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Depuis plusieurs mois, le gouvernement nous annonce une reprise dont on ne distingue pas encore les effets.
Depuis plusieurs mois, le gouvernement nous annonce une reprise dont on ne distingue pas encore les effets.
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Où est passée la reprise fantôme que le gouvernement nous promettait à la rentrée ?

A l'image des déclarations du ministre du Travail, Michel Sapin, sur le flop des contrats de générations, d'autres mesures lancées par l'exécutif peinent à porter leur fruit en matière de croissance et de lutte contre le chômage. Etat des lieux de ces promesses déçues.

Atlantico : Depuis plusieurs mois, le gouvernement nous annonce une reprise dont on ne distingue pas encore les effets. Même l’Insee anticipe une faible croissance encore contredite par les graphiques. Où en est vraiment la reprise ?

Alexandre Delaigue : Il y a de petits signes positifs dans l'ensemble des pays européens. L'Espagne par exemple a affiché une croissance légèrement positive après des années de récession. La Grande-Bretagne se porte un peu mieux. La France participe à ce mouvement. Mais cela ne donne pas de résultats très visibles. Il faut voir que pour un Français touchant le revenu moyen, soit environ 20 000 euros annuels, la différence entre +0,1 et -0,1 correspond à un café à la machine en plus ou en moins chaque jour... En somme, c'est imperceptible.

Gilles St-Paul : Le moteur de la reprise est la croissance du reste du monde qui tire nos exportations, et dans une moindre mesure le maintien de la consommation privée. Je m'attends donc à une reprise en France, mais d'ampleur limitée. D'une part, parce que l'inflation salariale sera relativement élevée à cause des contraintes d'offre et des rigidités du marché du travail, ce qui aura un effet négatif sur notre compétitivité et nos exportations. D'autre part parce que l'évolution de la consommation reste très incertaine au vu de l'évolution perçue de la fiscalité et du risque de dégonflement de la bulle immobilière. Même dans une économie peu performante, la reprise finit toujours par succéder à la récession. La vraie question est celle de l'ampleur de cette reprise, et je pense qu'on ne peut pas espérer que le chômage retombe au-dessous de la barre des 9 %. A ceci s'ajoute le fait que la croissance potentielle est relativement faible.

Pascal de Lima : La récession aura duré un an et demi en zone euro et depuis le second trimestre les indicateurs confirment une tendance à la reprise. Pour autant, plusieurs raisons plaident pour une croissance molle plutôt qu’une réelle reprise : il y a tout d’abord les efforts de consolidation budgétaire qui même s’ils sont moins sévères qu’en 2013, n’en reste pas moins bien présents dans les politiques économiques. Ensuite, il est juste de dire que l’endettement public s’améliore un peu mais il reste toute la question de l’endettement privée qui passera au premier plan des thèmes de l’actualité économique en 2014. On attend 1% de croissance en zone euro et 0,8% pour la France. Les pays de la périphérie renoueront avec la croissance (0,7% après -1,2% en Espagne, 0,4% après -0,9% au Portugal, 0,5% après -1,7% en Italie). On attend pour ces pays, une contribution croissante du commerce extérieur. En zone euro, il y aura toujours un ajustement budgétaire qui pèsera sur la demande domestique. Certes, le déficit budgétaire de la zone euro diminuera de 0,7% de PIB en 2014 pour avoisiner les 2,5% d’après BNP Paribas Research. Reste toute la question, de plus en plus épineuse, de l’investissement. En zone euro, la confiance des ménages s’améliore d’après tous les indicateurs probablement du fait d’une stabilisation de la courbe du chômage observable partout et pas uniquement en France. Pourtant, rien n’est très favorable à la reprise de la demande intérieure un peu partout du fait d’un niveau élevé de chômage et les gains de productivité ne vont pas favoriser l’emploi (c’est le cas des pays périphériques).

En France, il existe un facteur favorable à la consolidation d’une croissance molle. Le niveau des taux hypothécaires reste faible et l’endettement privé n’est pas catastrophique. La seule chose certaine est la sortie de la récession et les indicateurs au plus près du marché sont plutôt favorables. Du coup, on observe un redressement aussi de la confiance des entrepreneurs qui voient leur carnet de commande s’améliorer et du coté de la politique monétaire, la BCE gardera ses taux inchangés à des niveaux très accommodants.  

En conclusion, l’activité repart en France depuis notamment le second trimestre de l’année 2013. Il faut à cela ajouter des plans de consolidation budgétaire en France qui s’étalent sur une durée assez indolore pour la croissance. 5 ans, avec un équilibre hausse des impôts – baisse des dépenses qui s’opère progressivement en faveur d’une baisse des dépenses. Cependant, le rythme de reprise à long terme dans la zone euro reste incertain. Les pays émergents freinent un peu et nous ne savons encore rien de la situation aux États-Unis. Un premier défaut (technique) historique des États-Unis pourrait ébranler la planète si celui-ci se traduit en un défaut réel, en l’absence d’investisseur et d’un prêteur en dernier ressort qui pourrait bien faire de Janet Yellen l’héroïne le plus rapide de l’histoire.

Une des mesures phares du gouvernement en faveur de la croissance et de la lutte contre le chômage concerne les contrats de génération, dont les objectifs ont déjà été revus à la baisse devant la faible mobilisation des entreprises. Sont-ils d'ores et déjà un échec complet ? 

Alexandre Delaigue : Cela ne fonctionne pas, ce qui était assez prévisible. Rappelons que lors de la campagne des primaires PS, c'est Martine Aubry qui avait fourni les arguments expliquant que cela coûterait cher aux finances publiques pour un effet minimal sur l'emploi. En 2012, dans ce document, l'OFCE prévoyait que le dispositif créerait au mieux 5 fois moins d'emplois que ce que prévoyait le gouvernement. Encore moins en considérant les nombreux effets d'aubaine. Cela fait des années qu'on multiplie les dispositifs de ce genre, des contrats aidés de toutes les formes et aux sigles barbares (souvenez vous des TUC des années 80...) et que cela ne fonctionne pas.

Gilles St-Paul : Il faut se réjouir de l'échec des emplois d'avenir. En effet, ils me semblent associés à un pur effet d'aubaine puisque l'on subventionne les entreprises pour le "maintien dans l'emploi" d'un senior en échange de l'embauche d'un junior. J'ai tout lieu de penser que ledit maintien dans l'emploi aurait eu lieu de toutes façon.

Pascal de Lima : Oui, il s’agit d’un échec, pas complet dans la mesure où des milliers de contrats de génération ont quand même permis à des milliers de personnes de trouver une solution temporaire. Une aide aurait du permettre aux entreprises de moins de 300 salariés (pourquoi pas les plus grandes ?) d’embaucher un jeune de moins de 26 ans (pourquoi pas un chômeur tout simplement) en CDI à condition de garder un salariés de plus de 57 ans (pourquoi pas un salariés de 40 ans ?). On comprend que ce sont des populations cibles puisque davantage touchées par le chômage mais ces mesures sont-elles compatibles avec une amélioration de tous, je ne crois pas. Nous ne sommes donc pas dans un programme social-démocrate mais clientéliste à l’envers.

Pour les grandes entreprises, il impose des mesures pour l'emploi des seniors et l'intégration des jeunes, sous peine de sanction financière. Génial vive la liberté. Tel un pansement de la politique économique, l’effet est tout simplement marginal. Peut être 12000 demandes d’aides à l’embauche (Mais pourquoi une aide ? Y a-t-il du boulot ou pas ?). Alors que la question est celle de la création d’emploi (par la politique économique, ou la politique structurelle), ici, l’embauche est conditionnée à une aide qui doit elle-même faire l’objet d’un accord avec les syndicats. C’est le syndrome du machiavélisme schizophrène. Je lance un pavé dans la marre, ça s’agite (le contrat génération), ça remonte sous la forme d’une loi, puis ça redescend sous la forme d’une division entre les branches, les syndicats et les patrons. Pendant ce temps-là, ce n’est que la situation conjoncturelle légèrement meilleure qui permet de stabiliser la hausse du chômage, et la technostructure s’impose et stérilise.

Les emplois d’avenir dont l’objectif est de 100 000 postes fin 2013, connaissent-ils plus de succès que les contrats de génération ? Pourquoi ?

Alexandre Delaigue : Parce que ce sont des emplois créés dans la fonction publique pour une large part, et que dès lors qu'on fournit les budgets et les instructions, on y embauche, ce qui est plus compliqué dans le secteur marchand. Notez bien que ce n'est pas un défaut : après tout, dans une période de chômage de masse, il n'est pas absurde d'éviter des gâchis de compétences et une grande souffrance sociale en créant des emplois publics temporaires.

La logique des contrats de génération était différente, et dépendait de la volonté des entreprises de recruter des jeunes pour remplacer progressivement les seniors en les maintenant dans l'emploi. Mais cela dépend crucialement de ce que des emplois se créent de manière pérenne... or dans le contexte actuel, on crée surtout des CDD (quand on en crée) en attendant que cela passe.
 

Pascal de Lima : C’est un peu la même histoire qui se répète (elle se répétera inlassablement tant que l’on ne se concentrera pas sur la politique économique, la politique structurelle et la social-démocratie).

Commençons par une note positive : d’après les sources officielles plus de 60 000 auraient déjà été signés et l’objectif des 100 000 devrait être atteint (objectif d’ailleurs quantitatif, c’est comme le déficit public). Pour simple rappel, ce dispositif est principalement destiné aux jeunes peu ou pas diplômés (pourquoi pas tous les jeunes ?) en priorité dans le secteur non marchand (pourquoi ? est-ce compatible avec l’amélioration de tous au moins en variation ?). L’aide de l’Etat ici atteint 75% du smic. L’employeur lui s’engage à fournir une formation à ces jeunes et une embauche pour au moins un an. Et ceux qui ont travaillé plus pour exercer ce même métier dans les règles de l’art ? Sans parler des effets d’aubaine car on oublie souvent que dans ces 100 000, il y a une part non négligeable d’entreprises qui auraient de toutes façon embaucher, c’est comme le crédit d’impôt recherche (CIR). Le système est resté ferme : pas question d’ouvrir le dispositif aux jeunes diplômés accusé d’avoir monopolisé les « emplois jeunes au détriment des jeunes les plus en difficulté. Si l’objectif humain est louable car il cible une intervention de l’Etat en priorité aux plus démunis, cette mesure ne s’accompagne pas d’une amélioration explicite du sort de tous et même des plus diplômés. On est donc dans un clientélisme à l’envers. Puis seuls 10% des embauches finissent en CDI ce qui est parfait pour un vrai contrat d’avenir avec une femme, un logement dont les prix ne cessent de monter et des enfants… par ailleurs il existe sur Google un nombre impressionnant de jeunes qui vous diront ce qu’ils sont devenus après ces contrats. Rien n’a été résolu !

Le doublement du plafond du LDD, passé de 6 à 12 000 euros, est supposé "mieux" orienter l’épargne des Français vers les entreprises. A-t-il rempli ses obligations en matière de collecte et de distribution ?

Alexandre Delaigue : Là encore on oublie une chose : l'investissement en France manque de débouchés, pas de capitaux disponibles. On crée avec ces dispositifs fiscaux un bonneteau de l'épargne qui vogue d'un côté à l'autre, d'une niche fiscale à l'autre. Dans le même temps par exemple, on augmente de manière rétroactive la fiscalité sur les PEA. Et on maintient des dispositifs pour pousser l'épargne vers la pierre, tout en rendant celle-ci moins attractive. C'est la politique du chien crevé au fil de l'eau.

Gilles St-Paul : Contrairement à ce qu'on pense, ce type de mesures n'est pas favorable à la croissance. Elles orientent l'épargne vers des placements qui ne sont pas les plus rentables mais que l'on rend artificiellement intéressants à cause de leur traitement fiscal. Ainsi, le LDD (ex-codevi) sert à financer certaines PME mais si celles-ci ne sont pas assez rentables pour rémunérer leurs capitaux au taux du marché, cela signifie simplement que ces entreprises sont inefficaces et que l'argent serait mieux placé ailleurs. Par ailleurs le principal consommateur de l'épargne des Français c'est l'Etat et le meilleur service que l'on puisse rendre aux entreprises c'est de réduire les besoins de financement de ce dernier.

Pascal de Lima : Le plafond du Livret de développement durable (LDD) a été doublé passant de 6 000€ à 12 000€ en septembre 2012 et également comme celui du livret A d’ailleurs à 15300 euros. Parlons du livret A. Spontanément, cette réforme sonne positivement aux oreilles des épargnants français si attachés à ce placement qui reste leur préféré. Pourtant, un premier état des lieux nous montre, chiffres de la Banque de France à l'appui, que si fin 2011, les Français détenaient plus de 61 millions de livrets, le dépôt moyen d'un livret A n'est que de 1 500€. Plus précisément 46% des livrets A ont moins de 150€ tandis que seulement 8,5% des livrets A atteignent le plafond actuel des 15 300€. Cette réforme ne concerne donc finalement que les 8,5% des épargnants les plus riches qui pourront profiter d'une véritable niche fiscale en exonérant de tout prélèvement non plus 15 300€ mais à terme 30 600€ si la promesse de campagne est tenue ! Ces ménages trouveront alors une manière simple et efficace de mettre à l'abri son pécule sur un placement défiscalisé, sécurisé et disponible. D'autant qu'une famille aisée peut cumuler plusieurs livrets A pleins, chacun de ses membres pouvant en détenir un, et donc cumuler le montant du plafond. Un beau cadeau !

Concrètement, cette réforme risque d'avoir pour effet de faire glisser de l'épargne actuellement placée dans les assurances-vie, soumises à l'impôt et finançant les investissements des entreprises et de l'Etat, tous deux à la recherche de financement pour relancer l'activité économique, vers le livret A, défiscalisé, qui finance un logement social incapable, pour le moment, d'absorber toute ces liquidités. Les perdants sont alors nombreux : finances de l'Etat, croissance économique et justice sociale. Cette réforme ajoute donc à l'injustice sociale, l'inefficacité économique. Injuste et inefficace ? Voilà deux adjectifs attribués jadis au bouclier fiscal de Nicolas Sarkozy. Par delà les clivages politiques, l'histoire n'est-elle donc qu'un éternel recommencement ?

Le pacte de compétitivité, et en particulier le crédit d’impôt-compétitivité emploi (CICE), semble avoir du mal à trouver son public. Reste-t-il trop peu connu des entreprises ? Sa transformation en une baisse des charges, programmée pour 2015, sera-t-elle plus efficace ?

Alexandre Delaigue : C'est l'archétype de la mesure publicitaire, faite pour réagir aux sirènes médiatiques, sans réflexion. Une usine à gaz bureaucratique, des effets d'aubaine en masse, un impact flou - avec de grandes entreprises faisant pression sur leurs PME fournisseurs pour s'approprier leur CICE. Et absolument aucun mécanisme d'évaluation du système. bref, la création politico-administrative à la française dans toute sa splendeur. On sait depuis longtemps, sur la base d'estimations convergentes, que baisser les cotisations sociales est coûteux mais est un moyen simple et relativement efficace de pousser à la création d'emplois. Ce n'est pas extraordinaire, mais c'est ce que l'on a de mieux. Mais la gauche ne veut pas faire des "cadeaux aux entreprises" donc on assortit l'ensemble de contreparties kafkaiennes, au détriment de l'efficacité.

Gilles St-Paul : Le CICE a deux problèmes. D'abord, contrairement à une baisse des charges, il est soumis à des conditions. Les entreprises hésitent donc à l'utiliser car elles veulent éviter une intrusion des syndicats et de l'administration dans leur gestion. Je ne peux que citer le ton dictatorial du site du ministère de l'Economie : "Un comportement exemplaire est attendu de la part des entreprises en matière fiscale, de rémunération des dirigeants et de solidarité de filière notamment." D'autre part, le CICE a été en partie utilisé pour financer certains avantages offerts aux salariés dans la loi de sécurisation de l'emploi tels que la complémentaire santé obligatoire ou les droits rechargeables à l'assurance chômage. Last but not least, le CICE n'est pas financé et les entreprises savent parfaitement qu'il faut s'attendre à des hausses compensatoires de la fiscalité sur les entreprises. On vient de le voir avec la "réforme" des retraites qui réaugmente les cotisations employeur, ainsi qu'avec la récente augmentation de l'IS. Il ne faut donc pas s'étonner du peu d'impact du CICE sur l'emploi. Les entreprises ne sont pas dupes et se terrent dans l'attentisme.

Pascal de Lima : Aujourd’hui, il est encore tôt pour dire quoi que ce soit, mais en l’absence d’études sérieuses on a le droit de réfléchir. 80% des entreprises qui en bénéficient ne font pas partie des entreprises exportatrices. Comme le plafond est bas pour pouvoir en bénéficier (Pourquoi ? Est-ce compatible avec une amélioration de toutes les entreprises ?), soit un plafond de 2,5 smic par salarié, les entreprises exportatrices dont 80% de la valeur ajoutée est constituée de cadre font exploser ces plafonds et n’en bénéficient donc pas. Tous les salariés de l’entreprise entrent dans le champ du CICE, quels que soient leur statut (salarié de droit privé et de droit public, agents des entreprises et établissements publics) et leur régime d’affiliation à la Sécurité sociale, dès lors que leur employeur remplit la condition d’imposition ci-dessus. Ce crédit d’impôt est assis sur le montant des rémunérations versées dans l’année, lorsqu’elles sont inférieures à 2,5 SMIC. Le taux du crédit d’impôt est fixé à 4% pour les rémunérations versées en 2013. Il sera de 6% pour les rémunérations versées au cours des années ultérieures.

Une seule question, certes c’est encore tôt, mais avons-nous réduit l’écart des parts de marché à l’exportation au moins en zone euro par rapport à l’Allemagne depuis janvier 2013. C’est officiel : non.

Quel bilan peut-on tirer du lancement de la BPI ? Parviendra-t-elle à compenser suffisamment la frilosité des banques pour relancer le développement des PME ?

Alexandre Delaigue : Cette "frilosité des banques" à financer les PME est assez largement un mythe, comme le montrent Landier et Thesmar dans leur dernier livre. Là encore, on manque moins de capitaux à prêter que d'opportunités d'investissements réellement attrayantes. Si la BPI ne sert qu'à financer les canards boiteux pour plaire aux élus régionaux, on voit mal son utilité. Sinon, plutôt qu'une banque publique de plus, pourquoi ne pas encourager la concurrence dans le secteur? faciliter l'accès à des modes de financement alternatifs? C'était l'ambition des socialistes en 1983, après tout...

Gilles St-Paul : La BPI est le fer de lance de la politique industrielle qui depuis le "Plan Calcul" en passant par Quaero a toujours été un fiasco. Ces mesures ne favorisent pas la croissance mais elles la plombent en distribuant des rentes aux grandes entreprises liées au pouvoir et pour la plupart dirigées par d'anciens hauts fonctionnaires. Ces rentes créent des distorsions de concurrence et conduisent à de mauvais choix de projets parce qu'en contrepartie des subventions le politique exerce un droit de regard sur ces projets.

Pascal de Lima : C’est un des sujets les plus délicats. Car je ne sais pas ce qu’en pensent les Français, mais la BPI a une communication publique particulièrement étonnante. Elle est inexistante. De plus, les banques classiques restent le moteur du financement des entreprises, que ce soit pour des crédits à l’investissement, pour le capital ou pour la trésorerie. 

S’il semble trop tôt pour envisager un bilan du « choc de simplification » administratif, peut-on préjuger de son efficacité ?

Alexandre Delaigue : Là encore, l'idée est louable, mais a-t-on réfléchi aux raisons qui poussent à la complexité administrative? Elle a une origine explicable. On ne sait pas trouver en France un juste milieu entre le centralisme tâtillon et l'anarchie généralisée. Le code des marchés publics en est l'illustration. Lorsqu'il est trop vague, cela crée la possibilité de corruption et de prévarication par des élus locaux peu scrupuleux. Une affaire de ce style est médiatisée, et pour éviter cela, on réagit en mutlipliant les contrôles administratifs pour que surtout cela n'arrive plus. Jusqu'à ce que la complexité devienne intolérable, et on revient au point de départ.

Pascal de Lima : Selon l'OCDE, la complexité administrative coûterait aux entreprises françaises 60 milliards d'euros, soit trois points de PIB. Aucun bilan chiffré n'a été réalisé pour l'instant par les autorités françaises… c’est un peu comme les 35h.

L’Élysée donne toutefois un chiffre dans le domaine de la simplification des procédures d'autorisation de construction qui devrait permettre l'apparition de 20.000 nouveaux logements, soit un chiffre d'affaires potentiel de trois milliards d'euros pour les entreprises du bâtiment. Autre exemple : le passage de 10 à 14 ans pour la durée de validité d'une carte d'identité permet au ministère de l'Intérieur une économie de 25% (cinq millions sur un budget annuel total de 20 millions). Après celui sur le logement, un projet de loi d'habilitation sur la simplification des rapports entre l'administration et les usagers devrait être prêt fin octobre. Mais on ne prend pas en compte le coût de la complexité administrative de la création d'entreprise, des 35h, des emplois d'avenir, des contrats de génération, etc.

La loi bancaire aura-t-elle des conséquences positives pour l’économie française, lesquelles ?

Alexandre Delaigue : La loi bancaire est manifestement un pétard mouillé. Elle n'est pas si mauvaise qu'on a pu le dire ; et il est raisonnable de dire qu'elle est le maximum de ce qu'il était politiquement possible de faire. On dira qu'elle fournit en théorie des outils pour gérer une situation dans laquelle une banque en difficultés mettrait le système financier national en difficulté dans son ensemble. Mais en pratique, il est peu probable que même si cela arrivait on utilise le dispositif d'une manière trop nuisible aux banques. Il y a plus à attendre de ce point de vue des initiatives européennes, L'action de la BCE, l'Union Bancaire, pour lesquelles persistent encore pas mal d'inconnues.

Pascal de Lima : J’aimerais insister sur l’idée d’une séparation des activités de banque d’investissement et banque de détail (ce n’est pas à proprement parlé d’une séparation physique mais plutôt dans les processus organisationnels). "Je séparerai les activités des banques qui sont utiles à l'investissement et à l'emploi, de leurs opérations spéculatives", affirmait le programme de François Hollande. En quoi consiste ce découpage ? Il s’agit de protéger la partie financement de l’activité grâce à un capital important. C’est aussi l’idée d’un sauvetage en cas de crise par l’Etat. De l’autre coté, les activités dites spéculatives (qui peuvent rapporter de l’argent à tout le monde) devront faire l’objet d’une réglementation.

Pour le Royaume-Uni, le rapport Vickers indique que 64 % des activités se trouvent dans la partie à protéger (la collecte de dépôts, la distribution de crédits aux particuliers et aux entreprises…), 18 % dans la partie spéculative (achat et vente de produits toxiques…) et 18 % dans une zone incertaine. L’idée est de protéger les banques de dépôts des risques entraînés par la partie spéculative des banques d’investissement. C’est une des leçons de la récente crise financière.

Le premier risque est que tout cela ne serve à rien ! La crise a touché les pures banques d'investissement comme Bear Stearns ou Lehman Brothers, mais aussi une pure banque de crédit immobilier comme Northern Rock. A l'opposé, les banques universelles allemandes et françaises ont mieux tenu le choc. Mais la crise de 2008 a montré que lorsque les banques d'affaires dérapent, les banques commerciales sont également touchées. C'est pourquoi il faut à la fois réduire la spéculation des banques d'investissement, voire interdire les activités les plus dangereuses ou inutiles (trading haute fréquence, spéculation avec le capital de la banque…) et protéger les banques de dépôt, ce que facilite la séparation au sein d'un même groupe. De plus, les banques françaises et allemandes ont finalement été prises aussi dans la crise des subprimes et celle des dettes publiques. Elles ont connu les mêmes problèmes de refinancement de leurs activités à l'été 2011, comme en 2008 après la faillite de Lehman Brothers. Le statut de banque universelle ne protège donc pas de la crise.

Deuxième risque : en imposant des contraintes en capital supplémentaires, qui coûtent aux banques, ne risque-t-on pas de les inciter à restreindre leurs activités, en particulier les prêts à l'économie, pour réduire leurs besoins en capital ? Pour minimiser ce risque, les contraintes en capital ne seront imposées que progressivement.

Propos recueillis par Pierre Havez

 

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