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Outre-Mer : en finir avec le mépris d'une certaine bienpensance
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Français du bout du monde

Outre-Mer : en finir avec le mépris d'une certaine bienpensance

L’Outre-Mer fut fêtée ce 14 juillet sur les Champs-Élysées. Mais la relation qu'entretient la France avec ces territoires est souvent agitée. Stéphane Diémert, ancien conseiller juridique du Ministère de l'Outre-Mer, revient sur ces rapports compliqués. (Épisode 2)

Stéphane Diémert

Stéphane Diémert

Stéphane Diémert est un ancien élève de l’ENA, magistrat de l’ordre administratif.

Il a été depuis 2002 conseiller juridique de plusieurs ministres de l’Outre-mer (Brigitte Girardin, François Baroin, Christian Estrosi) et, depuis 2009, ambassadeur, délégué à la coopération régionale dans la zone Antilles-Guyane.

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Préambule : avant de lire ce texte,
il est bon de relire le texte publié jeudi par le même auteur.

Par une étrange inversion de tous les principes, bien digne de l’état de grand dérèglement de l’opinion publiée, une forme d’hostilité larvée envers le maintien d’une France d’Outre-mer démocratiquement ancrée à la métropole et à l’Union européenne se retrouve à la fois dans des milieux de droite discrètement racistes – et donc hostiles à la colonisation qui a agrégé au peuple français « de souche » des peuples de couleur - que chez les prétendus « anti-colonialistes » qui, retraités indignés ou jeunes exaltés incultes, n’ont toujours pas compris que leur combat n’a plus le moindre sens alors que le régime colonial a disparu...

Ceux qui avaient déjà l’âge de raison dans les années 1980 se souviennent des bouleversants « événements » de Nouvelle-Calédonie et de l’obstination forcenée de la Gauche au pouvoir – dont le programme commun de gouvernement traitait de l’Outre-mer en son chapitre « relations extérieures » - à bouter hors de la République, à coup d’état d’urgence et de gendarmes mobiles, un territoire dont les deux tiers des électeurs (composés d’une majorité d’ « immigrés », et pour beaucoup descendants des Communards exilés par Thiers)  ne voulaient pas de l’indépendance raciste qu’on voulait leur imposer, tandis que s’exprimaient les positions  les plus extravagantes – telles Lionel Jospin voulant faire voter les Mélanésiens séparément des autres Calédoniens,  ou le Chef de l’État prétendant refuser d’appliquer la « force injuste de la loi » ...

Ils apportent à la France ce supplément d’âme sans lequel notre pays ne serait plus qu’une province européenne

Plus récemment, la départementalisation de Mayotte a donné lieu, dans nos médias, à des épisodes absolument indignes : avides de sensationnalisme boutiquier, on a vu et entendu des commentateurs pourtant a priori insoupçonnables du moindre poujadisme de café du commerce, exprimer un souci d’équilibre des finances publiques qu’il leur paraîtrait bien inconvenant de manifester lorsque quelque député de P.A.C.A. dénonce le coût de l’immigration clandestine. Les appréciations caricaturales portées sur la population mahoraise, présentée systématiquement et d’abord comme musulmane et peu francophone, auraient pu recevoir une qualification pénale...

Peu importait, il est vrai, que ces Mahorais - que leur adhésion à la France en 1841 avait libérés de la domination et de l’esclavage comoriens - aient du affronter l’ONU, l’OUA et jusqu’à leur propre Gouvernement – l’île fut presque traitée comme  une pestiférée au sein de la République entre 1975 et 1988 -  en manifestant dans leur quasi unanimité leur souhait de demeurer français. Peu importait également que le statut  réel de l’île soit déjà très proche du droit commun et que l’appartenance de Mayotte à la République comme le droit de ses électeurs de choisir le statut de leur île soit garanti par la Constitution : on ne voulut y voir qu’un caprice du Président de la République. J’ai vu pour ma part dans cette résurgence nauséabonde de cartiérisme, l’expression du plus sinistre mépris pour le droit de nos concitoyens d’Outre-mer à décider de leur destin sans être le terrain d’expérimentation des théories du Bien. Avec leurs différences, ils apportent à la France ce supplément d’âme et ce vent du large sans lequel notre pays, déjà bien fatigué par le poids de la repentance dont on charge ses épaules, ne serait plus qu’une province européenne en voie de dépression. Cet apport-là, il n’a pas de prix...

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