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Thomas Piketty.
Thomas Piketty.
©Reuters

C'est bien beau mais...

Pikettymania outre-atlantique, 2ème effet kiss kool : et maintenant les critiques

Le livre de l'économiste français Thomas Piketty, "Le Capital au XXIe siècle", a rencontré un beau succès, aussi bien en France qu'outre-Atlantique. Cependant plusieurs économistes de divers pays et courants idéologiques ont montré que sa théorie, selon laquelle une explosion des inégalités de patrimoine serait imminente, est en réalité erronée.

Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann

 

Nicolas Goetzmann est journaliste économique senior chez Atlantico.

Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :

 

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Le Livre de Thomas Piketty, le Capital au XXIème siècle continue de faire parler de lui. Après les éloges, les critiques commencent à apparaître. C’est ainsi que 4 économistes Français (Odran Bonnet, Pierre-Henri Bono, Guillaume Chapelle et Etienne Wasmer), du département économie du Laboratoire interdisciplinaire d’évaluation des politiques publiques (Sciences Po) attaquent de front la théorie développée par Thomas Piketty. Une étude qui sera reprise par le très influent économiste américain Tyler Cowen. Les points soulevés par les économistes de Sciences po sont également partagés par un économiste allemand, Stefan Hombourg dans un papier publié par l’Université de Hanovre.

Le point essentiel du livre de Thomas Piketty est d’avoir constaté que le rythme du rendement du capital est supérieur au rythme de croissance. Une telle situation conduit inévitablement à une aggravation progressive des inégalités dans un phénomène qui semble irréversible. Phénomène noté r > g, où "r" est le taux de rendement du capital, et "g" la croissance.

Sur la base de ce constat particulièrement documenté, l’économiste français aboutit à une conclusion effrayante : la dynamique actuelle va se poursuivre dans le futur et conduire à une explosion des inégalités de patrimoine. Pourtant, les points soulevés par l’Institut d’études politiques viennent contredire le constat du Capital au XXI siècle.

"Dans cette note, nous montrons que cette conclusion n’est pas plausible. D’abord, elle repose sur la hausse d’une seule des composantes du capital : le capital logement. Le capital dit "productif", hors immobilier, n’a que légèrement augmenté dans les dernières décennies, et sur le long terme, n’est pas en hausse tendancielle".

La problématique de l’immobilier et des inégalités n’est pas neutre. Car en comparaison avec le XIXème siècle "cette situation où une faible fraction des ménages dispose de l’ensemble du capital immobilier contraste nettement avec nos économies actuelles où le taux de propriétaire oscille entre 40 et 70 % selon les pays."

La critique faite à l’endroit de Thomas Piketty est d’avoir extrapolé la dynamique immobilière de ces dernières années afin de justifier la constance du phénomène inégalitaire. Une critique que l’on retrouve dans la note de Stefan Hombourg, qui présente la différence entre capital « productif » et immobilier :

La spectaculaire augmentation de la "richesse" est ainsi bien plus la conséquence de la dynamique immobilière que de l’augmentation du capital "productif". Les critiques sont ici virulentes. Pour étayer ses propos, Thomas Piketty ne s’est pas embarrassé de faire la distinction entre capital productif et capital "non reproductible". 

La volonté de l’auteur d’entremêler les notions de "capital" et de "richesse" est encore pointée par l’économiste allemand :

"Conceptuellement,  cependant, la plus grande maladresse du livre est d’avoir mélangé les termes de capital et de richesse. Grâce à cette manœuvre sémantique, les lecteurs peuvent avoir l’impression que les hausses récentes des prix de l’immobilier indiquent une révolution industrielle qui va modifier la distribution des revenus en faveur du capital. Une telle supposition est infondée car la hausse de l’immobilier favorise la richesse mais laisse la production non affectée."

Une conclusion partagée par les économistes de l’IEP, mais également par l’économiste français Michel Husson, pourtant soutien du Front de gauche :

"L’essentiel de la critique porte finalement sur la définition du capital de Piketty. On a vu qu’elle était très large puisqu’elle englobe les logements, la terre, les équipements, les titres financiers (obligations, actions, etc.) et la propriété intellectuelle. (…) Tout le problème est au fond que cette définition n’est pas compatible avec la théorie néo-classique qui a besoin d’une quantité physique de capital."

La conclusion des économistes de l’IEP est sans appel : "Celui-ci (l’auteur) reste factuellement précis, ne faisant qu’orienter la lecture vers une alarmante tendance à l’augmentation des inégalités de revenu et de capital. Cette note démontre que cette tendance n’est pas confirmée par les chiffres."

En plus des critiques ici présentées, il est à rappeler que le livre Le Capital au XXIe siècle comporte également de fausses affirmations qu’Atlantico avait déjà pu mettre en avant lors de la parution du livre en langue française.

Le Capital au XXIème siècle reste un ouvrage de référence en termes de collecte des données relatives aux inégalités, mais il est affaibli par une volonté de plus en plus nette de répondre aux préjugés de son auteur plutôt que de traiter de la réalité des faits.

Pour lire le Hors-Série Atlantico, c'est ici : "France, encéphalogramme plat : Chronique d'une débâcle économique et politique"

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