentée comme gagnée d’avance…

La discussion porte sur la décision de Ségolène Royal d’avoir, dès son entrée en fonction, viré sans ménagement le directeur général adjoint des services, Pierre Boutin. Elle s’entend reprocher, à l’heure où son équipe et elle-même découvrent tout de cette « maison», de s’être bêtement privée des compétences reconnues de ce fonctionnaire loyal appelé à partir en retraite quelques mois plus tard.

A lire aussi sur notre site : Ces amitiés que Ségolène Royal n'a pas hésitées à sacrifier pour retrouver la route du gouvernement

Puis, c’est le cas de l’attachée de presse (remerciée elle aussi, sans que personne y trouve à redire tant sa proximité avec Élisabeth Morin tient de l’évidence) qui occupe la conversation. Et là, ô surprise, la présidente se lance dans un dégagement dont elle a le secret, expliquant avoir eu longuement cette personne au téléphone. Elle dévoile les souhaits de cette dame dont elle ne veut plus comme collaboratrice, ses inquiétudes, ses espoirs pour la suite, tout cela en étant la seule autour de la table à ignorer que, juste face à elle, le responsable de diverses publications agricoles de la région n’est autre que le compagnon – et père des deux grandes filles – de l’ex-contractuelle dont elle se permet de révéler, en long, en large, et même au-delà, les prétendus états d’âme.

Gêne palpable. Chacun baisse le nez, tout en remarquant que le convive assis face à la présidente serre très fort les bords de son assiette; ses phalanges toutes blanches le prouvent. Le chemisier de Ségolène Royal va-t-il se retrouver tapissé de blanquette de veau à l’ancienne? Non. Elle en est quitte, un peu plus tard, pour être gratifiée de quelques noms d’oiseaux. 

Est-ce avec Jean-François Fountaine ou avec Jacques Santrot qu’ont éclaté les premiers conflits, pour ne pas dire les premiers coups de gueule ? Toujours est-il que l’été n’est pas encore arrivé que le conseil régional bruisse de tensions à tous les étages.

Avec le maire de Poitiers, c’est une attitude générale de la présidente qui a mis le feu aux poudres. L’élu poitevin, devant maints témoins, en a subitement eu marre de parler dans le vide. En colère, il s’est écrié : «Écoute, Ségolène, tu es venue me chercher pour être candidat, alors maintenant, tu m’écoutes ! »

Avec Fountaine, les premiers accrocs sont nés des initiatives incontrôlées du directeur adjoint en charge de l’économie, Daniel Barillot. « Je ne vais pas passer ma vie à accourir à Poitiers pour éteindre les incendies allumés en permanence par Barillot », s’emporte Fountaine, une poignée de semaines après l’élection.

Son énervement laisse place à la colère lorsqu’il découvre peu après l’idée de baisser la subvention au salon nautique du Grand Pavois, à La Rochelle. Là, l’élu… rochelais, doublé du patron d’un important chantier naval, voit rouge. Il a vraiment l’impression d’être pris pour un imbécile. Rétropédalage: Ségolène Royal et son entourage comprennent vite qu’il n’est pas question de réduire la participation régionale à la manifestation sous peine d’un clash sévère…

Pourtant, le « bras droit » de la présidente n’est pas au bout de ses surprises : à la veille de l’une des premières commissions permanentes, il croit rêver en lisant l’un des projets de délibération. Il découvre en effet que les sommes disponibles au titre du FRIL (fonds régional d’intervention locale) sont en grande partie allouées dans les Deux-Sèvres, plus précisément dans le secteur de Melle. Il déboule dans le bureau de la présidente et se fait menaçant: « Soit ce dossier passe au panier, soit tu décides de le maintenir. Dans ce cas, je demande un vote de l’assemblée et je me fais fort qu’une majorité le refuse. » Délibération retirée. Commentaire de Denis Leroy, le phare du tourisme : « Fountaine s’est imaginé comme un numéro 1 bis. Il est amer en constatant qu’il n’est que numéro 2.» Ambiance…

L’alternance ne date pas encore de six mois qu’une enquête du Point titrée «Le laboratoire de Ségolène Royal» va faire sauter le couvercle de la marmite avec le personnel. C’est encore l’été et la présidente de région n’a surtout pas dit non, à la veille du traditionnel rendez-vous «universitaire » de La Rochelle, à ce qu’un reportage mette en lumière son action régionale. L’ennui, c’est que les quelques lignes racontant une histoire de pots de fleurs vont mettre sous l’éteignoir toutes les mesures présentées, à longueur de colonnes, comme aussi géniales qu’originales.

De quoi s’agit-il ? Tout simplement, explique la présidente dans ces pages du Point, de sa volonté que des pots de fleurs soient mis en place à l’entrée du conseil régional afin d’empêcher le passage des voitures, laissant ainsi l’accès libre aux visiteurs. Elle a dit son souhait, elle l’a répété, mais deux semaines plus tard, toujours pas de pots de fleurs. Elle relate : « Mon directeur de cabinet et moi avons placé nous-mêmes les pots. » Une affaire très symbolique à ses yeux : « Tout ce que je voulais bouger, c’était interdit. Comme en 1981, quand la gauche est arrivée au pouvoir, ils considèrent que nous sommes des imposteurs. »

Inutile de dire que le personnel apprécie ces propos à leur juste valeur. D’autant plus que depuis avril, les agents « épanouis » se sentent épiés, sans cesse accusés d’être toujours et encore au service de la majorité précédente, même ceux qui n’ont pas caché leur bonheur de voir l’alternance enfin se produire ! Un personnel disant, à qui souhaite l’entendre, son mal-être, son stress, son manque de repères, son impression de pilotage imprécis, d’absence de confiance. Des hommes et des femmes déboussolés par le fossé existant entre celle que la presse nationale a affublée du surnom de «Zapatera» – par allusion à l’icône de ce temps, le Premier ministre espagnol – et leur pré- sidente au quotidien. Ils ont d’ailleurs décidé d’apporter une retouche à cette appellation non contrôlée, préférant parler de «Zapaterreur»

Ségolène Royal parvient à éteindre le feu qui couve en expliquant – technique à laquelle elle a souvent recours – que les journalistes racontent n’importe quoi, qu’il ne peut s’agir que d’un «malentendu». La main sur le cœur, elle en apporte la preuve : elle n’a qu’à se louer de « cette administration parfaitement loyale, le bilan le prouve ». Et d’enfoncer le clou: bien sûr qu’elle ne sollicite jamais ce genre d’article, mais lorsqu’elle y répond, «cela valorise la région». Tout en permettant de réaliser des économies sur le budget communication. La boucle est bouclée, un euro économisé est un euro qui sera dépensé utilement ailleurs. C.Q.F.D.

Extrait de "La princesse Royal", de Patrick Guilloton, publié aux éditions du Cherche Midi, octobre 2016. Pour acheter ce livre, cliquez ici

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