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Les candidats à l'élection présidentielle de 2022.
Les candidats à l'élection présidentielle de 2022.
©Joël SAGET / AFP

Y’a encore du boulot !

Présidentielle : les candidats connaissent-ils « les deux corps du roi » ?

Peut-être, mais ça n’est pas sûr qu’ils soient à la hauteur.

Isabelle Larmat

Isabelle Larmat est professeur de lettres modernes. 

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Voici venu, pour les candidats à la Présidentielle, le moment où il faut s’emparer d’une exclamation bien connue de Victor Hugo.

Dans la préface de son recueil de poèmes : Les Contemplations (1856), le poète apostrophe ainsi son lecteur : « Ah ! Quand je vous parle de moi, je vous parle de vous. Comment ne le sentez-vous pas ? Ah insensé qui croit que je ne suis pas toi ! »

Il s’agit, à ce stade de la campagne électorale, pour chacun des prétendants de donner à voir au peuple ce qu’Ernst Kantorowicz nomma en 1957, « Les deux corps du roi ». Dans son ouvrage : Les Deux Corps du roi.Essai sur la théologie politique au Moyen Âge, Ernst Kantorowicz explique en effet que pour les historiens, théologiens ou canonistes du Moyen Âge, le roi se doit de s’incarner dans une enveloppe terrestre et mortelle, tout en représentant le corps politique et immortel. Il acquiert ainsi la légitimité nécessaire pour gouverner son peuple, simple mortel, mais d’exception. Pour cela, il lui faut construire un mythe fondateur qui le légitime en tant que postulant à la Présidence de la République.

C’est un exercice difficile puisqu’il s’agit alors pour chaque candidat d’imposer une image susceptible d’inciter les électeurs à se reconnaître en lui, leur semblable, leur frère. Mais il n’est pas pour autant question, quand on se livre ainsi à l’exhibition de son humanité, de renoncer à la posture de surplomb sur laquelle repose la possibilité du pouvoir. Il faut donc, pour se parer de la tiare présidentielle, se la jouer comme le singe de La Fontaine dans la fable : Le renard, le Singe et les animaux :

Le singe aussi fit l’épreuve en riant ;

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Et par plaisir la tiare essayant,

Il fit autour force grimaceries,

Tours de souplesse et mille singeries,

Passa dedans ainsi qu’en un cerceau.

Sur une exhibition réussie, repose la victoire : et La Fontaine de poursuivre ainsi sa fable :

Aux Animaux cela sembla si beau,

Qu’ il fut élu : chacun lui fit hommage.

Tel est l’enjeu des représentations théâtrales auxquelles nous assistons.

Pour ouvrir le bal, il y eut le Serment de Villepinte : Éric Zemmour s’adressa ainsi à nous : « C’est ma mère qui m’a inculqué le goût de l’effort et de l’excellence. C’est également elle qui m’a transmis un amour immodéré de la France (…) » « Je l’ai souvent raconté, l’une des choses qui m’a poussé à cette candidature, c’est lorsque mon fils m’a dit : « Papa, le constat, tu l’as fait depuis trente ans. Maintenant, il faut passer à l’action. » il se montre ici fils et père, homme parmi les hommes. Une fois le cœur de ses semblables touchés, il peut les rassembler sûrement sous sa bannière : « Français, je veux de l’enthousiasme. Je veux des chants, je veux de la joie, je veux de la fierté ! Soyez forts, soyez joyeux, soyez heureux ! Nous allons récupérer la France, contre les cyniques et les vaniteux, contre ceux qui ont le mépris et la morgue au fond des yeux. »

Samedi dernier, ce fut au tour de Marine Le Pen de « fendre l’armure ». Dans son meeting de Reims, elle prit « quelques minutes pour parler d’elle » : « du plus loin que mes souvenirs me portent, la politique fait partie de mon existence. Un père que je voyais trop rarement. Une famille particulière où les idées, l’action, les combats rythmaient la vie. Très vite, j’ai connu la violence politique quand j’étais petite fille à l’école. On m’a fait payer l’engagement de mon père. » « Mes enfants, poursuit-elle, je les élevés seule pendant quelques années. J’ai été de ces familles monoparentales. Je sais d’abord qu’on ne choisit que rarement ces situations. Je sais la difficulté psychologique que cela représente, d’être à la fois la maman et le papa. » C’est parce qu’elle a dépassé et transcendé les épreuves de la vie qu’elle se juge à même de veiller sur nos destinées.

Nous attendons la suite :

Macron ?  Certes, il peut prétendre réunir en son auguste personne les « deux corps du roi », mais … il n’est ni maman, ni papa. Reste bien sûr Valérie Pécresse : Les deux corps de la reine ? Toutefois elle manque de souffle.

Être un candidat accompli : c’est « avoir réussi sa mue ». C’est être un manant dans le corps d’un géant. C’est être un chêne mâtiné de roseau. Qui réussira le mieux cette gageure ?

Isabelle Larmat, professeur de Lettres modernes

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