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Contrôle du passe sanitaire à l'entrée d'un cinéma à Montpellier, 29 juillet 2021.
Contrôle du passe sanitaire à l'entrée d'un cinéma à Montpellier, 29 juillet 2021.
©PASCAL GUYOT / AFP

Hésitation vaccinale

Pass vaccinal : ce qu’on sait avec le recul des raisons de ceux qui refusent le vaccin contre le Covid

Impossible de mesurer si la transformation du pass sanitaire en pass vaccinal peut se révéler efficace contre la pandémie si on ne comprend pas les racines de la réticence vaccinale

Xavier Briffault

Xavier Briffault

Chargé de recherche au CNRS (INSHSSection 35).
Habilité à diriger des recherches (HDR).

Membre du conseil de laboratoire du CERMES3.
Membre du Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP), Commission Spécialisée Prévention, Education et Promotion de la Santé.
Expert auprès de la HAS, de l’Agence de la Biomédecine, de la MILDT, de l’ANR, d’Universcience.

Chargé de cours à l’Université Paris V Paris Descartes, à l’Université Paris VIII Vincennes-Saint Denis. 

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Atlantico : Plus de 70 % de la population française est complètement vaccinée, et 90 % des 18 ans et plus. Quels sont les principaux facteurs d’explication à l’hésitation vaccinale pour ceux qui restent ?

Xavier Briffault : En préambule, il faut souligner, parce que la situation devient critique, que l’on atteint un stade vraiment inquiétant de violence et de délitement des fondamentaux du social et de la vie en société. C’est très préoccupant car cela a un impact très important sur la santé mentale (sommeil, envies suicidaires de plus en plus jeunes, augmentation des cas d’épuisements psychologiques, de dépression, etc.). Cela remet en cause notre capacité à faire société. Iil y a un clivage au sein de la société, certains sont jetés en pâture comme des boucs-émissaires et cela va devenir dangereux. Les dégâts pourraient être irrémédiables. Il faut prendre en compte les fondamentaux de la régulation sociale et de la santé mentale individuelle dans les décisions politiques.

Alors qu’est- ce qui pousse les six millions d’adultes restant à ne pas se faire vacciner. Si on regarde les raisons pour lesquelles les gens se vaccinent, seul une minorité l’a fait pour des raisons médicales. La principale raison était de ne pas être privé de sa vie sociale. Une partie résiste à cette logique.  Il ne faut pas réduire tous les non-vaccinés à une bande de « cinglés paranoïaques ». Bien qu’il y en ait une poignée, assez bruyante sur les réseaux sociaux.  

A quel point les craintes sont-elles avant tout psycholrogiques ?

Les gens ont peur des vaccins et de leurs effets indésirables réels ou fantasmés, c’est prévalent hors de l’épidémie de Covid et c’est un véritable motif. Un article de The Conversation parle du manque d’information, mais en réalité, les informations sont là, dans les publications scientifiques, qui sont aisément accessibles. Mais rares sont ceux qui peuvent les comprendre. Ce n’est pas un manque d’information en tant que tel. Le problème est que même quand l’information est rendue lisible elle l’est par des opérateurs de santé publique, or une partie de la population est méfiante ou hostile envers les institutions, donc les discours simplificateurs ont souvent un effet contraire. Les procédés de communication sont détectés et rebutent plutôt que de convaincre. Le problème c’est que tout le monde ne peut pas être capable de comprendre les publications, donc la décision repose nécessairement sur une délégation de confiance. Mais la confiance est altérée, et en partie pour de bonnes raisons ; On se souvient de la polémique autour des masques. Il semble y avoir un refus du gouvernement de tenir un discours de protection individuelle au profit d’un discours de protection de l’autre. Le problème est que le discours sur le vaccin souffre des mêmes critiques. Le PDG de BioNTech a dit ce lundi dans Le Monde que même les triples vaccinés étaient susceptibles de transmettre le virus. Bien évidemment, ils transmettent moins et moins longtemps, mais l’affirmation péremptoire selon laquelle se vacciner protégerait si efficacement les autres, et qu’il y aurait donc une dimension altruiste -levier de culpabilisation- est battue en brèche. CDes affirmations fausses qui incitent à la vaccination ne sont efficaces qu’à court terme. A long terme, elles apparaissent à une partie de la population comme de la manipulation et cela peut provoquer de la colère voire de la haine. Et dans le même temps, on ne met pas l’accent sur la vérité qui consiste à dire que se faire vacciner, pour les seules personnes à risque de formes hospitalisables, c’est protéger les autres patients de l’hôpital, ceux qui ont des crises cardiaques, des accidents de voiture, etc. qui ne trouveront plus de lits si les hôpitaux sont saturés. 

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Un autre problème est qu’une partie de la population comprend que toute une partie de la population n’est pas ou peu à risque de faire des formes graves et c’est pourtant eux que l’on contraint à se faire vacciner. Or, on sait très bien qui sont les personnes à risque, l’Assurance maladie les connaît bien, ils sont 10 à 12 millions. Il faudrait commencer par aller les chercher. Si elles’ils étaient vaccinées, il n'y aurait presque plus de problèmes. Il y a le risque allégué des Covid long, mais il est limité. Il y a une dimension fortement psychologique et une partie de ce qu’on appelle Covid long ne relève pas du Covid. Marginalement, le problème existe, le virus est neurotrope, et il peut avoir des effets persistants. Il va aussi y avoir des séquelles des passages en réanimation, qui résultent tout autant de la réanimation que du Covid. Le problème c’est qu’en forçant pour faire vacciner les populations, on en a braqué une partie. Surtout, si les gens qui sont les plus à risque ne se font pas eux-mêmes vacciner, et que la contrainte s’exerce surtout sur les autres.

Que faudrait-il faire ?

Il faudrait une communication beaucoup plus fine, nuancée, qui annonce les vrais objectifs avec clarté. Cela rendrait le discours moins violent et réduirait la vindicte populaire d’une partie de la population qui considère, à juste titre, qu’elle ne risque pas grand-chose de ne pas se faire vacciner. Les Britanniques ont proposé un calculateur de risques Covid (QCovid.org). Pour certaines catégories de population, le risque est statistiquement très limité. Pour autant évidemment il n’est pas nul. J’ai dans mon entourage un enfant de 13 ans qui a contracté une forme grave du Covid. Cela existe, mais c’est extrêmement rare. Le rapport bénéfice- risque individuel est donc contesté par les personnes qui estiment que leur risque Covid personnel est infime, mais que leur risque vaccinal serait identique ou supérieur. Le conflit entre le rapport bénéfice-risque collectif de la vaccination et le rapport bénéfice-risque individuel, engendre chez certaines personnes le sentiment d’être sacrifiées au profit d’un collectif dans lequel elles ne se reconnaissent pas. 

Cela rend le positionnement difficile. Mais il faudrait être moins violent et plus fin dans la manière de le faire. Vacciner les enfants oui, mais il faut dire clairement que c’est bien moins pour leur bénéfice personnel que pour protéger les grands-parents qui refusent de se vacciner. Mais cette logique pourrait déplaire à certains parents car c’est éthiquement discutable. Il ne faut donc pas mélanger tous les non-vaccinés dans une même opprobre. Il faudrait commencer par une incitation maximale sur les personnes à risque de formes hospitalisables. 

Nous n’avons pas encore d’absolue certitude sur l’efficacité du pass sanitaire, et du pass vaccinal, est-ce que certains éléments concernant l’hésitation vaccinale doivent nous faire réfléchir ? 

Le pass sanitaire et bientôt vaccinal est un outil de coercition. Olivier Véran l’a assumé, "le pass vaccinal est une forme déguisée d'obligation vaccinale". Cela permettra au gouvernement de se dédouaner en cas de problème. Concernant la CNIL, qui exige des preuves d’efficacité sans les obtenir, elle ne les obtiendra pas, car il est quasiment  impossible d’obtenir une preuve empirique de l’efficacité d’un tel dispositif. Si l’on regarde la Suède, la population s’est fait vacciner sans coercition, et le nombre de décès rapporté à la population est très inférieur au nôtre. Il faut donc réfléchir à ce qu’on obtient par la coercition ou à l’inverse en faisant confiance à la population, en accompagnant et en lui donnant les outils pour comprendre comment se protéger. La CNIL va continuer à demander des preuves qu’elle n’aura jamais. Le Conseil d’Etat avait dit que le passe sanitaire ne pourrait être utilisé que s’il avait une efficacité directe sur le contrôle de l’épidémie en tant qu’il réduisait la contagion. Les propos d’Olivier Véran vont contre cela. Si le gouvernement outrepasse ostensiblement les avis des plus hautes instances du pays, c’est une attaque contre ces dernières qui contribue à dysréguler les fondamentaux de la vie en société. Et sombrer dans l’anomie, c’est dangereux. 

Comme le souligne David Robson dans son analyse de l’intérêt du modèle des 5C  dans la compréhension des complexités des processus de décision vaccinale en population générale (https://www.bbc.com/future/article/20210720-the-complexities-of-vaccine-hesitancy), les personnes hésitantes ont besoin d’être entendues, comprises, accompagnées dans leurs peurs, leurs préoccupations, même lorsque -et c’est loin d’être toujours le cas-, leurs raisonnements sont erronés. Les brutaliser, les ostraciser, les détruire socialement n’est pas seulement inhumain. C’est aussi totalement inefficace pour l’objectif visé : vaincre ensemble une syndémie (https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(20)32000-6/fulltext) qui n’a que trop duré et n’a que trop détruit la société et ses membres. 

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