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Vladimir Poutine
Vladimir Poutine
©Reuters

Il est musclé…

Pourquoi l'extrême-droite française aime tant Poutine !

Atlantico a publié un intéressant débat afin de savoir qui étaient les pro-russes en France. Quelques lignes pour compléter ce dossier.

Benoît Rayski

Benoît Rayski

Benoît Rayski est historien, écrivain et journaliste. Il vient de publier Le gauchisme, maladie sénile du communisme avec Atlantico Editions et Eyrolles E-books.

Il est également l'auteur de Là où vont les cigognes (Ramsay), L'affiche rouge (Denoël), ou encore de L'homme que vous aimez haïr (Grasset) qui dénonce l' "anti-sarkozysme primaire" ambiant.

Il a travaillé comme journaliste pour France Soir, L'Événement du jeudi, Le Matin de Paris ou Globe.

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L’Ukraine a fait couler beaucoup de sang. Elle fait aussi couler beaucoup d’encre. Il y a en effet en France nombre d’hommes et de femmes qui voient en Poutine un héros européen et qui n’éprouvent pas la moindre sympathie pour les révoltés de Kiev qui ont renversé Ianoukovitch. Le texte publié par Atlantico s’intéresse légitimement à eux. Mais il ne va pas jusqu’au bout. Pour l’essentiel, les pro-Poutine français se recrutent dans les franges extrêmes de la droite extrême. Il y a du Soral (il a perdu Chavez, Ahmadinejad, il ne lui reste plus que Poutine). Il y a un peu de FN. Un fort zeste de Civitas. Un brin de GUD. Un chouïa de Troisième Voie. Et toutes sortes de fascistes non identifiés.

Qu’est-ce qui les rassemble ? L’amour de la Russie ? Leur passion pour Tolstoï, Dostoïevski ou Tchekhov ? Leur engouement pour les chansons russes ? Leur frénésie amoureuse pour les forêts de bouleaux ? Non, il s’agit d’autre chose : de la haine de l’Amérique. Une haine chevillée au corps et à l’âme. Elle s’inscrit dans une configuration où les Etats-Unis représentent le diable : l’argent, Wall Street, la puissance destructrice de l’américanisation des esprits, la réussite économique. En un mot,  tout ce qui peut détruire, « vassaliser » disent-ils, l’identité même de la nation française. Dans leur langage, l’Amérique c’est l’ « Empire » (comme dans Star Wars). Ceux qui ne pensent pas que les Etats-Unis soient une nouvelle incarnation de Satan sont appelés « Atlantistes », et les plus pointus des Poutiniens vont à l’essentiel en ne disant pas « Etats-Unis » mais « Lévyland ».
Bien sûr une galaxie n’est pas uniforme. Elle agglutine en effet dans un conglomérat inédit des éléments épars. Car, parmi les pro-Poutine français, on compte aussi des souverainistes et des gaullistes ou proclamés tels. Ils s’agenouillent devant la statue et la stature du général et récitent leur crédo, toujours le même : « l’Europe de l’Atlantique à l’Oural ». Cette phrase, prononcée par un homme qui en eut de si belles, est d’une bêtise affligeante. A l’époque où De Gaulle la lança, l’Europe (celle qui allait de l’Elbe à l’Oural) gémissait sous des régimes qui, à défaut de remplir les ventres, remplissaient les prisons…

Quand il s’agit de combattre l’hydre américaine, on ne va quand même pinailler. Poutine a été jugé bon pour le service (anti-américain). Mais, comme le dit le poète, il n’y a pas d’amour heureux. Et même dans le cas qui nous intéresse, c’est un amour malheureux. Car à en croire les médias russes et Ianoukovitch lui-même, ceux qui ont pris le pouvoir à Kiev sont des « fascistes », des « nationalistes », des « néonazis » et des « antisémites ». Quoi ? Comment ? A priori, ils auraient donc tout pour plaire ! Fascistes de tous les pays, unissez-vous ! Des alliés naturels pour l’extrême droite française. Et bien non. Tempête sous les crânes de nos pro-Poutiniens qui se lamentent en silence. Grand est leur désarroi. Mais contre l’Amérique tout est bon. Et, in fine, ils évacuent leurs tourments en se concentrant sur l’essentiel : Poutine est musclé (au sens propre et figuré), autoritaire et viril. Et quoi de plus viril que des chars dans les plaines d’Ukraine ?

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