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Des policiers sécurisent le site où un officier a été tué lors d'une opération anti-drogue à Avignon le 5 mai 2021.
Des policiers sécurisent le site où un officier a été tué lors d'une opération anti-drogue à Avignon le 5 mai 2021.
©CLEMENT MAHOUDEAU / AFP

Hybridation

Policier tué à Avignon : quand la culture de la violence importée avec l’immigration s’hybride avec le néo-nihilisme occidental

Les policiers sont de plus en plus confrontés à une hausse de la violence à leur égard. Avec la mort d'un membre des forces de l'ordre cette semaine à Avignon lors d'une opération antidrogue et après l'attaque à Rambouillet, de nouvelles étapes viennent d'être franchies dans le niveau de violence ciblant les policiers. Quelles sont les causes de cette montée de violence envers les forces de l'ordre ? 

Maurice Berger

Maurice Berger

Le Dr. Maurice Berger est ancien chef de service en psychiatrie de l’enfant au CHU de Saint-Étienne, ex-professeur associé de psychologie à l’Université Lyon 2 et psychanalyste.

 

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Atlantico : Avec la résurgence d'assassinats de fonctionnaires de police, nous avons le sentiment qu'une montée de la violence est en train de se produire, est-ce une réalité ? Peut-on cibler la réalité de la hausse de la violence ? Quelles sont les causes de cette montée de violence envers les forces de l'ordre ? 

Maurice Berger : La  fréquence des actes de violence est en hausse. Les coups et blessures sont passés de 222 861 en 2017 à 240 215 en 2018, et 260 475 en 2019, et  les agressions sur les médecins  de 512 en 2009 à 1084 en 2019.  Quant aux agressions  effectuées sur les personnes dépositaires de l’autorité publique, elles étaient  de 15 500 en 2000 et 38 500 en 2019. Les policiers sont particulièrement exposés puisqu’ils sont chargés de faire respecter la loi dans l’espace public.

Le meurtre d’un policier est non seulement un événement dramatique en soi, mais aussi extrêmement inquiétant  parce qu’il  montre une fois de plus que les forces de l’ordre n’ont plus de statut particulier aux yeux de beaucoup de délinquants. Ceux-ci ne voient aucune raison de se soumettre aux injonctions des représentants de l’autorité de l’Etat. Ainsi la police est confrontée à un refus d’obtempérer toutes les 30’ secondes, chiffre qui a augmenté   de 68 % en 9 ans ; c’est devenu une manière d’être « normale » dans certains milieux.

Dans mon travail de pédopsychiatre en Centre éducatif renforcé, je rencontre des mineurs délinquants violents  qui vont évoluer vers ce genre de comportement. Chez eux, la question de la soumission est centrale. Et le refus de se soumettre, que ce soit au port d’un masque dans un véhicule de transport collectif, à une interpellation par les forces de l’ordre, ou autre, est fréquemment à l’origine d’actes violents.

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Nous croyons que ces sujets désobéissent en ne respectant pas les lois, mais c’est beaucoup plus grave : ils ne savent pas ce qu’est qu’obéir.  Pour désobéir, il faut d’abord être capable d’obéir, d’en comprendre l’importance, l’aspect positif ; et ce n’est pas le cas,  beaucoup d’individus n’ont pas de notion de ce qu’est une loi, ni le magistrat ni la police ne peuvent donc être perçus comme les représentants d’une loi collective.

Les causes d’un tel comportement sont multiples, mais d’abord éducatives. On suppose une absence de contraintes éducatives cohérentes, ce peut être le cas, mais c’est souvent l’opposé : l’enfant  grandit dans un milieu où règne la loi du plus fort, avec en particulier des violences conjugales et des violences directes sur lui qui aboutissent au  modèle relationnel « être humilié ou humilier l’autre », ou « qui va soumettre l’autre ? ». Résultat : ces sujets ne refusent pas de se soumettre à la loi, puisqu’elle n’a aucun sens pour eux ; ils refusent de se soumettre-tout court-, le verbe « se soumettre » n’ayant pas ici de complément d’objet indirect. Et les policiers ne sont alors représentés que comme des gêneurs à éliminer.

Peut-on voir une hybridation entre des cultures plus violentes, souvent venues de régions extra-européennes, et un sentiment de nihilisme qui traverse l'Occident ? 

Effectivement, nous sommes face à la conjonction de deux processus destructeurs.

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D’un côté, une partie de la population d’origine extra européenne a un fonctionnement patriarcal sous la forme de mariages précoces, forcés, de violences conjugales, de surveillance de la femme dans l’espace public, d’excision, de polygamie. Ce fonctionnement a souvent une dimension clanique au sens où  le groupe familial est un corps dont chaque individu est un membre, sous l’autorité d’un patriarche. Dans une telle famille clanique, le mode de pensée est indifférencié, le but n’est pas qu’un sujet pense par lui-même car son identité est d’abord d’appartenir au groupe.  On retrouve cette même organisation dans  les bandes dominées par un leader. Dans tous les cas, clans et bandes  ne peuvent se représenter les policiers  que  comme un groupe rival, ne pouvant imaginer que les forces de l’ordre puissent avoir un mode de fonctionnement différent du leur. Les codes du groupe priment sur les lois extérieures.

Toute culture qui fonctionne sur ce mode patriarcal qui inclut une inégalité homme-femme  produit de la violence, en particulier chez ses descendants. Les chiffres en témoignent. Dans  le CER où je travaille, seuls 8 % des mineurs admis appartiennent à des familles françaises dites « de souche » dont 2% de gens du voyage, clans souvent violents. Et il y a une surreprésentation des mineurs issus de l’immigration dans beaucoup d’ Etablissements Pénitentiaires pour Mineurs.

Face à cela, nous nous sommes désarmés de deux manières. Moralement, à cause de textes légaux inadaptés. Physiquement, en l’absence de volonté de construire des lieux réellement contenants de la violence. Nos lois pénales opposent sanction et éducation, or  la sanction fait partie de l’éducation, elle n’est en effet pas une répression au sens  d’un interdit de penser, mais une aide à la répression des pulsions destructrices, ce qui est un des fondements du travail éducatif.  La sanction signifie que l’acte commis ne peut pas être effacé ; qu’il est honteux donc mérite une peine.

 Je m’entretiens avec Rayan (le prénom a été changé) qui, à  15 ans,  a comparu pour « port sans motif légitime d’une arme blanche de catégorie D ». Il a reçu du magistrat une  admonestation dont il me dit « je m’en foutais, ça voulait dire que ce que j’avais fait n’était pas grave ». Puis il commet une interminable suite de délits accompagnés de violence, la liste est telle qu’il ne se souvient ni de ce qu’il a fait, ni quand, ni où.  A 16 ans, complètement ivre, il fonce en scooter dans  une rue piétonne de Paris et explique qu’il aurait pu tuer quelqu’un. A ma question sur ce qu’il aurait ressenti alors, il répond que cela lui aurait été indifférent mais  lui aurait provoqué des ennuis. Cette fois, un juge des enfants le place dans notre établissement. Je lui demande ce que cela lui aurait fait d’aller en prison avant son admission ici. Cela lui aurait-il permis de réfléchir ? Sa réponse : « je ne risque pas la prison, même si ce que je fais est grave ». Il a acquis la certitude de ne pas rencontrer de butée matérialisée à ses actes. Sans avoir lu le texte officiel, il a parfaitement intégré la rupture juridique décidée par le Conseil constitutionnel le 22 septembre 2016,  indiquant que « l’exécution provisoire d’une peine d’emprisonnement prononcée à l’encontre d’un mineur est contraire au relèvement éducatif et moral des mineurs délinquants ».

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Nous avons aussi perdu le sens de l’importance de l’intégrité physique d’autrui. En tant que médecin, je suis impressionné par l’écart existant entre l’importance des séquelles corporelles ou cérébrales définitives présentées par des victimes  d’agressions et la faiblesse des peines prononcées. La peine devrait être  proportionnelle aux dégâts infligés au corps d’autrui, c’est ce qu’on appelle la justice de l’acte, alors que la justice est actuellement centrée sur l’auteur, avec une continuelle culture de l’excuse qui se traduit par  l’inconsistance de certaines décisions pénales. Or pour les délinquants que je rencontre, le critère d’évaluation de la gravité de leurs actes est de savoir si « ça coute cher ». La notion de butée matérialisée, c’est-à-dire de l‘empêchement d’agir sous la forme d’un emprisonnement qui peut éventuellement permettre une réflexion sur soi, n’a plus cours.  Et la nouvelle loi pénale interdit les peines d’emprisonnement de moins d’un mois qui, instaurées rapidement autrefois,  évitaient souvent aux mineurs de s’engager vers un parcours de « violence choisie », comme l’indiquent certains juges des enfants.

Dit autrement, nous avons besoin d’un Etat plus fort que la loi du plus fort. C’est pourquoi, dans mon ouvrage « Faire face à la violence en France » (parution le 2 juin, Ed L’Artilleur), je propose de reprendre les textes légaux  dans un sens plus protecteurs pour la société, et même pour les agresseurs. Et ceci permettrait qu’au lieu que la police soit haïe et méprisée, elle soit plus prise en compte et respectée.  

Lorsque l'on regarde le top des musiques les plus écoutées par les Français, le rap tient une place quasi majoritaire, ce genre musical marque-t-il une victoire culturelle de la fascination pour la virilité violente ? Ne peut-on voir un paradoxe entre le rejet de la violence et des discriminations par nos sociétés et la fascination pour le rap qui valorise une virilité violente ? Qu'est-ce que cela nous dit des manques de nos sociétés ?

Les paroles  de certains rappeurs sont violentes au nom d’une supposée discrimination. Il est facile de se positionner en victime et d’attiser ainsi la haine, mais on ne construit jamais rien sur le ressentiment et la victimisation. Il est toujours plus facile de détruire que de construire, d’appeler à la haine contre les policiers plutôt que de s’interroger sur sa propre incapacité à nouer des liens tranquilles et créatifs avec autrui.

Maurice Berger publie « Faire face à la violence en France », le 2 juin, aux éditions de L’Artilleur.

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