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Le prince George.
Le prince George.
©Reuters

Moyenarchie

Pas de parrains marraines au sang bleu pour le prince George : une monarchie peut-elle survivre en se "sur-classe-moyennisant" ?

Le prince George aura vraisemblablement des parrains-marraines issus de la classe moyenne, l'illustration nouvelle de la moyennisation de la monarchie britannique.

Jacques Charles-Gaffiot

Jacques Charles-Gaffiot

Jacques Charles-Gaffiot est l'auteur de Trônes en majesté, l’Autorité et son symbole (Édition du Cerf), et commissaire de l'exposition Trésors du Saint-Sépulcre. Présents des cours royales européennes qui fut présentée au château de Versailles jusqu’au 14 juillet 2013.

 

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Atlantico: Le prince George aura vraisemblablement des "parrains-marraines" issus de la classe moyenne. Le Sunday Times a révélé lundi 14 octobre trois noms pour les possibles élus : Fergus Boyd, Emilia Jardine-Paterson et Hugh van Cutsem, des amis d’enfance du couple et non des personnalités issues de l’aristocratie comme c'est souvent le cas. Mais une monarchie peut-elle survivre en se « sur-classe-moyennisant » ?

Jacques Charles-Gaffiot : A une veuve Scarron abasourdie, éprouvant bien de la réticence à la demande en mariage reçue de Louis XIV, le Roi-Soleil avait pu répondre à la future Madame de Maintenon que lui seul « faisait et défaisait les noblesses » et que ses sujets « étaient toujours assez bien nés quand ils étaient distingués par lui » !

Ce qui est vrai et s’observe au sein de la monarchie française sous l’Ancien Régime, l’est sans doute aussi outre-Manche sous l’empire d’une monarchie parlementaire. Ainsi William et Kate peuvent-ils sans déroger à leur rang et à leur titre d’Altesse royale vouloir pour leur fils aîné, George-Alexander-Louis, un parrain et une marraine choisis dans une classe sociale qui ne soit pas celle de l’aristocratieLes difficultés n’apparaissent véritablement qu’au moment crucial de ce choix inhabituel.

En effet, même amis d’enfance du jeune couple, les parrains et marraines doivent tout d’abord être anglicans, c’est à dire avoir reçu le sacrement du baptême, qualité qui pourra être jugée discriminatoire par rapports aux autres Britanniques n’appartenant pas à une confession chrétienne. Ils devront, de plus, être pratiquants puisque, durant la cérémonie de baptême, ils feront devant Dieu le serment de veiller à l’éducation religieuse de leur royal filleul et de suppléer à celle-ci au cas où celle donnée en cette matière par ses illustres parents serait par trop défaillante.

Pour finir, il est nécessaire que parrain et marraine possèdent les capacités suffisantes pour transmettre au jeune prince une foi orthodoxe. N’est-il pas destiné à devenir, un jour, le chef de l’Eglise anglicane ? Le sentier est toujours bien périlleux lorsque l’on préfère, aux voies balisées depuis des lustres, emprunter des chemins de traverse !

L’image « classe-moyenne » de la monarchie britannique lui est-elle favorable ? Est-ce une stratégie de communication payante ou attise-t-elle des controverses, notamment au sein de l’aristocratie ?

A trop vouloir imiter les habitudes de la classe moyenne et à ne chercher des modèles à suivre que parmi les divinités souvent sulfureuses du monde des  spectacles ou au sein des plus célèbres joueurs de balle au pied, pour se limiter aux deux plus nobles profession du moment, les héritiers des grandes familles royales risquent de se brûler les ailes à moins qu’ils ne limitent leurs essais à de machiavéliques démonstrations démagogiques. Mais en pareil cas, souvent, le remède utilisé se révèle être pire que le mal à endiguer.

La monarchie britannique ne semble pas être retombée dans cette illusion qui avait sans doute par trop fleuri au temps de la princesse Diana. Sagement, le palais de Buckingham offre encore pour quelque temps à William et à Kate les joies vécues par les jeunes couples et les transports consécutifs à l’arrivée de leur premier enfant.

Mais bientôt, voire déjà probablement, les obligations protocolaires, les interminables instants de représentation pèseront sur les épaules de ces jeunes parents avant que ces austères contraintes ne deviennent leur lot quotidien. Qu’ils profitent donc encore un de ces instants privilégiés tout en se montrant très prudents de la confiance qu’ils accordent. Toute erreur serait exploitée sans retenue par les médias !

La "classe-moyennisation" des monarchies est monnaie courante en Europe ou est-elle exclusivement britannique ? Est-ce une tendance qui se banalise ?

Les cours d’Europe, Espagne, Belgique, Luxembourg, Monaco, Danemark, Hollande, Suède etc. ont toutes été tentées par cette périlleuse séduction. Certaines y ont succombé en défrayant la chronique. Il semble qu’elles ont su prendre la mesure des dangers dans lesquels certaines d’entre elles tombaient régulièrement. Mais, en ce domaine, rien n’est définitivement acquis.

Le meilleur moyen d’échapper à semblable inclination est encore de savoir mesurer le sens du rang social dans lequel les sociétés civiles placent princes et princesses comme toute personne appelée à l’exercice du pouvoir. L’exercice de l’autorité n’est pas une attribution facultative. Son usage résulte d’un pacte conclu tantôt avec les peuples, tantôt sous l’égide d’une puissance céleste, tantôt encore sous l’effet de ces deux combinaisons.

En conclusion si « les sujets sont toujours assez bien nés » quand le souverain les distingue, ceux-ci sont toujours assez aptes à distinguer les souverains qui ne sont pas assez bien élevés pour les conduire ! 

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