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La France ne risque pas d’être frappée par des cyclones ou des ouragans comme Matthew. Mais nous avons des phénomènes hybrides qui ont de plus en plus tendance à se former: les Médicane ("Tropical-like Mediterranean Depression").
La France ne risque pas d’être frappée par des cyclones ou des ouragans comme Matthew. Mais nous avons des phénomènes hybrides qui ont de plus en plus tendance à se former: les Médicane ("Tropical-like Mediterranean Depression").
©REUTERS/Ho New

Dans la ligne de mire

Prévention des catastrophes : vous étiez fasciné par les images des ouragans des caraïbes, préparez-vous à les vivre de près

A l'occasion de la journée mondiale de la prévention des catastrophes naturelles, il est intéressant de faire le point sur les menaces qui guettent la France. Si l'Hexagone semblait jusqu'à présent protégé face aux cyclones, cet état de fait pourrait être remis en question par le réchauffement climatique.

Henri Landes

Henri Landes

Henri Landes est Directeur général de la Fondation GoodPlanet. Il enseigne aussi la politique de l’environnement à SciencesPo Paris depuis 2013 et est le cofondateur de CliMates, un think et do tank sur le changement climatique. Il a également cofondé une start up, Croc, un traiteur bio, local et zéro déchet en Ile-de-France. Franco-américain, il s’intéresse à la comparaison entre la politique américaine et la politique française, notamment sur les questions écologiques. Il est le coauteur avec Thomas Porcher de l'ouvrage sur la COP21, Le déni climatique (novembre 2015) et auteur de Allô Houston, ouvrages respectivement sur la politique climatique internationale et sur la politique américaine. Diplômé de SciencesPo Paris en Affaires internationales et de l’Université de Californie, Davis, Henri Landes a grandi a New York et San Francisco avant de s’installer à Paris en 2009. Il est passionné par la biodiversité marine, et est par ailleurs ancien joueur de tennis de haut niveau.

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Atlantico : Le 13 octobre constituait la journée mondiale de la prévention contre les catastrophes naturelles. Alors que l'Ouragan Matthew ravageait l'Amérique il y a quelques jours, faut-il craindre de tels phénomènes en France ? Dans quelle mesure sommes-nous exposés aux catastrophes naturelles ?

Henri Landes : La France est bien exposée à certains types de catastrophes naturelles, comme tous les pays du monde entier. Aucun pays n'échappe aux conséquences du changement climatique, dont la hausse de l’intensité des catastrophes naturelles. Le changement climatique a pour effet d’exacerber les vulnérabilités de chaque pays à des événements météorologiques extrêmes qu’il subit déjà.

La France est surtout sujette aux vagues de chaleur d’une part, et aux tempêtes et inondations d’autre part.

D’ici la fin du XXIe siècle, un été caniculaire comme celui de 2003 pourrait devenir fréquent. Si nous dépassons 2 degrés ou 3 degrés de réchauffement climatique, les scénarios des climatologues indiquent qu’il pourrait avoir jusqu’à 26 jours caniculaires par an en région parisienne, par exemple, au lieu d’une moyenne de un jour aujourd’hui.

Nous voyons bien que les températures augmentent constamment. L’année 2015 était la plus chaude de l’histoire. Chaque mois de 2016 a été le plus chaud comparé aux mêmes mois dans le passé. Le mois de juillet a été le plus chaud de tous les mois, quelque soit la période de l’année, depuis que nous avons commencé à enregistrer les températures.

Par ailleurs, la France est exposée aux inondations, comme nous l’avons vécu à plusieurs reprises récemment, notamment en juin de cette année quand la Seine a débordé pendant plusieurs jours en Ile-de-France. Juste après Matthew, les météorologues prévoient que la France subisse des épisodes méditerranéens qui consistent en la concentration d’eau chaude sur la cote d’Azur et provoquant de très fortes pluies. C'est ce qui va une nouvelle fois se produire dans les prochains jours : la France connaîtra peut-être l’équivalent de quatre mois de pluies en 72 heures environ. 

La France ne risque pas d’être frappée par des cyclones, des typhons ou des ouragans comme Matthew. Mais nous avons des phénomènes hybrides qui ont de plus en plus tendance à se former: les Médicane ("Tropical-like Mediterranean Depression") qui présente les mêmes caractéristiques qu'un cyclone tropical avec un coeur chaud et donc un potentiel dangereux plus fort que nos tempêtes habituelles.

Cette année un phénomène jamais encore observé s'est produit près de nos cotes en Atlantique Nord, dans le golfe de Gascogne : "un Atlanticane". C’est un mot inventé pour l'occasion : l'océan a été particulièrement chaud cette année.

Ainsi, l'affirmation comme quoi nous sommes protégés de la  menace  des phénomènes cycloniques violents sous nos latitudes pourrait être remise en cause car si la terre et les océans se réchauffent de quelques degrés avec l'amplification de l'effet de serre, ce genre de monstres a toutes ses chances de venir faire des catastrophes sur notre littoral dans les prochaines décennies.

Quelles sont les réponses politiques mises en place pour appréhender ce risque et protéger le pays et nos concitoyens de ces dangers ?

La France a un plan national d’action contre les changements climatiques, préparé et animé par l’Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique (ONERC). Il permet de suivre l’évolution des effets du changement climatique en France et de faire des recommandations au gouvernement. Météo France alerte les pouvoirs publics sur les variations météorologiques à court terme. Elle nous permet de déclarer l’état de vigilance à l’échelle d’un département et de se préparer aux chaleurs ou aux précipitations extrêmes. Concernant les catastrophes naturelles, depuis 1982, le gouvernement peut rapidement déclarer l’état d’une catastrophe naturelle afin d’accélérer et d’élargir les indemnisations pour les citoyens, les entreprises et les collectivités d’un territoire qui la subit. Ce sont des réponses fortement nécessaires dans l’urgence.

Cependant, les politiques de moyen et de long terme sont d’autant plus importantse. Il faut maîtriser, et dans certains cas stopper l’étalement urbain et l’artificialisation des sols. C’est à dire que lorsque nous bétonnons trop les sols, le territoire en question devient moins capable d’absorber les pluies et le ruissellement de l’eau. Ainsi, le risque d’inondation devient plus élevé.

Par ailleurs, les zones fortement urbanisées sont plus vulnérables aux vagues de chaleur. La chaleur ne s’évacue pas autant quand il y a une forte densité d’infrastructures et de bâtiments (notamment s’ils sont de couleur sombre, tout simplement). Les îlots de chaleur urbain sont une réalité : on peut observer une différence de jusqu’à 5 degrés entre des territoires urbains et ruraux qui sont voisins. C’est pourquoi végétaliser les villes, privilégier la végétation et l’agriculture urbaine est une solution intéressante qui en plus, rend la ville plus agréable et moins polluée.

Enfin, il est évident que nous devons toujours réduire les émissions de gaz à effet de serre de l’activité humaine. Atténuer le réchauffement climatique est nécessaire pour permettre l’adaptation à ses effets. A un moment donné, si nous dépassons les seuils de réchauffement définis par les scientifiques, nous ne pouvons pas nous adapter à toutes les conséquences du changement climatique. Nous avons 1000 milliards de tonnes de CO2 à ne pas dépasser d’ici 2100. Actuellement, nous en émettons 40 par an. A ce rythme, nous dépassons le budget carbone en 2040.

Ainsi, nous devons diviser nos émissions de gaz à effet de serre par quatre. Et ceci dans la décennie qui vient. Nous ne sommes pas suffisamment conscient de l’urgence de ce changement nécessaire dans notre économie et nos modes de vie : nous avons une fenêtre d’une dizaine d’années pour régler le problème du changement climatique.

A titre personnel, en cas de canicule, de crue ou de tempête, par exemple, quelles sont les attitudes à adopter ? Comment se préparer en amont et comment réagir le moment venu ? 

Il est important de bien suivre l’évolution de la météo au quotidien, de se prémunir et de se mettre à l’abri quand il le faut. Nous pouvons développer une culture de la prévention du risque comme il existe davantage en Asie. Il va de soi que lorsque nous subissons un épisode de catastrophe naturelle, être solidaire entre nous, s’entre-aider d’un point de vue logistique, financier et moral est primordial. C’est ce que nous avons d’ailleurs observé dans nombreuses communes frappées par des inondations. Préserver ce qui est matériel et dispensable est nécessaire mais secondaire par rapport à la préservation de la vie.

Concernant la réduction des émissions de gaz à effet de serre et la préservation de la nature, il faut reconnaître que lutter contre le changement climatique n’est pas un fardeau mais une opportunité pour améliorer notre bien être et le fonctionnement de notre économie. De toute façon, nous n’avons pas le choix. Comme le dit Shakespeare, "ce qui ne peut être évité, il faut l’embrasser"

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