Promesse de rupture post Coronavirus : Mais qui est encore capable de dire qui est Macron politiquement ? | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Politique
Promesse de rupture post Coronavirus : Mais qui est encore capable de dire qui est Macron politiquement ?
©LUDOVIC MARIN / AFP

Ni-ni

Promesse de rupture post Coronavirus : Mais qui est encore capable de dire qui est Macron politiquement ?

Lors de son allocution au sujet de l'épidémie de coronavirus, Emmanuel Macron a semblé effectuer un léger tournant à gauche déclarant notamment que certains secteurs devaient échapper à l'économie de marché.

Christophe Boutin

Christophe Boutin est un politologue français et professeur de droit public à l’université de Caen-Normandie, il a notamment publié Les grand discours du XXe siècle (Flammarion 2009) et co-dirigé Le dictionnaire du conservatisme (Cerf 2017), et le Le dictionnaire des populismes (Cerf 2019).

Voir la bio »
Chloé Morin

Chloé Morin

Chloé Morin est ex-conseillère Opinion du Premier ministre de 2012 à 2017, et Experte-associée à la Fondation Jean Jaurès.

Voir la bio »

Atlantico : Après une loi sur les retraites qui semblait ancrer Emmanuel Macron à droite, le Président de la République à hier déclaré vouloir protéger certain secteurs de l'économie de marché. Doit-on voir dans ce changement de cap, un tournant à gauche ?

Christophe Boutin : Je crois qu'il faut faire ici particulièrement attention aux termes qui sont utilisés, et notamment à une simplification abusive concernant les termes de « droite » et de « gauche ». Il est vrai, d’une part, que la gauche est volontiers étatiste, quand elle n'est pas purement et simplement communiste, et qu'il appartient donc selon elle à l'État de diriger assez largement la politique économique du pays. Il est vrai, d’autre part, que la droite se défie de cet interventionnisme d’un État dont elle craint les menaces sur les libertés individuelles, par exemple la propriété ou la liberté d'entreprendre. Pour autant, il serait excessif de considérer que la droite dans son ensemble considère que la loi du marché doit prévaloir en tout et partout, et que la gauche dans son ensemble veut abolir la propriété privée.

Car cette pensée qui privilégie le marché, que l’on appelle parfois l’ultralibéralisme, et qui prend de nos jours la forme du capitalisme financiarisé mondialisé, ne relève pas de la logique de pensée de la droite. Son individualisme absolu va en effet à l’encontre d’une droite qui a toujours su tenir la balance égale entre la protection des libertés individuelles et la préservation des groupes sociaux – famille, collectivités territoriales, corporations, nations… - sans lesquels l’individu n’est rien. Au contraire, ce libéralisme hyper-individualiste retrouve une partie de la gauche, la gauche individualiste libertaire, et c’est justement ce parti « libéral-libertaire » qui a porté au pouvoir en 2017 et continue de suivre Emmanuel Macron.

Examinons maintenant ce que vous appelez le « tournant à gauche » de la dernière intervention présidentielle, et reprenons les mots même d’Emmanuel Macron. « Ce que révèle cette pandémie, c'est qu'il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché. Déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner notre cadre de vie au fond à d'autres est une folie. » Ce que le Président semble vouloir exclure des lois du marché relève donc en fait de la souveraineté étatique et de cette protection que l'État doit assurer aux populations selon les théoriciens du contrat social. Avec la revendication d’une souveraineté en matière d’alimentation, de défense ou de santé,  nous sommes au cœur des revendications d'une partie de la droite, cette droite souverainiste qui, depuis des années, s'inquiète des risques que font courir à notre pays certains transferts. Mais, nous le verrons, derrière le terme « notre », ce n’est pas à la France que pense Emmanuel Macron.

Par ailleurs, certains ont aussi remarqué l’utilisation du terme d’État providence. « Ce que révèle d'ores et déjà cette pandémie – déclarait encore le chef de l’État -, c'est que la santé gratuite sans condition de revenu, de parcours ou de profession, notre Etat-providence ne sont pas des coûts ou des charges mais des biens précieux, des atouts indispensables quand le destin frappe. » Reste que l’instauration de cette Sécurité sociale dont il découvre subitement les vertus a fédéré derrière elle la gauche comme la droite – encore une fois à la seule exception des ultralibéraux -, et que ce seul élément est bien loin de prouver la conversion de l’hôte de l’Élysée aux vertus de la social-démocratie.

 

Chloé Morin : Je parlerais, au moins dans les mots, de tournant majeur. Voire, sur certains points comme l'hôpital, de virage à 180 degrés... Il faut rappeler que depuis 3 ans, les fondamentaux du Macronisme en matière économique sont clairement libéraux : l'importance accordée à la réduction des déficits, à la libéralisation du marché du travail, la réforme des allocations chômage visant à accélérer le retour à l'emploi - au risque de fragiliser les chômeurs, selon ce que disent certains économistes-, ou encore la baisse des charges des entreprises...Ici, la crise du Coronavirus, et ses conséquences économiques qui s'annoncent majeures - en tout cas en l'absence de mesures très fortes de soutien à l'économie - vient rebattre les cartes. Le tournant d'hier était inattendu, et au delà des mesures sanitaires qui retiennent l'attention au premier abord, il convient de bien en mesurer l'ampleur dans tous les domaines : sur l'hôpital, par exemple, cela fait plus d'un an que les personnels hospitaliers imploraient le gouvernement à leur accorder davantage de moyens, expliquant que le système de santé était "à l'os" et que cette insuffisance des moyens mettait en danger la santé des Français. Hier soir, Emmanuel Macron a dressé une véritable ode à l'hôpital et aux personnels de santé, protection essentielle face aux incertitudes sanitaires et climatiques, démultipliées par l'interconnexion entre les différents pays...

Tous les éléments constitutifs de notre "modèle social", dont l'opinion avait le sentiment que le Président s'employait à les détricoter méthodiquement depuis 2017, semblent être redevenus essentiels à ses yeux. Réactivité et plasticité idéologique bienvenues, ou opportunisme et incohérence ? C'est un point sur lequel on s'interrogera "à froid", une fois que le pire sera passé. A court terme, l'opinion saura gré au Président d'avoir su prendre toute la mesure du défi, et de se hisser à la hauteur des enjeux. Les premiers sondages publiés depuis son allocution - elle-même suivie par près de 20 millions de Français, soit beaucoup plus que tous ses discours précédents - semblent accréditer cette thèse. En outre, les Français n'étant ni experts en santé, ni économistes, il est normal que pour le moment ils "attendent de voir", et s'en remettent aux plus hautes autorités pour les guider à travers cette crise.

La question, évidemment, comme pour Sarkozy après son fameux discours de Toulon suite à la crise de 2008, ou Hollande suite aux attentats de 2015, sera la suivante : Macron parviendra-t-il à maintenir l'esprit d'unité nationale et de cohésion dans l'épreuve qu'il a fait naître hier soir? Quelle sincérité prêtera-t-on à son virage à moyen et long terme - réveil salutaire, ou tournant opportuniste - ? Ce sont là des questions qui seront déterminantes pour 2022.

 

 

Atlantico : Dans ce même discours, Emmanuel Macron a appelé à éviter tout repli nationaliste tout en tenant des propos quelque peu nationaliste peu après, à protéger les personnes âgées tout en leur permettant et en les incitant à aller voter.... Ne doit-on pas voir là une certaine confusion de la Macronie ? Le Président empreinte le vocabulaire du Brexit tout en vantant les mérites de l'Europe, n'y-a-t-il plus de ligne de conduite pour LREM ?

 

Christophe Boutin : On peut s’amuser à trouver dans le discours du Président un certain nombre de contradictions : restez chez vous, mais allez voter ; pas de rassemblements, mais pas de problème pour les transports en commun. Celle que vous évoquez oppose le vœu du Président d’éviter l’écueil du « repli nationaliste » tout en demandant « à toutes et tous [de] faire Nation ». Mais il ne faut pas confondre les deux, parfaitement compatibles dans la pensée macronienne.

« Faire nation », c'est en fait simplement dépasser l'individualisme dans lequel chacun peut s’enfermer et manifester cette solidarité  envers les autres qui pourrait permettre de réduire les effets de la crise. C’est la solidarité des personnels médicaux, qui doivent participer, y compris les retraités et les étudiants, à l’offre de soins ; la solidarité de ceux qui ne doivent pas venir encombrer les structures de soins pour des maux bénins, voire repousser des opérations secondaires ; la solidarité de ceux qui pourraient prendre en charge, les écoles étant fermées, les enfants de ceux qui ont besoin d’aller travailler. « Faire nation » c’est donc aider sa voisine pour ses courses, torcher ses enfants, et surtout respecter les « gestes barrière » : « Cela veut dire se laver les mains suffisamment longtemps avec du savon ou avec des gels hydroalcooliques. Cela veut dire saluer sans embrasser ou serrer la main pour ne pas se transmettre le virus. Cela veut dire se tenir à distance d'un mètre. »

Mais même si une nation est effectivement un espace de solidarité, elle ne saurait s’y résumer. Or sur le plan cette fois politique, Emmanuel Macron, devant cette crise comme toujours, ne pense pas en Français (le « repli nationaliste »), mais en « Européen ». S’il évoque les chercheurs qui sont en train d'essayer de trouver des solutions, c’est pour affirmer que « l'Europe a tous les atouts pour offrir au monde l'antidote au Covid-19 ». S’il traite des crises sociale et économique qui pourraient résulter de cet épisode de pandémie, c’est pour nous dire qu’il faut un  « plan de relance national et européen ». Et qu’il critique la politique de la banque centrale ou l’inaction des G20 et G7, se proposant d’appeler le président en titre de ce dernier, Donald Trump, c'est toujours au nom de l'Europe : « Nous devons aussi porter une réponse européenne » ; « nous, Européens, ne laisserons pas une crise financière et économique se propager » ; « c'est cette ligne que je porterai au niveau européen » ; « l'Europe réagira de manière organisée »…

Le sommet est atteint  lorsqu’il évoque la question de la fermeture des frontières. Il l’a dit, « le virus n'a pas de passeport », mais une partie de ceux qui le portent en ont bel et bien, et il convient qu’il faudra sans doute « réduire les échanges entre les zones qui sont touchées et celles qui ne le sont pas ». La France pourra-t-elle donc, comme l’ont fait d’autres pays, fermer ses frontières ? Non, même là le président français se refuse à cette expression d’une souveraineté nationale. « Nous aurons sans doute des mesures de contrôle, des fermetures de frontières à prendre – déclare-t-il -, mais il faudra les prendre quand elles seront pertinentes et il faudra les prendre en Européens, à l'échelle européenne, car c'est à cette échelle-là que nous avons construit nos libertés et nos protections. » Que de tels propos puissent être tenus quand les États voisins de la France, y compris cette Allemagne pour laquelle Emmanuel Macron a les yeux de Chimène, joue clairement la carte nationale –avec contrôle aux frontières et interdiction d’export des produits nécessaires à la prévention et aux soins - montre s’il en était besoin l’aveuglement idéologique du chef de l’État.

Chloé Morin : Evidemment, certains propos peuvent paraître contradictoires. Il faut bien voir que la crise économique et sanitaire actuelle ébranle tout le monde, remet beaucoup de nos certitudes en cause - et c'est heureux que nous nous interrogions dans un tel moment... Et donc, forcément, les circonstances questionnent le logiciel Macroniste, il est peut-être plus que tout autre ébranlé dans ses fondamentaux. 

La crise interroge ainsi le bien-fondé de l'idée même d'interdépendance économique, que de nombreux économistes comme Krugman ou Stiglitz questionnaient depuis quelques temps déjà dans l'indifférence générale en France... Sur le plan financier et commercial, notre interdépendance est sans doute excessive, notamment avec certains pays dont nous dépendons trop exclusivement pour notre approvisionnement - comme la Chine dont nous avons appris que nombre de nos médicaments y étaient fabriqués. Cette crise révèle en outre que le système de mondialisation tel qu'il s'est développé est un colosse aux pieds d'argile, une formidable machine à cash qui peut se gripper pour des raisons parfois mineures - un discours raté de la Présidente de la BCE, Christine Lagarde, et de mauvais signaux envoyés par les chefs d'Etats Européens mardi, auront coûté à la bourse de Paris la pire journée de son histoire... 

Par ailleurs, cette crise remet en cause l'idée que certains éléments de notre modèle social, comme l'assurance chômage ou le système de santé, seraient simplement des "coûts", des "charges" excessives au regard de l'endettement de l'Etat. Or, cette idée était largement dominante dans la plupart des cercles de pouvoir Français et Européens... et on peut raisonnablement craindre qu'une fois que tout aura été fait pour sauver le système, comme en 2008, la pensée économique dominante reprendra ses droits... En effet, rappelons qu'au sortir de la crise de 2008, l'OIT et l'OMS avaient constitué une task-force d'experts mondiaux et de ministres - dont Martin Hirsch faisait partie pour la France -, chargés sous l'égide de l'ex-Présidente du Chili Michele Bachelet de plaider auprès de tous les pays pour établir un "socle de protection sociale universel" minimal. L'idée était alors de dire que les pays qui s'étaient le mieux sortis de la crise économique, étaient ceux qui avaient au moins un minimum de système de santé gratuit, d'assurance chômage, de pensions de retraites pour les plus âgés, etc. Cette idée, présentée et soutenue par le G20 à l'automne 2011, s'est enlisée... parce que lorsque le péril s'éloigne, on revient bien vite aux bonnes vieilles habitudes. Et donc, nous avons recommencé à parler de la santé ou du chômage comme un "coût", et à tailler dans les dépenses de protection sociale dans la plupart des pays. Pour finir, l'épisode des derniers jours montre aussi que parfois, il est plus aisé d'agir résolument et de manière audacieuse dans le cadre national, que d'attendre que 27 pays membres de l'UE s'accordent sur des actions communes. A l'épreuve de la crise, l'Europe semble s'être forgé une ligne de conduite : trop peu, trop tard. Or, en économie, la psychologie, et donc la communication, sont essentielles. Agir vite et fort, pour couper court à la spéculation et à l'emballement, est vital. Vraisemblablement, l'UE n'est pas taillée pour domestiquer les marchés financiers. Ici, on peut se réjouir que nos institutions confèrent au Président et au gouvernement suffisamment de pouvoir et de liberté d'action pour envoyer les signaux adéquats dans des temps compatibles avec la temporalité des marchés financiers.

 

Atlantico : Finalement sait-on encore qui est Emmanuel Macron politiquement parlant ? Est-ce là la continuité du "en même temps" ou une version encore plus confuse de sa ligne politique ?

Christophe Boutin : Il y a bien sur toujours du « et en même temps », mais il y a aussi des préférences, et l’analyse de ce discours le confirme : Emmanuel Macron est un libéral-libertaire européiste, et il est surtout le premier chef de l’État français à avoir comme objectif prioritaire la dissolution de la nation française dans l’ensemble européen. Depuis son discours à la Sorbonne de 2017 il ne cesse en effet, dans ses discours comme dans ses initiatives politiques, de vouloir remplacer la souveraineté française par la souveraineté européenne. C’était encore le cas avec sa dernière intervention où il évoquait, après avoir expliqué comme je l’ai dit que l’Europe était l’alpha et l’oméga des différentes luttes contre la pandémie et ses conséquences, la nécessité d’« une Europe souveraine ».

Et ce n’est pas fini. « Les prochaines semaines et les prochains mois nécessiteront des décisions de rupture en ce sens – concluait-il sur ce point -. Je les assumerai. » Car le coronavirus ne sera qu’un élément de plus pour demander, comme toujours, « plus d’Europe ». C’est la mission – ou la fonction – de notre président philosophe. Qu’importe que ses initiatives n’aient attiré au mieux qu’un sourire dubitatif et au pire dressé contre lui certains de nos partenaires européens, Emmanuel Macron est resté quelque part en 2017, quand le Time se demandait s’il n’était pas le futur leader de l’Europe, destiné à remplacer une Merkel démonétisée. La défense demande des crédits ? Il faut une Base Industrielle de Défense européenne. L’Allemagne  s’éloigne? On fait un nouveau traité de l’Élysée. La crise au Sahel devient ingérable ? On tente de créer une force spéciale européenne. Tous les domaines sont concernés, toutes les initiatives vont dans le même sens, en cédant toujours plus. Pourtant, l’une après l’autre, ces mains tendues sont refusées par des « partenaires » qui entendent bien eux jouer leur carte nationale et n’hésitent pas à lorgner lourdement sur notre arsenal nucléaire et notre siège au Conseil de sécurité de l’ONU. Mais ces échecs répétés n’arrêtent pas Emmanuel Macron, pas plus que les moqueries de Trump, les sourires de Poutine et jusqu’aux camouflets de chefs d’État africains ne parviennent à instiller en lui le moindre doute sur ses capacités diplomatiques.

On pourrait donc sans trop d’efforts écrire déjà le discours de l’après pandémie :

« Mes chers compatriotes, face aux heures graves de notre histoire récente vous avez su réagir en faisant preuve de cette solidarité et de cet esprit de dévouement qui ont fait la grandeur de notre nation. Nos valeurs républicaines ont prévalu alors que soufflait le vent mauvais du nationalisme, du repli et de la haine. Mais il nous faut maintenant tirer les leçons de cette crise. Nous avons souffert parce que nous n’avons pas su mener une action commune avec nos partenaires européens. Certes, nous avons déjà le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies, mais il faut aussi donner à cette Europe souveraine que nous appelons de nos vœux des droits nouveaux sur la gestion de nos territoires. Cette Europe, notre Europe, doit pouvoir se substituer à ces États qui, tablant sur l’illusoire protection de ces traits sur des cartes que l’on nomme frontières, mettent parfois en danger l’ensemble des populations de notre continent. Comme d’autres, la sécurité sanitaire ne peut être que collective. C’est pourquoi je proposerai au prochain Conseil européen la création de […] et le transfert de […] ».

Chloé Morin : Compte tenu de la gravité de la crise actuelle, il est difficile de parler de ligne politique. Je ne crois pas que les idéologies d'hier puissent pleinement rendre compte de ce qui se passe, de nouveaux schémas sont à inventer. Les évènements exceptionnels appellent des mesures exceptionnelles, et il est heureux que le Président ne se soit pas enfermé dans une forme de dogmatisme qui eût pu avoir des conséquences économiques et sociales dramatiques. L'agilité et la capacité d'adaptation, bien plus que la cohérence idéologique, semblent être des qualités essentielles dans les circonstances que nous vivons. La question que vous posez s'imposera pour le moyen et long terme : la cohérence sera-t-elle au rendez-vous dans les actes, dans l'application concrète de ce qui fût annoncé jeudi soir? Ou le logiciel ancien reviendra-t-il dès le péril éloigné? C'est là que l'on prendra la mesure des dirigeants, je pense.

Avec deux risques majeurs : 

- le premier, est que l'on revienne bien vite au logiciel ex-ante, dès que le secteur financier sera stabilisé et rassuré. C'est à dire, notamment, à faire éponger par les salariés les dettes qui auront explosé d'ici là, tout en réduisant leurs protections sociales à marche forcée. Là, le pouvoir - en France et ailleurs - risque de se voir reprocher par l'opinion, comme ce fut le cas aux Etats Unis pendant la seconde moitié du premier mandat d'Obama, d'avoir fait payer aux citoyens des erreurs qui n'étaient pas les leurs...

- le second serait de surestimer le caractère exceptionnel de cette crise. Exceptionnelle par son ampleur, elle l'est. Mais ce type de phénomène - sanitaire, climatique, économique - mondial est appelé à se répéter de plus en plus souvent, pour des raisons structurelles - c'est à dire en raison même de la crise climatique que nous vivons, et de notre déficit de résilience collective en raison de notre interdépendance économique et financière. Si nous ne pensons pas d'autres manières de commercer, de travailler, de protéger l'Homme des grands chocs qui vont se multiplier, alors leurs conséquences humaines risquent d'être toujours plus grandes. Emmanuel Macron a dit lui-même que viendrait bientôt le temps d'en tirer les conclusions. Par exemple, penser les chaînes d'approvisionnement des entreprises non pas à la seule aune du coût de production et d'acheminement des produits, mais aussi en fonction de l'importance des biens produits - l'essentiel, le vital, comme les médicaments, méritent d'être payés plus chers mais produits ici -, et des risques physiques et géopolitiques qui peuvent peser sur les chaines d'approvisionnement. 

Finalement, cette crise peut être une bonne occasion de repenser un modèle économique biaisé, épuisé, et épuisant pour la planète et pour ceux qui subissent précarité et inégalités. Encore faudra-t-il que la volonté de tout réinventer soit au rendez-vous, car le statu quo a toujours de puissants partisans..

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !