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Paradis communiste : la Chine a un énorme problème d’inégalités. Et il ne cesse de se creuser
©NICOLAS ASFOURI / AFP

Difficultés pour le régime chinois

Paradis communiste : la Chine a un énorme problème d’inégalités. Et il ne cesse de se creuser

L'économie chinoise pourrait devenir la plus importante au monde dans la future décennie. Les inégalités ne cessent de se creuser pourtant. Cette difficulté n'a fait qu'empirer avec la pandémie de Covid-19.

Emmanuel Lincot

Emmanuel Lincot

Emmanuel Lincot est sinologue, professeur à l’Institut Catholique de Paris et chercheur-associé à l’Iris. Il vient de publier Géopolitique du patrimoine. L’Asie d’Abou Dhabi au Japon aux éditions MkF. Il est également l'auteur de Chine, une nouvelle puissance culturelle ? Sharp Power et Soft Power aux éditions MkF.

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Atlantico.fr : Les inégalités continuent de se creuser en Chine, alors que les 1% des plus haut-revenus détiennent plus de richesses que les 50% les plus bas. Entre autres facteurs, l’accès difficile et inégal à l’éducation supérieure et au logement sont-ils en cause dans ce creusement des inégalités ?

Emmanuel Lincot : Avant même d’aborder les sociologies urbaines, ne jamais perdre de vue que 600 millions de Chinois - soit la moitié de la population - ne vit qu’avec 140 $ de revenu mensuel. En 40 ans, la Chine est sortie de la misère mais certainement pas de la pauvreté. Au reste les autorités chinoises en sont parfaitement conscientes. Mais il y a un divorce croissant entre l’opinion et l’élite dirigeante pour laquelle l’idéal communiste et ses principes d’égalité semblent depuis longtemps n’être que formels. La précarité des petites gens s’est considérablement accentuée avec la pandémie. Parmi les migrants de l’intérieur, en chinois mingong, environ 200 millions de personnes, toutes d’origine rurale, la fermeture des usines, le confinement ont gelé leurs compléments de revenus en tant que travailleurs saisonniers. Dans un pays où vous n’avez ni allocation chômage ni système de protection sociale ni assurance maladie fiable, la conjoncture est particulièrement difficile. Dans les villes, la situation est aussi très préoccupante. D’une manière tout à fait significative, les coupures d’électricité dans les villes du nord sont manifestement le signe d’un ralentissement général de l’activité. Les jeunes diplômés sortis des universités à l’été dernier se retrouvent d’une manière tout à fait inédite confrontés au problème du chômage ou à des emplois qui sont bien en-deçà de leurs espérances ou de leurs qualifications réelles. N’oublions pas non plus que seuls les trois quarts d’une classe d’âge poursuivent leurs études au-delà de neuf années seulement. L’illettrisme reste important en Chine et les inégalités ne cessent en effet de se creuser du fait de la privatisation de l’enseignement, du mépris régional que génère une vision très archaïque des classements par universités; Pékin et Shanghai conservant la primauté. À cela s’ajoute une hyper compétitivité entre candidats où les critères d’appartenance familiale, le soutien d’un membre du PCC, restent déterminants pour l’accès au logement notamment. Ce dernier n’est d’ailleurs jamais acquis car même en tant que propriétaire, la jouissance de votre bien est limitée dans le temps. Bref, le système est injuste, fragile voire explosif car si l’on résume les choses, et d’un extrême à l’autre du spectre social, l’écrasante majorité de la population est soumise à des contraintes, des conditions de vie encore très dures. Seule une petite minorité profite du système et consomme. C’est d’ailleurs le seul exutoire que lui permettent les autorités.

Ces inégalités sont-elles une priorité pour Xi Jinping ? Pourraient-elles à terme lui porter préjudice ?

C’est le problème majeur de sa mandature avec un dilemme qui est celui d’un pays tenté, sur ses marges, par l’hyper modernité technologique et un monde rurbain majoritaire confronté à des problèmes structurels graves: la pollution, le manque d’accès aux soins, à l’hygiène et à l’eau. Il faut voir les photographies prises par François Daireaux dans le livre Discover pour lequel j’ai écrit un certain nombre de textes (et qui sera disponible en juin prochain chez Loco éditions) pour mesurer les enjeux posés à la société chinoise. C’est tout simplement dantesque. La Chine est en cela un laboratoire du pire et annonce pour le reste du monde les catastrophes à venir. La situation y est explosive, désespérée pour beaucoup. Veiller à ce qu’aucune manifestation ou que des révoltés ne se fédèrent reste une préoccupation constante du PCC. Détourner le regard de ses concitoyens dans une vindicte anti occidentale est une réponse mais elle ne durera qu’un temps.

Une réponse trop ferme à ce problème (taxes sur les successions, la propriété ou la fortune) ne risque-t-elle pas de contrarier une classe moyenne émergente et précieuse pour le régime ?

Le problème est celui de la confiance. Elle n’est plus au rendez-vous. L’a-t-elle d’ailleurs jamais été ? Au moins, après les massacres de Tiananmen (1989), un compromis tacite avait été passé entre la société d’« en haut » et celle d’« en bas ». A charge pour la première de gérer la politique tandis que la seconde se consacrait au business. Ce compromis est désormais remis en cause par une immixtion de plus en plus intrusive du PCC dans tous les domaines d’activités. La cybercratie que le régime a mis en place s’accompagne d’une intimidation idéologique systématique. Elle frappe les plus riches comme les plus modestes. Voyez Jack Ma. Sa mise au pas a provoqué un séisme. Les gens ont peur en Chine ou se résolvent à une servitude volontaire. Or, la peur compromet l’avenir de la société toute entière. Que faire ? Seuls les Chinois ont la clé de leur propre avenir. Mais une chose est sûre : nous devons leur refuser de vouloir en contrôler le nôtre.

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