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Peut-on être riche 
et honnête à la fois ?
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Robin des bois

Peut-on être riche et honnête à la fois ?

Selon une étude américaine publiée dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences, les personnes les plus riches agissent avec moins d'éthique et de morale que les personnes de classes sociales moins favorisées. Mais est-ce le fait d'être riche qui rend moins éthique ou est ce le manque d'éthique qui permet de devenir riche ?

Gilles Klein

Gilles Klein

Gilles Klein,, amateur de phares et d'opéras, journaliste sur papier depuis 1977 et en ligne depuis 1995.

Débuts à Libération une demi-douzaine d’années, puis balade sur le globe, photojournaliste pour l’agence Sipa Press. Ensuite, responsable de la rubrique Multimedia de ELLE, avant d’écrire sur les médias à Arrêt sur Images et de collaborer avec Atlantico. Par ailleurs fut blogueur, avec Le Phare à partir de 2005 sur le site du Monde qui a fermé sa plateforme de blogs. Revue de presse quotidienne sur Twitter depuis 2007.

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Une étude publiée par Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS) estime que les personnes les plus riches agissent avec moins d'éthique et de morale que les personnes de classes sociales moins favorisées, qu'il s'agisse de respecter le code de la route ou de mentir dans une négociation. Est-ce la richesse qui rend l'homme moins droit, ou bien est-ce un comportement sans foi ni loi qui est la clé pour arriver à être riche ? Une attitude qui permettrait aux patrons de multinationales (considérés comme sans foi, ni loi par les syndicats) de délocaliser, sans tenir compte de l'angoisse des salariés qui en sont victimes ?

L'étude PNAS évoque plusieurs études qui concluent que les plus riches aussi, entre autres,  prendront plus facilement des objets de valeur à quelqu'un, ou mentiront pour augmenter leurs chances de recevoir un prix, et adopteront un comportement contraire à l'éthique dans leur travail.

The Atlantic revient en détail sur le sujet avec des thèmes plus ou moins cocasses qui peuvent laisser sceptique. Des chercheurs de l'université de Californie, à Berkeley, et de l'université de Toronto ont examiné les tendances de plus de 1 000 bénévoles provenant de divers milieux socio-économiques. On apprend ainsi que les gens appartenant  à des classes aisées étaient trois fois plus enclins à ne pas s'arrêter pour laisser passer des piétons, et quatre fois plus enclins à forcer le passage face aux autres véhicules dans un carrefour. Aux Etats-Unis, à un carrefour à quatre rues, tout le monde s'arrête et passe dans l'ordre d'arrivée au carrefour.

Dans une autre expérience lors d'une séance de travail, il y avait un bocal de bonbons réservé aux enfants qui visitent le laboratoire. Invitées à en prendre un ou deux, les personnes issues de classe aisées en prenaient deux fois plus. La cinquième expérience consistait en un entretien d'embauche avec des candidats à la recherche d'un emploi de longue durée. Mais l'emploi proposé était à durée limitée. Chacun était libre de communiquer ou non cette information au demandeur d'emploi. Les gens les plus aisés avaient tendance à moins communiquer sur ce détail important.

Dernière expérience, le comportement éthique au travail, et là aussi les gens aisés respectent moins la morale que les autres. Et malheureusement quand on explique l'intérêt de laisser de côté ses scrupules aux participants, les moins aisés deviennent aussi peu scrupuleux que les autres.

Des expériences commentées par l'un des chercheurs cité par le quotidien canadien Le Devoir : «Ces résultats peuvent peut-être nous aider à expliquer le comportement de quelqu'un comme Vincent Lacroix, comme Bernie Madoff, quelques politiciens, à comprendre les origines de ces comportements», a expliqué le chercheur Stéphane Côté, professeur de comportement organisationnel et de psychologie à la Rotman School of Management de l'Université de Toronto. «Ce qu'on démontre, c'est qu'il y a une tendance en ce sens, que d'avoir plus d'argent, une occupation plus prestigieuse, nous mène à avoir un comportement moins éthique.»

Les théologiens se posent aussi la question de l'éthique et de l'argent. Exemple avec cet extrait de la revue de théologie de la Faculté Jean Calvin : "Qui dit « argent » dit échange, propriété, richesse, ou encore capital, placements, profit et, tôt ou tard, arnaques, blanchiment, détournements de fonds… Sujet donc qui intéresse tout le monde, qu’il s’agisse du revenu de chacun (salarié, chômeur, retraité…) – bref, de mon argent distribué en liquide ou par carte bancaire, épargné ou objet de spéculation en Bourse, dépensé ou investi – ou alors, à l’échelle planétaire, des richesses exprimées en milliards de dollars, venant des gros investisseurs et des entreprises nationales ou multinationales et mis en circulation par la mondialisation de l’économie. Et les enjeux éthiques sont de taille : pour ce qui est de l’argent dont je dispose, comment faire pour bien faire ? et au niveau collectif, quelle éthique élaborer dans des lieux comme l’entreprise ou le commerce international, dans l’interface où politique et économie se rencontrent, ou encore face à la dette du tiers monde et à la fracture qui sépare pays riches et pays pauvres ?"

A ce propos il est intéressant de lire ce qu'en pense Michel Johner qui a réfléchi sur "Le chrétien face à l'épreuve de l'argent" mais cette réflexion est sans doute valable pour chacun, même non croyant: "à force d’insister sur le fait que l’enrichissement personnel résulte de combinaisons économiques lointaines et complexes, la responsabilité personnelle face à l’argent tend à être occultée. L’argent devient un fait englobé dans un type d’économie dont personne n’est responsable. Aujourd’hui, dans la conscience individuelle, il n’y a plus, à proprement parler, d’avares, de prodigues, de voleurs, de corrompus… (le corrompu ne peut être que l’autre… ou le système en général). Au bas de l’échelle, si un tel est un voleur, «ce n’est pas de sa faute», mais parce qu’il est dans des conditions économiques telles qu’il ne peut pas être autre chose, ou que la plupart de ses semblables font de même. Et en haut de l’échelle, si un chef d’entreprise est obligé de sous-payer ses ouvriers, de délocaliser ses firmes de production ou d’écraser et de ruiner ses concurrents, lui aussi se trouve justifié par le système et par ce qu’il appelle «les contraintes du marché». Ainsi, la référence au système offre à tous un merveilleux alibi. Et l’individu ne demande pas mieux que de croire ce discours qui lui apporte une forme d’excuse absolutoire dans son rapport à l’argent."

Johner note au passage que "Jean Calvin, par exemple, est souvent présenté comme étant le père du capitalisme (suite à la thèse de Max Weber, L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme). Il faut savoir, cependant, que la plupart des économistes aujourd’hui contestent la pertinence de cette thèse, tout en reconnaissant que Calvin a été le premier homme d’Eglise à apporter (sous certaines conditions) la caution de l’Eglise à la pratique du prêt à intérêt, donnant ainsi au capitalisme une sorte de «bénédiction baptismale» qui a fortement contribué à son développement, notamment dans les pays protestants".

Contrairement aux études universitaires citées ci-dessus, Johner, met le riche et le pauvre sur le meme niveau face à l'argent : " Cela dit, il est important de prendre conscience du fait que l’esclavage de l’argent, dont l’Evangile veut libérer, est un esclavage qui peut être vécu, non seulement dans la richesse, mais tout autant dans la pauvreté ! Face à la tentation de l’argent dont Jésus parle, le pauvre n’est pas mieux disposé que le riche. La puissance de l’argent est susceptible d’assujettir les pauvres autant que les riches. Les uns, par l’accumulation, les autres par le désir, le souci, la frustration, et tous, de la même manière, par la convoitise."

Sans vouloir conclure sur ce vaste sujet on peut citer deux penseurs défunts : "Les aspirations des pauvres ne sont pas très loin des réalités des riches" disait Pierre Desproges, tandis que Coluche lui déclarait  "Des fois on a plus de contacts avec un chien pauvre qu'avec un homme riche."

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