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Les enfants élevés dans une famille avec un père présent et attentionné sombrent moins dans la délinquance.
Les enfants élevés dans une famille avec un père présent et attentionné sombrent moins dans la délinquance.
©Reuters

Deux, c'est mieux

Pourquoi avoir un bon père (biologique ou pas) est un atout majeur dans la vie

Outre-Atlantique, des chercheurs soulignent l'importance de la présence d'un bon père pour favoriser l'insertion sociale et éviter certains problèmes, souvent propres à l'adolescence.

Gérard  Neyrand et Jean-Sébastien Hongre

Gérard Neyrand et Jean-Sébastien Hongre

Gérard Neyrand est sociologue, est professeur à l’université de Toulouse, membre de l’équipe d’accueil Sports, organisations, identités (SOI), directeur du Centre interdisciplinaire méditerranéen d’études et recherches en sciences sociales (CIMERSS, laboratoire associatif) à Bouc-Bel-Air. Il a publié de nombreux ouvrages dont Les mariages forcés. Conflits culturels et réponses sociales (avec Abdelhafid Hammouche, Sahra Mekboul, La Découverte, 2008).

Jean-Sébastien Hongre, entrepreneur sur Internet, est l’auteur de Un père en colère aux Editions Max Milo et d’Un joueur de poker chez Anne carrières.
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Jean-Sébastien Hongre, entrepreneur sur Internet, est l’auteur de Un père en colère aux Editions Max Milo et d’Un joueur de poker chez Anne carrières.

Gérard Neyrand est sociologue, est professeur à l’université de Toulouse, membre de l’équipe d’accueil Sports, organisations, identités (SOI), directeur du Centre interdisciplinaire méditerranéen d’études et recherches en sciences sociales (CIMERSS, laboratoire associatif) à Bouc-Bel-Air. Il a publié de nombreux ouvrages dont Les mariages forcés. Conflits culturels et réponses sociales (avec Abdelhafid Hammouche, Sahra Mekboul, La Découverte, 2008).
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Gérard Neyrand est sociologue, est professeur à l’université de Toulouse, membre de l’équipe d’accueil Sports, organisations, identités (SOI), directeur du Centre interdisciplinaire méditerranéen d’études et recherches en sciences sociales (CIMERSS, laboratoire associatif) à Bouc-Bel-Air. Il a publié de nombreux ouvrages dont Les mariages forcés. Conflits culturels et réponses sociales (avec Abdelhafid Hammouche, Sahra Mekboul, La Découverte, 2008).
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Atlantico : Des statistiques publiées dans la presse américaine (ici) montrent que les enfants élevés dans une famille avec un père présent et attentionné sombrent moins dans la délinquance, la dépression, ou évitent davantage les risques de grossesses précoces que ceux élevés avec un père peu attentionné, voire pas de père du tout. Partagez-vous l'observation "statistique" qu'avoir un (bon) père est un vrai atout pour la vie sociale d'un enfant ?

Gérard Neyrand : C'est évident. C'est bien sûr aussi valable pour la mère. Avoir des parents qui sont adéquats cela permet une intégration sociale bien meilleure et soutient les jeunes qui partent dans la vie. La caractéristique du père dans la plupart des cas, c'est qu'il permet de poser des limites. La difficulté que l'on rencontre dans beaucoup de situations familiales difficiles c'est que de par sa conformation biologique, la mère a tendance à avoir une relation fusionnelle avec l'enfant et notamment les premiers temps. S'il n'y a pas de personne tierce, le père en l'occurrence, pour permettre de prendre de la distance avec l'enfant et de poser un certain nombre de limites, les choses peuvent être plus difficiles. Le père constitue une référence pour l'enfant. La caractéristique des situations contemporaines c'est que ces fonctions qui étaient assez typées autrefois sont aujourd'hui beaucoup moins marquées.

Jean-Sébastien Hongre : La lente et progressive déliquescence des structures familiales en France depuis 40 ans a démontré ses effets néfastes. Depuis la sortie de mon roman Un père en colère qui met en scène deux parents qui cherchent à comprendre pourquoi leurs enfants sont devenus délinquants, j’ai réuni plus de 5 000 parents sur le mur facebook du roman et j’ai reçu des dizaines de témoignages allant dans le sens de votre étude. Il y a notamment des messages de mères seules confrontées à de terribles difficultés. Bien entendu, seule on peut éduquer correctement un enfant. Mais cela devient très difficile. D’un coté, l’Etat providence et les média jouent contre les parents, les déresponsabilisent ou encore leur ôtent les repères et les outils pour éduquer. D’un autre, l’espace public est abandonné par lâcheté : absence d’autorité dans les écoles, laisser-aller qui permet aux dealers de proposer en toute impunité leurs drogues, racket silencieux, éducation massive à la violence véhiculée par le cinéma, la télévision, les jeux vidéo ou les paroles de certains rappeurs. L’enfant sorti de son cadre familial est exposé à mille dangers et mille tentations dans l’indifférence générale. En permanence, il est moralement tiré vers le bas.La société ne protège plus de rien ; la famille doit être forte pour résister. Jamais la présence d’un père attentionné n’a été aussi nécessaire.

Hormis une protection face aux comportements déviants – surtout durant l'adolescence – comment peut-on caractériser (voire quantifier) l'avantage de grandir auprès d'un père présent et aimant ? Comment cela se caractérise-t-il dans la vie adulte ?

Gérard Neyrand : Le bon équilibre c'est d'avoir eu dès le départ des bonnes références. Plus la socialisation est précoce, plus elle est efficace. Le risque étant que si les références ne sont pas posées pendant l'enfance, plus l'enfant avancera en âge, plus il sera susceptible de manifester dans son comportement que ce travail n'a pas été fait. Évidemment, l'entrée dans l'adolescence réactive ces manquements.

Jean-Sébastien Hongre : Cet avantage est clair. Il suffit de constater qu’en banlieue, l’absence fréquente d’un père explique souvent la dérive de certains jeunes. D’ailleurs dans les clips de rap, les signes de masculinité sont prépondérants et caricaturaux ; voitures sportives, armes, culte des muscles, culte de la bande, mise en scène de femmes généreuses et dociles... Tout cela naît d’un manque initial de figure paternelle forte. Le refus de toute forme d’autorité en est une conséquence. Car le père aimant et présent rend légitime la discipline dont il use pour apprendre la frustration à son enfant. L’enfant comprend ainsi qu’il ne doit pas se servir "coûte que coûte", que la fin ne justifie pas les moyens. Il devient libre. A l’inverse, le délinquant ne résiste pas à ses pulsions. Léa et Fred, les deux enfants de mon roman se croient libres car ils touchent l’argent facile de la vente de drogue…

L'idée qu'un père doit apporter une éducation plus "virile" est souvent battue en brèche, mais semble être encore un élément structurant important, notamment pour les garçons. Une indifférenciation d'un comportement masculin et féminin à la maison peut-elle réellement être un élément négatif pour la construction d'un enfant ?

Gérard Neyrand : L'égalité ne doit pas se penser comme une asymétrie totale. Des choses peuvent tout à fait être réalisées par l'un ou l'autre des parents, mais chacun dans son propre style. Quand un homme s'occupe d'un bébé, il "paterne", il ne "materne" pas. Le type de soins qu'il va apporter au bébé sera dans son style, sexué, même si les soins sont identiques. Le fait qu'il y ait une indifférenciation plus poussée qu'autrefois, ne veut pas dire indifférenciation au niveau du genre et des identités sexuées. Il faut distinguer le processus d'égalisation dans la société moderne de la place que peuvent avoir chacun des parents comme représentants de chacun des sexes.

Jean-Sébastien Hongre : Les théories pédagogiques des années 1970-1980, la destruction du statut du professeur, la montée en puissance des femmes dans le monde professionnel, et aussi l’intérêt des marques à offrir aux enfants et aux adolescents le pouvoir de décision pour "consommer" ont concouru à la remise en cause des rôles du père et de la mère et de leur autorité sur leurs enfants. La théorie du genre que le pouvoir veut instiller dans les mentalités constitue l’attaque ultime du dernier rempart familial. C’est encore la volonté sourde de faire sauter tous les repères pour construire une société fondée sur l’individu roi, suite logique de l’enfant roi. Certains parents ne savent déjà plus qui fait quoi dans le couple, s’il faut être sévère ou libertaire, s’il faut mettre des limites ou non, s’ils en ont la légitimité, s’ils ne risquent pas un procès pour une fessée intempestive. La propagande de l’indifférenciation des comportements crée la  confusion et offre un boulevard aux caprices de l’enfant. Il est curieux que ce soit des gens de gauche qui poussent finalement la machine ultra libérale consumériste en éduquant le futur adulte à la dictature de ses seuls désirs.

Est-ce que les exigences de la société actuelle qui voudrait des pères compréhensifs, à l'écoute, tout en gardant une certaine fermeté ne sont pas contradictoires ?

Gérard Neyrand : D'une certaine façon c'est contradictoire, mais la situation est la même pour les mères ! On ne leur demande en effet plus les mêmes choses qu’auparavant. La question reste cependant complexe. La caractéristique des fonctionnements familiaux contemporains, c'est la reconfiguration des normes et des modes de fonctionnement. Ce qui autrefois était traditionnel est altéré. Est-ce que cela est négatif pour l'enfant ? Pas forcément. Cependant, il y a des choses qui peuvent être mal comprises des parents. Par exemple, la proximité plus grande des parents à l'égard des enfants gênent dans la possibilité de tenir une position d'autorité. La proximité affective avec l'enfant est en effet quelque chose de beaucoup plus facile...

Jean-Sébastien Hongre : Non, ce n’est pas contradictoire. Car au fond, la bonne nouvelle c’est qu’il me semble que nous sommes à l’aube d’une nouvelle révolution des valeurs. L’inversion des repères qui a détruit les valeurs humanistes et le vivre ensemble s’achève. Plus grand monde n’écoute les discours ironiques et destructeurs façon "Le grand journal" qui éduquaient les adolescents au cynisme. Le pays aspire à un retour du respect et des valeurs humaines. En terme d’éducation, en caricaturant, cela veut dire que nous allons pouvoir faire la synthèse entre la période de l’ordre sans l’amour (1945-1970), et la période de l’amour sans l’ordre (1970-2000). Que ce soit à la maison, à l’école, ou dans nos rues, nous pourrons peut-être offrir aux enfants à la fois protection et autonomie, affection et exigence, compréhension et autorité, dialogue et fermeté. Ils nous remercieront alors de leur donner les bases qui construisent les êtres civilisés et favorisent le "vivre ensemble".

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