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Petite géographie du “qui-soutient-qui” dans la présidentielle 2017
©REUTERS/Philippe Wojazer

Comités Théodule

Petite géographie du “qui-soutient-qui” dans la présidentielle 2017

En ce jour de premier tour de l'élection présidentielle, les candidats, principalement les quatre favoris, dans les sondages ont participé à une "pêche" aux soutiens.

Christian  Bidegaray

Christian Bidegaray

Christian Bidegaray est politologue. Il enseigne les sciences politiques à l'Ecole de Journalisme à Nice.

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Atlantico : De nombreuses personnalités se sont engagées en faveur des différents candidats à l'élection présidentielle, on pense à Claude Bébéar, fondateur d'Axa avec Emmanuel Macron, des économistes, Noam Chomsky et des acteurs pour Jean-Luc Mélenchon... Est-il possible d'avoir une vision d'ensemble, une "géographie" de qui soutien qui dans cette campagne présidentielle ?
 

Christian Bidegaray : Chacun des quatre candidats qui sont classé parmi les favoris par les sondages ont réussi à entrainer des soutiens dans leurs campagnes respectives. Emmanuel Macron a vu beaucoup de cadres issus du parti socialiste, du centre et de la droite le rejoindre. Jean-Yves le Drian s'est rapproché de l'ancien ministre de l'économie. Le maire de Lyon, Gérard Collomb est devenu son porte-parole. Dominique de Villepin s'est greffé au mouvement En Marche! ces derniers jours pour la droite. Christian Estrosi ne s'est pas montré hostile en acceuillant Emmanuel Macron pour un meeting à Marseille. Courant mars, c'est François Bayrou qui a annoncé son soutien au candidat. C'est pratiquement à partir de ce moment-là qu'Emmanuel Macron a profité de cette dynamique dans les sondages qui l'on vu devenir un présidentiable. Emmanuel Macron réussit une synthèse qui va de la gauche à la droite en passant par les écologistes a François de Rugy et Daniel Cohn-Bendit. Mais tous les milieux profesionnels sont concernés comme la culture avec Erik Orsenna, Cédric Villani, internet avec Marc Simoncini

Dans le monde de l'entreprise, il a été rejoint par Claude Bébéar, fondateur d'Axa. 

François Fillon a réussi à attirer des soutiens avec son programme libéral. Alain Afflelou, Xavier Couture, numéro 2 de France Télévision et beaucoup de banquiers et d'hommes d'affaire comme Christian de Labriffe (associé-gérant chez Rothschild), Bruno Cercley (Président du groupe Rossignol qui compte 1.200 salariés). Alain de Castrie, ancien président du groupe d'assurances Axa a choisi François Fillon. Francis Holder, le fondateur des boulangeries Paul a fait lui, une annonce fracassante en déclarant parler au nom de tous ses employés qu'ils voteraient pour l'élu de la Sarthe. 

Les ralliements de soutiens les plus retentissent sont les célébrités issues du monde du cinéma américain en faveur du candidat de la France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon. Une pétition mise en ligne, «France : ne répète pas la tragédie Clinton vs Trump» rassemblait jeudi dernier 4800 signatures. Les acteurs, Dany Glover et Mark Ruffalo ont pris part en apportant leur signature. Le linguiste, Noam Chomsky ainsi que l'auteur des Monologues du Vagin, Eve Ensler ont apporté leur soutien à cette pétition de soutien. Oliver Stone, Julian Assange et Pamela Anderson qui s'étaient engagés pour Bernie Sanders aux Etats-Unis ont également apporté leur soutien à Jean-Luc Mélenchon.

Mais de nombreux intellectuels, de dix-sept pays ont pris eux-aussi un engagement en faveur de Jean-Luc Méléchon. On retrouve notamment Fernando Luengo de l'Université de Complutense à Madrid, Stephen Kinsella de l'Université de Limerick, des professeurs enseignants à New York, Mexico, Rio de Janeiro, Londres, Essen et Vienne pour ne citer que les principales Universités. 

Quant à Marine Le Pen, elle enregistre quelques soutiens. Malgré son entreprise de dédiabolisation du FN, quelques figures historiques du parti restent présentent comme Bruno Gollnisch, l'avocat Wallerand de Saint-Just, le très médiatique Gilbert Collard arrivé plus récemment dans la Rassemblement Bleu Marine. Marine Le Pen peut compter sur le soutien de Brigitte Bardot et de l'ancien directeur de Reporters sans Frontières, Robert Ménard pour apporter plus de poids culturel a sa candidature. 

A quoi ces annonces de soutiens peuvent-elles servir pour les candidats qui les reçoivent ? Est-ce que cela peut leur permettre de faire peser leurs candidatures ? Que révèlent ces soutiens des candidats eux-mêmes ?

Il est clair que ces soutiens sont bénéfiques pour les candidats, notamment quand il s'agit des milieux d'affaire, entrepreneurs, banquiers, généreux donateurs. Comme vous le savez le financement des campagnes est décisif et donc le système des dons des particuliers ainsi que celui des dons entre partis politiques peut être déterminant. Ce type de soutien peut aussi être handicapant en ce qu'il valide la thèse du candidat valet du grand capital, défenseur des intérêts du patronat, de la grande banque comme aiment à le rappeler Jean-Luc Mélenchon, Nathalie Artaud et Philippe Poutou. 

Le soutien de généraux ou d'un ministre de la défense peut également être très utile pour affirmer la stature présidentielle d'un candidat qui sera chef des armées  en charge de la défense. De même le soutien de grands responsables politiques qui ont été ministres, premier ministre peut également renforcer l'image présidentielle du candidat. Mais ces soutiens peuvent être aussi un handicap. Il n'est pas sûr que la présence de Robert Hue d'Alain Madelin ou de Manuel Valls avantage Emmanuel Macron. Ces soutiens soulignent l'hétérogénéité de son camp et peuvent susciter des doutes sur la gouvernabilité d'une équipe aussi disparate.

Comment est-ce que les électeurs réagissent à ces ralliements ? Sont-ils réceptifs ? Cela peut-il vraiment les convaincre ou alors cela peut à l'inverse, avoir un effet repoussoir ? 

La présence de personnalités du monde politique, de la finance, de l'économie peut rassurer les électeurs sur "l'épaisseur" de leur candidat et sa capacité à revêtir l'habit présidentiel. On sait que le Président a une fonction internationale, son entourage et ses soutiens sont donc importants. Ils peuvent donc inciter l'électeur à voter pour un candidat plutôt que pour un autre qui semble démuni. Mais comme vous le dites, ces soutiens peuvent aussi servir de repoussoir. Pour l'électeur de gauche ou de l'ultra gauche, des soutiens du monde de la banque ou de la finance peuvent entraîner un rejet (le peuple contre les gros, la France d'en bas contre celle d'en haut, les périphéries contre les métropoles etc.) 

Cela dit ces arguments jouent surtout pour les électeurs intéressés par la politique et susceptibles de faire une évaluation coût-avantage (électeur "stratège" ou rationnel"). Pour une grande majorité d'électeurs et surtout dans une situation aussi confuse que celle d'aujourd'hui, je pense que la théorie de la rationalité limitée joue à plein. Selon cette théorie de la sociologie électorale lorsque l’électeur doit faire un choix, il n’examine pas systématiquement toutes les solutions possibles mais s’arrête dès qu’il trouve une solution satisfaisante.

Il  privilégie quelques éléments ou raccourcis comme par exemple l’accessibilité. Seuls les éléments les plus accessibles, disponibles au moment du choix électoral lui serviront à prendre sa décision. Deuxièmement, il faut prendre en compte l’affect. L'électeur va se déterminer en fonction des émotions suscitées par le ou la candidat(e). Enfin, les signaux émis par le/la candidat/e. Cela concerne son appartenance partisane, religieuse, origine ethnique et/ou social  etc. S'ajoutent à ces raccourcis l'aide à la compréhension des programmes qu'apportent les partis politiques et les médias.

 
Tous ces éléments se mêlent et peuvent être modifiés par des évènements fortuits, comme par exemple l'attentat d'hier sur le Champs Élysées. D'où la difficulté à prévoir le comportement de nos concitoyens.
 

 

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