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Plan Borloo pour les banlieues : probablement lucide, beaucoup d’efforts mais peu d’espoir à en retirer, et voilà pourquoi
©LUDOVIC MARIN / AFP

Du pain sur la planche

Plan Borloo pour les banlieues : probablement lucide, beaucoup d’efforts mais peu d’espoir à en retirer, et voilà pourquoi

Jean-Louis Borloo a présenté un plan ambitieux mais il prévient qu’il ne suffira pas pour traiter une situation explosive et appelle à une mobilisation d’envergure nationale des acteurs publics et privés.

Laurent Chalard

Laurent Chalard

Laurent Chalard est géographe-consultant, membre du think tank European Centre for International Affairs.

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Patrice Vergriete

Patrice Vergriete

Patrice Vergriete est maire de Dunkerque, Président de la Communauté Urbaine.

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Atlantico : En présentant son plan banlieues, Jean-Louis Borloo a alerté sur la gravité de la situation. « 500 000 jeunes de 16 ans à 24 ans restent en bas des tours, les bras croisés » et près de 6 millions d'habitants vivent dans une « forme de relégation voire d'amnésie de la Nation », a-t-il ajouté. Que pensez-vous de ce constat ?

Patrice Vergriete : C’est un constat bien réel car dans certains quartiers, le chômage des jeunes atteint 60%. Et lorsqu’on se fixe, en tant qu’élu local de descendre à 50%, on trouve peu de relais institutionnels pour nous aider. Ce renoncement entretient le repli de populations qu’il est déjà difficile de convaincre. Même en promettant un job à l’issue d’une formation, souvent ça ne les convainc pas. Pour les réintégrer dans l’emploi, il faut faire un travail qualitatif de suivi qui nécessite d’avoir des moyens. Une partie des jeunes et de la population de ces quartiers en général, se méfient de l’Etat et préfèrent continuer à vivre dans un système parallèle de débrouille, de petits trafics ou de pratiques plus graves. Ces logiques négatives ont peu à peu construit une culture, des codes et un mode de vie en soi. Dans ma région et à Dunkerque précisément, le phénomène s’est construit avec le chômage de masse et de longue durée. Après la crise de 2008, plus de 6000 personnes se sont retrouvés écartés de l’emploi durablement et peu à peu un autre système de survie se met en place.

Comment expliquer que cette culture se soit substituée aux règles de la société ? Comment s’est-elle développée ?

Laurent Chalard : Les raisons sont à la fois sociales et culturelles. On ne peut pas dissocier les deux, qui d’ailleurs s’entretiennent mutuellement. Les causes sociales sont liées au chômage apparu dans les années 70 et 80, qui a entraîné un décrochage social et une croissance de la pauvreté. Ensuite, l’arrivée de populations immigrées que l’on a pas su accueillir a crée des tensions culturelles , qui se sont traduites par un repli communautaire de plus en plus marqué dans les années 90. Parler de « quartiers » n’aborde pas les vraies questions. Il faut s’attaquer aux racines culturelles qi ont engendré une méfiance de l’Etat alors que ces quartiers ont particulièrement besoin de l’Etat. Cette méfiance a également été entretenue par le comportement clientéliste de certains élus, qui ont trouvé eux-mêmes des avantages à maintenir cette population dans ce système parallèle.

Jean-Louis Borloo est bien conscient que des mesures générales ne vont pas transformer ces quartiers de façon spectaculaire, mais il propose de nombreuses mesures sur l'éducation, la mobilité, les entreprises et emploi. Ce plan est-il plus ambitieux et plus pertinent pour l'insertion des populations de ces quartiers en rupture avec la société?

Patrice Vergriete : Comme tous les plans de ce type, il s’agit d’un cadre général qui n’est pas toujours adapté aux réalités locales. Les logiques ne sont pas les mêmes d’un territoire à l’autres, certains quartiers sont plus exposés au chômage, d’autres à l’insécurité ou au trafic de drogue. Les mesures proposées sur l’éducation sont évidemment les plus utiles et les plus porteuses de changement. L’image plus ou moins négative qu’ils renvoient est un élément essentiel. Si on arrive à faire évoluer ce cercle vicieux, la population adhèrera davantage à ce que l’Etat veut mettre en place.

Laurent Chalard : Je ne crois pas beaucoup d’une manière générale aux  plans qui, malgré les objectifs affichés, ne traitent pas ces questions en profondeur, dans toutes leurs dimensions sociétales. Jusqu’ici, on a surtout vu leurs échecs…  la complexité de ces situations de rupture interroge sur ce que l’Etat peut réellement faire aujourd’hui.

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