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Quand les hommes politiques américains préfèrent démissionner pour devenir lobbyistes et encaisser des millions de dollars
©Reuters

Bonnes feuilles

Quand les hommes politiques américains préfèrent démissionner pour devenir lobbyistes et encaisser des millions de dollars

Les candidats à l'élection présidentielle américaine vont dépenser trois milliards de dollars pour conquérir la Maison-Blanche. L’argent est devenu tellement déterminant qu’à la Chambre des représentants ou au Sénat, tous les élus sont engagés dans une course effrénée aux dollars. Parce qu’il existe une règle cardinale aux États-Unis : le candidat qui dépense le plus remporte l’élection. Mais d’où vient cet argent ? La démocratie américaine est-elle à vendre ? Extrait de "Washington : Comment l'argent pourrit la démocratie américaine", de Guillaume Debré, aux éditions Fayard 2/2

Guillaume Debré

Guillaume Debré

Grand Reporter, Guillaume Debré a passé seize années aux États-Unis comme journaliste à CNN puis comme correspondant de TF1 à Washington. Il a tiré de cette expérience deux livres remarqués sur la présidence de Barack Obama (Obama, les secrets d’une victoire, Fayard, 2008 et Obama face au pouvoir, Fayard, 2012).

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Les montants que les anciens membres du Congrès peuvent toucher en devenant lobbyistes sont devenus tellement élevés que certains élus n’hésitent plus à démis sionner de leur mandat pour toucher le jackpot. C’est le cas de Trent Lott.

Élu du Mississippi, Trent Lott a été dans les années 1990 le chef de file des républicains au Sénat. Fils d’un ouvrier agricole et d’une maîtresse d’école, élu pour la première fois en 1973, il a représenté son État natal à Washington pendant trente-cinq  ans, d’abord comme congressman, puis comme sénateur. Son carnet d’adresses était donc l’un des plus épais de la capitale fédérale.

Sa carrière aurait pu continuer encore plusieurs années, mais, le 26 novembre 2007, Trent Lott surprend le Tout-Washington quand il annonce sa démission. Lott n’est pourtant pas si vieux. Il vient de fêter ses 66 ans et a été réélu sénateur avec plus de 64 % des voix l’année précédente. Huit mois plus tôt, il a même accepté de redevenir le numéro deux du groupe républicain au Sénat.

Mais voilà, entre-temps, le Congrès s’est mis dans la tête de voter le Honest Leadership and Open Government Act, une loi interdisant aux sénateurs et congressmen de devenir officiellement lobbyistes dans les deux années qui suivent leur départ du Congrès. La nouvelle loi doit entrer en vigueur le 31 décembre 2007 à minuit.

S’il reste au Sénat, Lott ne pourra donc pas bénéficier de ce parachute doré offert auparavant à tous les élus de Washington. Il doit faire un choix, et vite. Sénateur ou lobbyiste ? Son cœur ne balance pas trop longtemps.

Lott démissionne du Sénat le 18 décembre. Trois semaines plus tard, le 8 janvier 2008, il crée sa société de lobbying, dont il établit les bureaux à moins de cent mètres de la Maison-Blanche.

Pour maximiser ses chances de succès, Trent Lott choisit de s’associer avec un démocrate, aussi avide d’argent que lui. Élu de Louisiane, John Breaux a représenté son État à la Chambre et au Sénat de 1972 à 2005. Personnage haut en couleur, il est entré dans les annales du Congrès en 1981 quand il a accepté de voter une baisse d’impôts proposée par Ronald Reagan en échange d’une subvention pour son État rural. Sommé d’expliquer son vote, il a répondu par cette phrase devenue célèbre  : « Ma voix n’est pas à vendre, mais elle peut être louée. » Furieux, l’un de ses collègues démocrates l’a alors traité de pute pas chère (« cheap whore »). Breaux s’est offusqué. Ce n’est pas le mot de pute qui l’a choqué, mais que certains puissent imaginer qu’il ne valait pas cher ! « I am not cheap », a-­t‑il répondu.

Pour ces deux anciens barons du Congrès, le lobbying devient rapidement une affaire assez juteuse. En 2008, l’année de la création de leur société, les deux associés font plus de 5 millions de dollars de chiffre d’affaires. L’année suivante, ce montant dépasse les 11 millions de dollars. Et en 2010, ils vendent –  très cher – leur société à l’une des plus grandes entreprises de lobbying de Washington, Patton Boggs, créée par le fils de Hale Boggs, l’un des chefs de file des démocrates au Congrès dans les années 1960.

Ces chiffres expliquent l’irrésistible attrait que la fonction de lobbyiste exerce aujourd’hui sur les membres du Congrès, qu’ils soient démocrates ou républicains.

Extrait de Washington : Comment l'argent pourrit la démocratie américaine, de Guillaume Debré, publié aux éditions Fayard. Pour acheter ce livre, cliquez ici

©Fayard, 2016

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