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Certains psychiatres américains voient arriver dans leur cabinet des patients souffrant du comportement maladif consistant à tout jeter.
Certains psychiatres américains voient arriver dans leur cabinet des patients souffrant du comportement maladif consistant à tout jeter.
©Reuters

Toc ou pas toc ?

Quand le besoin de tout jeter devient une obsession maladive

Ils font souvent sourire ceux qui les observent et souffrir ceux qui les portent en eux : les troubles obsessionnels compulsifs ne sont pas toujours facile à détecter sans l’œil d'un expert. Le besoin effréné d’accumuler est reconnu - aux Etats-Unis - comme une maladie à part entière distincte du trouble obsessionnel compulsif, la syllogomanie. Le besoin inverse - celui de ne rien conserver - n’est pas (encore) reconnu comme une maladie en tant que telle.

Olivier Saladini

Olivier Saladini

Olivier Saladini est chef du Service de Psychiatrie du Centre Hospitalier de Romans sur Isère (Drôme)

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Atlantico : Aux Etats-Unis, le besoin effréné d'accumuler est reconnu comme une pathologie psychiatrique à part entière. Généralement connue sous le nom de Trouble Obessionnel Compulsif (TOC) d'accumulation, cette maladie semble désormais avoir son pendant inverse. Certains psychiatres américains voient en effet arriver dans leur cabinet des patients souffrant du comportement maladif consistant à tout jeter, à ne rien conserver. Que pensez-vous de ce trouble ? L'avez-vous déjà rencontré dans le cadre de votre expérience clinique ?

Olivier Saladini : Je n'ai personnellement jamais rencontré de telles situations de "compulsion à jeter" pure ("compulsive decluttering") dans ma pratique quotidienne. Mais je pense que dans la majorité des cas cette compulsion à jeter va de pair avec des éléments de perfectionnisme qui sont typiques de la pathologie des TOC. Cela va aussi de pair avec les soucis excessifs de propreté que l'on voit dans les TOC. Il me semble que la "compulsion à tout jeter" ne va pas seule et qu'elle est systématiquement associée aux thèmes habituels rencontrés dans les TOC : perfectionnisme, symétrie, gout de l'ordre, souci excessifs de propreté, peur de la saleté, des microbes, etc. C'est donc un TOC à part entière, qui est régulièrement soigné en pratique quotidienne de la même manière qu'un TOC traditionnel, à savoir dans le cadre d'une association médicament et thérapie comportementale.

Derrière le TOC d'accumulation se cache une grande anxiété. Pensez-vous que ce soit également le cas pour le trouble qui pousse systématiquement à retrouver le vide? Peut-on rattacher ces deux pathologies en les considérant comme étant l'inverse l'une de l'autre en terme comportemental, mais avec une même origine ou est-on plutôt en présence d'une autre forme de trouble ?

Je ne pense pas que la compulsion d'amassement ("compulsive hoarding") soit un phénomène opposé. D'après moi, il fait partie du même spectre TOC que le "compulsive cluttering" au même titre que les autres thèmes habituels rencontrés dans les TOC. Dans tous les cas, l'anxiété est latente et parfois massive si on empêche les patients, dans un cas comme dans l'autre, de réaliser leurs compulsions. C'est cette anxiété qui mène à la compulsion dans le cas de l'amassement comme dans le cas de la tendance à jeter.

Le cas de l'amassement est particulier car on dépasse largement le cadre des TOC. Il existe en effet des formes d'amassement pathologique d'origine neurologique notamment dans les pathologies du lobe frontal. L'amassement pathologique est un symptôme que l'on trouve dans de nombreuses maladies, notamment celles des patients cérébro-lésés, de la démence, de la schizophrénie et des TOC (cf. article "Le collectionnisme" d'O.Saladini et J.P. Luauté. Revue "Pour la Science, Cerveau et Psycho n°5", 2004, p. 68-71)

Il est assez amusant de voir, comme dans la série anglaise de téléréalité citée, des équipes de "compulsive cluttering" venir au secours des "compulsive hoarders"... Comme quoi il existe un fort esprit de solidarité chez les patients présentant des TOC.

D'après vous, l'influence des tendances actuelles de la mode – notamment le feng shui – peut-elle être à l'origine de ce comportement ? Quand franchit-on la ligne jaune entre le rangement par le vide et la pathologie ?

Les tendances actuelles jouent certainement une influence car il s'agit d'un comportement (et tous les comportements peuvent être excessifs). Mais il y a un monde entre un art de vivre millénaire et une vraie pathologie bien identifiée (le TOC) avec toute la souffrance que cela comporte et l'anxiété qu'elle sous-tend. Franchir la ligne jaune est surtout une affaire de souffrance psychique et éventuellement de trouble de la personnalité.

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