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Pourquoi les revendications des fraudeuses à la PMA n'ont rien à voir avec le combat des salopes
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Pourquoi les revendications des fraudeuses à la PMA n'ont rien à voir avec le combat des salopes

Elles s'appellent les "343 fraudeuses", elles sont homosexuelles, hétérosexuelles, en couple ou non, et elles affirment dans un manifeste publié par Libération le 6 juin avoir eu recours illégalement à la procréation médicalement assistée (PMA) à l'étranger afin de fonder une famille.

Pierre Le Coz

Pierre Le Coz

Pierre Le Coz est Professeur des Universités en philosophie, et docteur en sciences de la vie et de la santé. Il a été vice-président du Comité National d'Ethique jusqu'en 2012.

Ses recherches portent, entre autres, sur la biomédecine, la bio-éthique et le principe de précaution.

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Atlantico : Le quotidien Libération a publié vendredi 6 juin le manifeste des "343 fraudeuses" revendiquant avoir eu recours à la procréation médicalement assistée dans des pays d'Europe où celle-ci n'est pas réservée aux couples hétérosexuels. Les signataires sont en fait plus de 400 mais le chiffre de 343 est une référence à l'appel des 343 salopes qui revendiquaient avoir eu recours à l'avortement avant la loi Veil. Dans quelles mesures les revendications des "fraudeuses" sont-elles différentes de celles 343 "salopes" ? Peut-on réellement les placer sur le même plan ?

Pierre Le Coz : Il faut toujours être prudent avec les parallèles historiques. 40 ans se sont écoulés, les mœurs ont évolué, le contexte culturel est différent : à l’époque la religion catholique restait puissante, y compris dans les hémicycliques, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. La revendication en faveur de la dépénalisation de l’IVG permettait aux femmes d’éviter des avortements clandestins qui mettaient leur vie en danger. Certaines mouraient chaque année des complications liées à ce geste. Il devenait insupportable que des femmes aient à vivre une grossesse non désirée. L’opinion publique avait été émue et choquée par des témoignages médiatisés de jeunes femmes violées. Le recours à la médecine était indispensable. Dans le cas de la fécondation in vitro, l’aide de la médecine est également indispensable lorsque les personnes sont infertiles. Pour les couples lesbiens, le cas de figure semble différent. La conception d’un enfant reste possible de manière naturelle, sans avoir recours aux techniques médicales. Les femmes lesbiennes ne mettent pas leur vie en danger. Leur revendication se fait sous le couvert d’une discrimination qui pose davantage un problème culturel que médical.

Dans leur appel les fraudeuses dénoncent "les conditions dangereuses" pour la santé des femmes ayant recours à la PMA à l'étranger en "raisons de l'exclusion à laquelle elles sont condamnées". Le préjudice est-il comparable à celui subi par les femmes ayant eu recours à l'IVG lorsque celle-ci était encore interdite ?

Le préjudice dans le cas de la femme qui subit une grossesse contrainte parait différent de celui d’un couple qui fait le choix d’avoir un enfant. Il faut également rappeler que l’accès aux couples hétérosexuels se fait sous condition (infertilité avérée, âge de procréer, etc.). Il est difficile de comprendre en quoi les conditions de procréation seraient plus dangereuses pour les femmes lesbiennes que pour d’autres.

Quels ont les risques en termes de marchandisation des corps que ne soulève pas l'IVG ?

Il est certain qu’il n’y a pas de marchandisation liée à l’IVG. Quant à la marchandisation des gamètes, elle existe déjà depuis longtemps dans les pays qui autorisent les centres d’AMP à faire payer les couples pour obtenir des gamètes sélectionnés sur des critères physiques, génétiques, intellectuels, etc. Il y a, de fait, une forme de discrimination entre le sperme du quidam, amant d’un soir, et le sperme des donneurs trié sur le volet dans les centres d’AMP.

Je pense que si le législateur français autorisait le don de gamètes pour les couples lesbiens, il appliquera les principes de la loi de bioéthique, à savoir l’anonymat et la gratuité. Il pourrait éventuellement y avoir une augmentation de la demande de sperme qui incline les centres d’AMP à appliquer aux spermatozoïdes la même règle qu’avec les ovocytes : faire gagner des places sur la liste d’attente à ceux qui viennent avec un donneur de gamètes. Il s’agirait alors davantage d’une réification que d’une marchandisation.

Par ailleurs, cet appel ne passe-t-il pas à côté des questions que soulève la PMA quant aux droits de l'enfant ?

L’AMP engage un tiers qui est précisément exclu par l’avortement : l’enfant qui viendra au monde. Comment vivra-t-il ce contexte atypique, sans père ? Il ne s’agit pas de remettre en question la capacité des couples à éduquer un enfant. La question est de savoir quelle est la place du père dans la construction tant biologique que psychologique de l’enfant. Que répondre à l’enfant qui dit : « où est mon papa » ? La société est ici face à ses contradictions. D’un côté, nous entendons parler de garde alternée systématique, de pères qui montent sur des grues pour voir leurs enfants, etc. De l’autre, des revendications de faire des enfants sans pères…L’investissement des nouveaux pères dans l’éducation des enfants est en train de créer une nouvelle discrimination entre les enfants qui bénéficient de la présence d’un père et ceux qui vivront dans la souffrance du manque du père. Les attentes de l’enfant vis-à-vis du père sont plus fortes qu’avant du fait de l’évolution culturelle vers l’égalité des sexes. Le législateur devra donc résoudre cette question : le père est-il nécessaire ou facultatif ?

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