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François Mitterrand est élu en 1981.
François Mitterrand est élu en 1981.
©Reuters

1963-2013

Où étiez-vous quand… ? L'Histoire des 50 dernières années par ses moments chocs : Mitterrand président, les années 1980 et la gauche face au principe de réalité

Le PS arrive pour la première fois au pouvoir sous la Ve République en 1981 avec l'élection de François Mitterrand. Après l'échec de l'expérience qui s'achève en 1983, la gauche est obligée de repenser radicalement son logiciel politique. Troisième épisode de notre série sur "les moments chocs de l'histoire".

Philippe Moreau Defarges, ancien diplomate et chercheur à l'Institut Français des Relations Internationales a choisi cinq dates de la décennie 1980 qui selon lui ont marqué une vraie rupture dans l'Histoire de France, commenté par Jean Peyrelevade. Une décennie qui marque l'arrivée de la gauche au pouvoir et ses premières désillusions.

1981 : L'élection de François Mitterrand à la présidence de la République

Philippe Moreau Defarges : Pour la première fois, un président de la République est socialiste et cette victoire marque l'ultime tentative française d'un socialisme interventionniste. Le 13 février 1982, la loi sur les nationalisations du gouvernement Mauroy est promulguée. Les principaux groupes industriels français (Thomson, Saint-Gobain, Rhône-Poulenc, Pechiney, Sacilor, Usinor) sont visés, mais aussi 39 banques et compagnies financières (Paribas, Suez, CIC, Crédit du Nord...).

Jean Peyrelevade : Au moment ou François Mitterrand a été élu, j'étais directeur du département du commerce extérieur du Crédit Lyonnais. C'est une date historique d'alternance qui marque l'arrivée de la gauche au pouvoir après 25 ans d'opposition. De ce point de vue, c'est un évènement extraordinairement fort. A l'époque, je suis un simple citoyen, certes militant au PS, mais ayant pris ses distances avec le parti dans les deux années qui ont précédé. Je m'attends donc à un parcours difficile et mon enthousiasme reste lucide.

20 Janvier 1983 : Discours de François Mitterrand devant le Bundestag

Philippe Moreau Defarges : A l'occasion du 20ème anniversaire du traité de l’Élisée, François Mitterrand s'exprime devant le parlement allemand alors que les soviétiques installent dans les pays satellites d'Europe centrale des missiles nucléaires pointés vers l'Europe occidentale. Le président de la République emploie une formule choc : « Les fusées sont à l'Est, les pacifistes à l'Ouest ! ». Il contribue ainsi à retourner l'opinion occidentale en faveur des Américains et confirme l'ancrage atlantiste des socialistes et de la France. 

Jean Peyrelevade : C'est une date qui ne m'a pas forcément marqué car je m'intéressais relativement peu aux questions de politique étrangère. Par ailleurs, je n'ai jamais vraiment douté de l'ancrage occidental des socialistes français.

Mars 1983 : Le tournant de la rigueur

Philippe Moreau Defarges : Après l’échec d'une politique qui restait inspirée par le Programme commun et dans le contexte d’attaques contre le franc, François Mitterrand décide un changement radical de politique qu'il désigne sous l'expression de "tournant de la rigueur". La France fait le choix de rester dans le système monétaire européen. C'est la fin de l'expérience du socialisme bureaucratique.

Philippe Moreau Defarges, ancien diplomate et chercheur à l'Institut Français des Relations Internationales a choisi cinq dates de la décennie 1970 qui selon lui ont marqué une vraie rupture dans l'Histoire de France, commenté par Jean Garrigues. Une décennie qui marque notamment la fin de certaines batailles idéologiques de la droite et de ses valeurs d'alors.
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Jean Peyrelevade : J'ai vécu cette période de l'intérieur en tant que directeur adjoint du cabinet de Pierre Mauroy et conseiller économique du Premier ministre. C'est une date très importante qui symbolise pour moi le retour de la gauche de gouvernement au principe de réalité. De 1981 à 1982, la gauche tente une opération de relance par la consommation totalement en décalage par rapport à la situation macro-économique de nos voisins, notamment par rapport à l'Allemagne. Dans ce contexte, les déséquilibres se creusent et entre juin 1982 et mars 1983, à l'initiative de Jacques Delors à Bercy et de Pierre Mauroy à Matignon, le gouvernement change de politique macro-économique. Ce tournant ne s'opère pas sans résistance, notamment de la part du groupe parlementaire et du reste du gouvernement. En mars 1983, la crise se dénoue et à ma grande surprise, c'est la ligne réaliste que je défend qui l'emporte. François Mitterrand manifeste publiquement son souhait de rester dans "le serpent monétaire" européen. Il garde le Premier ministre et choisi donc la politique économique adoptée par Pierre Mauroy. 

15 février 1986 : Ouverture du MATIF (Marché à terme international de France)

Philippe Moreau Defarges : Ce type de marché travaille sur les transactions concernant les actifs monétaires ou financiers - bons du Trésor, obligations, devise étrangère, etc.  Décidé par Pierre Bérégovoy, alors ministre des Finances, ce mécanisme marque le début de la libéralisation du marché parisien. C'est une nouvelle rupture majeure dans la doctrine socialiste

Jean Peyrelevade : C'est une date importante. Pierre Bérégovoy décide de libéraliser le marché financier et d'ouvrir le système financier français aux techniques de produits dérivés du futur. C'est une évolution extraordinairement importante que pour ma part j'ai trouvé inutilement rapide et surtout sans contre-parties. Nous avons aligné notre système financier sur les autres systèmes financiers européens. En échange de cette concession importante qui nous était demandé par Bruxelles au nom de la liberté de mouvement des capitaux, nous aurions dû demander l’harmonisation fiscale dont nous avons bien besoin aujourd'hui. Malheureusement, nous ne l'avons pas fait. Nous nous sommes désarmés unilatéralement.

16 novembre 1989 : La chute du mur de Berlin

Philippe Moreau Defarges : Cet évènement marque l'effondrement du bloc soviétique et ouvre la porte à la réunification de l'Allemagne. La France reste assez passive car elle craint justement le réveil de son ancien ennemi.

Jean Peyrelevade : J'étais assureur à l'UAP. J'avais d'ailleurs une filiale en Allemagne et je connaissais un peu l'Allemagne de l'Est et de l'Ouest. Comme beaucoup de gens, j'ai un tout petit morceau du mur de Berlin en souvenir chez moi. C'est un évènement absolument majeur qui marque à mes yeux l'effondrement absolu du modèle collectiviste. Depuis, il y a tout une partie de la gauche française, comme le PC ou le Front de gauche, qui vit dans une sorte de déshérence intellectuelle ou de fantasmagorie. Cette gauche, pourtant privée de son modèle de référence qui a échoué, n'a toujours pas atterri.

Propos recueillis par Alexandre Devecchio

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