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Pro-Russie, pro-Chine et anti-immigration : la réélection de Milos Zeman en République tchèque acte-t-elle la fin de la crédibilité européenne à l'Est de l'Oder ?
©RADEK MICA / AFP

Reconduit

Pro-Russie, pro-Chine et anti-immigration : la réélection de Milos Zeman en République tchèque acte-t-elle la fin de la crédibilité européenne à l'Est de l'Oder ?

Le président tchèque sortant Milos Zeman a été réélu ce samedi, malgré ou à cause de ses outrances verbales et comportementales.

Cyrille Bret

Cyrille Bret

Cyrille Bret, ancien élève de l'Ecole Normale Supérieure, de Sciences-Po Paris et de l'ENA, et anciennement auditeur à l'institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) est haut fonctionnaire et universitaire. Après avoir enseigné notamment à l'ENS, à l'université de New York, à l'université de Moscou et à Polytechnique, il enseigne actuellement à Sciences-Po. Il est le créateur avec Florent Parmentier du blog Eurasia Prospective. Il est également membre de l'Institut Notre Europe Jacques Delors.

Pour le suivre sur Twitter : @cy_bret

 

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Atlantico : Avec 52,16%, le président sortant Milos Zeman a été reconduit par son peuple au "Chateau", battant finalement assez nettement Jiri Drahos. Il sort donc renforcé de cette élection, alors qu'il avait vu il y a peu son allié Andrej Babis démissionner à peine une semaine avant le scrutin. Cette réélection sera-t-elle un facteur de stabilité ou d'instabilité pour le pays et la région ?

Cyrille Bret : La victoire du candidat Zeman, président sortant est nette, sans être massive, comme je l’avais annoncé vendredi soir. Si on garde en tête les résultats du premier tour, on voit que, sortir en tête à 38% le président sortant était favori. Mais son opposant, Jiri Drahos, inconnu en politique il y a peu, a été capable de rassembler des nombreux électeurs sur son nom en passant de 26% des voix à 47% en cimentant un front « TSZ » Tout sauf Zeman grâce au soutien des candidats arrives à environ 10% au premier tour. Ainsi la victoire de Zeman est sans appel mais n’est pas un plébiscite. Plusieurs facteurs classiques en analyse électorale ont joué : d’une part, Milos Zeman est le premier président de l’histoire de la République tchèque post soviétique à avoir été élu au suffrage universel en 2013. Ses prédécesseurs, Vaclav Havel et Vaclav Klaus avaient été élus par le parlement. Milos Zeman sait faire campagne depuis longtemps. Il a été président de la chambre basse du parlement et est une figure de la fin du communisme. Malgré ou à cause de ses outrances verbales et comportementales (c’est un buveur revendiqué), il a un charisme et une stature difficile à contester pour un nouveau venu en politique comme Drahos. D’autre part, ses réserves de voix, comme celle de Drahos était importantes: au premier tout, 40% des électeurs s’étaient abstenus. Le métier et la notoriété ont joué pour Zeman, mais Drahos est loin d’avoir démérité.

Pour le pays, cette élection donnera une continuité pour le deuxième et dernier mandat de Zeman. Le Parlement tchèque est aujourd’hui sans majorité dans la mesure ou le parti du milliardaire Babis, ANO 2011, a remporté seulement 76 sièges. Milos Zeman soutiendra Babis pour la formation d’un gouvernement capable de cimenter une coalition parlementaire. Pour la région, la République tchèque, continuera sans doute à refuser l’adhésion à l’euro et à soutenir les positions du Groupe de Visegrad. Mais il faut garder à l’esprit que c’est un régime parlementaire : le président a des prérogatives réelles mais limitées.

Milos Zeman est souvent décrit comme pro-chinois ou comme pro-russe. Ces rapprochements avec des puissances concurrentes à l'Union européenne sont nombreux en Europe de l'Est. Avec cette réélection, l'Union est-elle en train de perdre sa crédibilité à l'Est de l'Oder ? Quel est l'équilibre des forces en présence dans cette région de l'Europe ?

Milos Zeman a effectivement manifesté sa proximité et son admiration pour la RPC et la Fédération de Russie par des actes symboliques forts : il a assisté à la commémoration de la victoire sur les puissances de l’Axe à Moscou en 2015 alors même que le pays était sous sanctions. Il a demandé appelé à la levée de ses sanctions, considérant l’annexion de la Crimée comme  un fait établi. Et il est un des avocats d’un rapprochement avec la Russie. De même, il s’est rendu à Pékin pour célébrer la défaite du Japon aux côtés des autorités chinoises alors que les chefs de l’Etat occidentaux avaient, eux, évité la cérémonie.

Toutefois, même si le président de la République nomme de nombreux diplomates et peut organiser des rencontres symboliques, il ne conduit pas la politique étrangère de la République tchèque car il s’agit d’un régime parlementaire. Les intérêts économiques et géopolitiques de la République tchèque sont européens mais pas seulement : les banques et les groupes énergétiques russes ont une place importante dans l’économie tchèque. Si le candidat Drahos militait pour l’ancrage euro-atlantique du pays, dans le sillage de l’adhésion à l’OTAN et à l’UE, néanmoins, il savait lui aussi que la République tchèque ne peut s’opposer frontalement à la Russie. Le précédent Premier ministre tchèque, social-démocrate, avait lui aussi refusé l’implantation du bouclier anti-missile américain sur son sol pour ne pas irriter les Russes.

La campagne aura été principalement menée par Zeman sur le thème du refus de l'immigration. Comment analyser la permanence de ce thème alors même que les vagues migratoires ne touchent pas particulièrement la République Tchèque ces derniers mois ?

La position des deux candidats du deuxième tour de la présidentielle est principalement identitaire et non pas religieuse. A la différence de la Pologne où le catholicisme est actif, la République tchèque est fortement sécularisée. C’est un refus de principe, de l’islam perçu comme agressif et des politique fédérales ou apparentées qui font que certaines décisions, comme celle sur les quotas d’accueil des migrants, sont prises à la majorité. Etat ayant récemment recouvré son indépendance, la République tchèque est jalouse de sa souveraineté et entend ne pas se laisser dicter sa politique par Bruxelles, notamment sur les minorités. En effet, la question des minorités ethniques est une question lancinante et douloureuse dans l’histoire du pays : la présence d’une forte minorité germanophone dans les Sudètes avaient par exemple servi de prétexte à Hitler pour occuper le pays. L’Europe est regardée avec méfiance d’un point de vue politique. Mais sur le plan économique, l’Europe est considérée comme un facteur de la prospérité actuelle : le pays connaît une croissance de près de 3% et le chômage est à un taux historiquement bas, d’un peu plus de 3%.

 

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