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Pass culture : la politique du chèque est un échec
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Dépense obligatoire ?

Pass culture : la politique du chèque est un échec

“Pass culture”, “pass sport”, la France qui n’a jamais autant dépensé que ces derniers mois reprend en sortie de crise ses bonnes vielles habitudes, en faisant ce qu’elle sait faire de mieux : dépenser l’argent qu’elle n’a pas.

Eugène Daronnat

Eugène Daronnat est membre du comité Exécutif d'Objectif France.

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Jamais deux sans trois. Après avoir annoncé la création d’un “pass culture”, puis d’un “pass sport” ces derniers jours, on attend impatiemment suivant l’adage, le nom et les contours du troisième pass que le Gouvernement doit secrètement préparer pour subvenir à nos besoins. Il était temps ! Mais attention, derrière cette apparente générosité se cache un piège.

En effet, l’argent magique est certainement un des pires dangers qui nous guettent pour les années à venir. La France, qui depuis des décennies dépense sans compter, notamment pour financer son train de vie, aurait pu profiter de cette crise pour remettre les compteurs à zéro, s’interroger sur son modèle, sur ses choix collectifs. Mais l’argent coule à flot, et il ne coûte rien. Alors plutôt que de regarder l’état de nos services publics qui ne remplissent plus leur mission, avec des impôts pourtant records, nous nous voyons proposer une nouvelle fuite en avant qui porte un nom : le chèque.

Deux visions de l’action politique

Il y a deux façons d’envisager l’action politique et le service de nos concitoyens : l’une qui rend libre, responsabilise, élève. L’autre qui aliène, infantilise et rabaisse. La “politique du chèque” est de cette deuxième catégorie. Elle est une politique d’aliénation, de dépendance. Elle prive l’individu de sa dignité, obligé d’aller quémander 100€ en remplissant un formulaire administratif de 27 pages, puis en se rendant à un guichet, aux yeux de tous.

Pire, elle le fait entrer dans une spirale de dépendance de laquelle il aura beaucoup de mal à s’extraire. On a toujours su comment distribuer de l’argent, on a rarement réussi à revenir en arrière. On peut d’ailleurs se demander si ce n’est pas l’objectif recherché. En effet, vous êtes naturellement redevable de celui qui vous a fait un “cadeau”. La “politique du chèque” est donc loin d’être neutre, anodine, bienveillante. C’est un piège.

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Mais au-delà du principe même de cette politique, force est de constater que c’est un échec patent ! Depuis 40 ans, nos gouvernants essayent d’acheter la paix sociale en signant symboliquement des chèques. Résultat : la défiance du citoyen vis-à-vis du politique n’a jamais été aussi grande.

On le constate d’ailleurs assez régulièrement dans les études, « les Français sont particulièrement insatisfaits et pessimistes concernant leur vie et celle du pays » comme l’indiquait récemment Claudia Senik, la directrice de l’Observatoire du bien-être. Et si l’argent ne faisait pas le bonheur ?

La perversité du système réside dans le fait que la “politique du chèque” peut tout à fait être bienveillante en apparence, jusqu’à mener à l’extrême inverse à la corruption. Elle est donc plurielle, complexe et pernicieuse car elle s’immisce de partout.

Comment sortir de cette situation ?

Nous devons prendre clairement le contre-pied, en affirmant l’impérieuse nécessité de redonner à la liberté, et à la responsabilité les places qu’elles méritent. Des places centrales. Ensuite, suivre deux principes :

  • Simplifier au maximum : plutôt que d’ajouter de nouveaux dispositifs, de nouveaux guichets, nous devrions penser fusion, automaticité des aides.
  • Utiliser l’aide, le chèque en derniers recours : ils devraient être l’exception, pas la règle. Y compris pour les entreprises, pour lesquelles les “aides” de l’Etat représentent chaque année 4,2 points de PIB (France Stratégie, 2019). Il serait largement préférable d’en supprimer une majorité, pour simplement alléger la pression fiscale de ces dernières.

La France a fait le choix d’une dépendance accrue à l’Etat, avec un système complexe, illisible rendant dépendants les acteurs (entreprises, ménages…) dont le coût est exorbitant (1000 mds € de prélèvements obligatoires en 2019). Il est urgent d’inverser cette logique, car comme pour toute addiction, il arrivera un moment où il ne sera plus possible de revenir en arrière. Et ce moment est proche.

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