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Quand Nicolas Hulot veut interdire la production (marginale) d’hydrocarbures en France….sans aucun effet sur le climat, mais avec un bel effet média
©Reuters

Coup de comm

Quand Nicolas Hulot veut interdire la production (marginale) d’hydrocarbures en France….sans aucun effet sur le climat, mais avec un bel effet média

Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire, a annoncé ce vendredi vouloir interdire "tout nouveau permis d’exploitation d’hydrocarbures en France" d’ici à l’automne.

Stephan Silvestre

Stephan Silvestre

Stephan Silvestre est ingénieur en optique physique et docteur en sciences économiques. Il est professeur à la Paris School of Business, membre de la chaire des risques énergétiques.

Il est le co-auteur de Perspectives énergétiques (2013, Ellipses) et de Gaz naturel : la nouvelle donne ?(2016, PUF).

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Atlantico : À l'occasion d'une interview donnée à BFMTV, Nicolas Hulot a déclaré souhaiter l'interdiction de "toute nouvelle exploration d'hydrocarbures sur les territoires métropolitains et les territoires d'outre-mer". Quelle est la portée d'une telle décision ? Quelles en seront les conséquences sur la question du climat en tant que tel ?

Stephan Silvestre : Cette mesure vise à marquer un cap dans la course de la France à transition énergétique. L’idée est tourner la page des hydrocarbures (pétrole, gaz naturel et charbon) pour passer à l’ère des énergies renouvelables. Toutefois, cette mesure restera purement symbolique pour plusieurs raisons. Tout d’abord, la France est d’ores et déjà un pays qui ne produit quasiment plus d’hydrocarbures : la production de charbon est désormais nulle, celle de gaz naturel est infime (0,03 Mtep en 2015 pour une consommation de 36,5 Mtep) et celle de pétrole brut dérisoire (0,8 Mtep en 2015 pour une consommation de 77,2 Mtep). Par ailleurs, les permis d’exploitation ne sont pas visés pour le moment, mais seulement ceux d’exploration. Quant à l’impact climatique, il est tout simplement nul. La consommation française d’hydrocarbures ne sera pas affectée par cette mesure : le peu de production française sera, après l’épuisement des derniers gisements, remplacée par des importations. Quand bien même elle diminuerait, par exemple de 1%, cela n’entraînerait qu’une baisse des émissions de CO2 que de 3 Mt par an, soit 0,01% des émissions mondiales (33 Mdt/an), autant dire rien. 

Quelle est la cohérence de ce choix ? S'agit-il d'une conclusion logique aux décisions déjà prises par les exécutifs précédents ? Dans quelle logique Nicolas Hulot est-il entré ? Et quelles devraient être les prochaines décisions à venir ?

Pour dérisoire qu’elle soit, cette mesure a au moins une qualité, celle de la cohérence. Elle s’inscrit dans la poursuite et le renforcement des mesures des précédents gouvernements. La loi de juillet 2011, voulue par Nicolas Sarkozy et confirmée sous la présidence Hollande, visait à interdire l’utilisation de la fracturation hydraulique sur le territoire français. Cette loi était doublement hypocrite : d’une part parce qu’elle n’empêchait pas la consommation de gaz ou d’huiles de schiste importés et d’autre part parce qu’il s’agissait surtout de contenter des mouvements qui s’opposent, au travers de la fracturation hydraulique, à la consommation d’hydrocarbures tout court. Avec cette décision, Nicolas Hulot a au moins le mérite d’être clair : l’ennemi ce sont les hydrocarbures, en raison de leurs émissions nocives, et non la technique utilisée pour les extraire. Dans cette logique, on peut s’attendre à ce qu’il cherche maintenant à frapper la consommation, même s’il s’est contenté d’annoncer, pour le moment, une simple convergence de la fiscalité entre le diesel et l’essence (convergence qui avait déjà été planifiée par le précédent gouvernement, mais qui sera accélérée). Toutefois, les mesures coercitives n’ont qu’un impact limité sur la consommation. Celle-ci a bien diminué durant les dernières années (-15% en dix ans pour le pétrole, -9% pour le gaz naturel et -40% pour le charbon), mais cela est grandement dû à des progrès techniques : modernisation et baisse de la consommation du parc automobile, amélioration des chaudières de chauffage, meilleure isolation des bâtiments, mais aussi à la désindustrialisation de la France. Plutôt que de chercher une nouvelle fois à frapper les consommateurs, espérons que notre ministre se focalisera davantage sur l’encouragement à l’innovation dans les domaines stratégiques (propulsion électrique ou à hydrogène, stockage de l’électricité, génie génétique pour les agrocarburants…), d’autant plus que ces innovations peuvent avoir une portée mondiale. 

Pour revenir à la production d'hydrocarbures en France, quels sont les territoires concernés ? Quel impact pourrait avoir cette décision pour les producteurs ?

La production française se fait actuellement toujours dans les bassins parisien et aquitain. Pour le moment, cette production n’est pas visée. En dehors de ces régions, l’exploration concerne surtout la Guyane. Il paraît clair que l’exploitation ne se fera pas dans ces régions. Le chiffre d’affaires de cette activité était de 330 M€ en 2014, ce qui est assez modeste. Il est certain que les producteurs n’engageront plus d’investissements en France, pour se concentrer sur des territoires plus propices. Ils n’avaient d’ailleurs pas attendu Nicolas Hulot, puisque les investissements d’exploration étaient déjà en chute libre depuis 2013. La Guyane devra se faire une raison. 

 

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