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Seuls 16% des DRH pensent que la baisse des charges aura effectivement un impact sur les embauches.
Seuls 16% des DRH pensent que la baisse des charges aura effectivement un impact sur les embauches.
©Reuters

L'avis du terrain

Pour les acteurs de terrain, le pacte de responsabilité ne créera pas d'emplois... Retour sur 40 ans d'erreurs de diagnostics sur lesquels ont été construites les politiques de l'emploi

Le pacte de responsabilité devait servir à créer 500 000 emplois en France. Pourtant, seuls 16% des DRH pensent que la baisse des charges aura effectivement un impact sur les embauches, d'après les révélations du baromètre "Défi RH 2014" du 20 mai. Les entreprises profiteraient de la baisse des charges pour augmenter les salaires et investir.

Gilles Saint-Paul

Gilles Saint-Paul

Gilles Saint-Paul est économiste et professeur à l'université Toulouse I.

Il est l'auteur du rapport du Conseil d'analyse économique (CAE) intitulé Immigration, qualifications et marché du travail sur l'impact économique de l'immigration en 2009.

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Atlantico : En quoi cette réaction de terrain trahit-elle l'erreur d'analyse fondamentale du gouvernement qui pensait que les baisses des charges pourraient effectivement favoriser la création d'emploi ?

Gilles Saint-Paul : Tout d'abord, sur le strict plan logique, il est tout à fait possible que les DRH se trompent et que ça soit le gouvernement qui ait raison. Les principes économiques élémentaires impliquent qu'une baisse du coût du travail, toutes choses égales par ailleurs, devrait se traduire par des créations d'emploi. L'estimation du gouvernement serait à peu près correcte si l'on pouvait s'attendre à une baisse générale du coût du travail, durable, et égale aux efforts fiscaux consentis dans le cadre du pacte de responsabilité. Malheureusement, il y a des raisons de penser que ces conditions ne sont pas réunies. D'une part, il faudra trouver un financement, et les économies réalisées sont fondées sur un appauvrissement des fonctionnaires et des retraités, ce qui n'est pas tenable politiquement à long terme. En l'absence d'économies vraiment durables, il faudra bien augmenter les impôts ailleurs, et ces nouveaux impôts auront tendance à annuler les effets bénéfiques du pacte. D'autre part, les DRH savent bien que le gouvernement ne prend ces mesures que contraint et forcé, sous la pression des événements, et que les charges sociales remonteront dès que la conjoncture le permettra - d'autant que les problèmes de financement de l'Etat-providence vont s'aggraver avec la montée du vieillissement.

Pourquoi, alors que dans d'autres pays cette mesure pourrait avoir l'effet espéré, ce genre de mesure ne pourrait pas fonctionner en France ?

Le problème de fond est celui de la crédibilité des décideurs politiques. Leurs mesures de relance de l'emploi ne reposent que sur une manipulation de la fiscalité sur le travail à travers des mesures discrétionnaires et réversibles, tandis qu'aucun effort sérieux n'est fait sur les dépenses. Des pays comme la Suède ont mis en place des mécanismes bien plus durables de réduction des dépenses sociales, comme celui d'indexation automatique du point retraite sur les recettes, ou une réduction conséquente de la générosité des indemnités-chômage. Ce qui compte c'est de s'engager de manière crédible sur une réduction des dépenses, qui seule peut convaincre les acteurs économiques que les cadeaux fiscaux sont durables. Pour revenir à l'exemple du gel du salaire des fonctionnaires, il est très facile d'annuler cette mesure en cédant à la pression de la rue ou aux considérations électorales. En revanche, une réduction du nombre de fonctionnaire aurait été bien plus durable. D'abord parce que revenir dessus en réembauchant est une procédure complexe et coûteuse, ensuite et surtout parce qu'il est beaucoup moins dans l'intérêt des fonctionnaires en place de se mobiliser pour des embauches supplémentaires que pour une hausse de leur salaire. 

Y-a-t-il d'autres mesures comme celle-ci qui auraient été viciées depuis leur conception et qui traduisent une erreur de diagnostic de la part de nos décideurs ?

Il y en a de nombreuses. Les décideurs politiques ne semblent pas prendre en compte le fait que les mesures ne sont pas isolées et définitives, mais au contraire s'inscrivent dans un processus dynamique et peuvent avoir un effet pervers sur la suite des évenements. Par exemple, bien des réductions de charges pour les bas salaires, qui étaient censées conduire à une baisse du coût du travail et à des embauches, ont finalement été instrumentalisées de façon opportuniste pour financer des hausses du SMIC, ce qui est fort tentant à l'approche d'une élection. De même, lors des négociations sur le PARE, le patronat a accepté que l'on revienne sur la dégressivité des indemnités de chômage, en échange d'un suivi plus intense des chômeurs et de l'imposition de sanctions en cas d'activité insuffisante de recherche d'emploi, alors qu'ils n'ont aucun moyen de s'assurer qu'un tel suivi et de telles sanctions soient effectivement mise en place par le pôle emploi, qui n'y a au fond aucun intérêt. Ils ont donc fait des concessions sur lesquelles ils ne pourront pas revenir, en échange de promesses largement théoriques. 

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