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Paradoxe

Pourquoi la jeunesse rejette le gilet-jaunisme?

Jaune, la couleur des maudits. Pêle-mêle : juifs, prostituées, maris bafoués. A la Belle époque, les syndicalistes de droite sont affublés ou assimilés à cette couleur.

Marc Crapez

Marc Crapez

Marc Crapez est politologue et chroniqueur (voir son site).

Il est politologue associé à Sophiapol  (Paris - X). Il est l'auteur de La gauche réactionnaire (Berg International  Editeurs), Défense du bon sens (Editions du Rocher) et Un  besoin de certitudes (Michalon).

 

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Mais on songe aussi à la révolte des canuts ou aux chemises vertes de Dorgères. La matrice est, évidemment, celle du sans-culottisme, mélange fulminant de patriotisme, de moralisme, d'hostilité au taxes, de rejet d'élites supposées corrompues.

La symbolique du gilet jaune renvoie à la gabegie étatique : obligation fut fait aux automobilistes d'acheter un attirail qui ne s'avéra finalement pas obligatoire. Le couturier Karl Lagerfeld avait été chargé de promouvoir les vertus sécuritaires de ce gilet de signalisation, en dépit du fait que : "C'est jaune, c'est moche, ça ne va avec rien".

Révolte du diesel contre le kérosène. Concrètement, le gilet-jaunisme est né comme mouvement d'automobilistes, contre l'augmentation du prix de l'essence et la limitation à 80 km heure. Pas gênant sur le périphérique que l'on emprunte pour quelques kilomètres, avec la solution de rechange que constituent les boulevards extérieurs. Mais une catastrophe pour les propriétaires à crédit d'un pavillon perdu au-delà du périmètre habituel des grands centres urbains. Car là-bas, la voiture, c'est matin, midi et soir. 10 km pour conduire les enfants à l'école, 20 km pour aller faire les courses, 30 km pour aller au cinéma. Et sur des routes souvent sinueuses. Alors si sur le petit bout de route Nationale, ornée de platanes, on ne peut plus doubler les camions à cause d'une imitation de vitesse à 80 km heures, c'est la bérézina. Ceux qui prennent l'avion, les consommateurs de kérosène qui vantent la transition écologique, ne peuvent pas comprendre.

Parisianisme contre péquenots de pétaouchnok. En contrepartie du petit pavillon qu'il a fait construire, à crédit, sur un terrain pas cher, perdu en lisière de bourgades sinistrées, le français moyen appartenant à la majorité silencieuse est esclave de son automobile. Nicolas Sarkozy avait su leur parler pendant la campagne de 2007, en évoquant la « France qui se lève tôt… qui ne manifeste pas… tous ces anonymes, tous ces gens ordinaires auxquels on ne fait pas attention, que l’on ne veut pas écouter, que l’on ne veut pas entendre ». En 2012, il réitéra le propos en parlant  de "France silencieuse".

Paradoxe et ingratitude. C'est grâce au gilet-jaune que le taux de natalité ne s'effondre pas. Il s'exile aux confins des campagnes précisément pour pouvoir élever sa petite famille. Mais le fossé des générations est manifeste. L'extension initiale du mouvement aux lycéens a fait long feu. Il suffit de regarder photos et films des manifestants pour observer l'absence d'une tranche d'âge de 15 à 30 ans. De deux choses l'une pour la jeunesse : ou bien elle est congénitalement anti-gilet-jaune, par réflexe de classe comme on disait jadis, contre "ce pelé ce galeux" comme dans la Fable; ou bien elle est anti-gilet-jaune par choix générationnel, parce que papa-maman gilet-jaunes lui "collent un peu la honte", comme on dit à cet âge-là. Pour ces rejetons quelque peu complexés par leur origine socio-culturelle, le gilet-jaunisme c'est la nasse dont ils espèrent sortir, soit par les études, soit par la ruse, soit par la notoriété conférée par le Loft ou Koh-Lanta. Voilà pourquoi la sociabilité des jeunes rejette le gilet-jaunisme, cet indicateur du conflit des générations poussé à son paroxysme, c'est-à-dire d'une forme de Révolte des Vieux.

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