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Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier, détenus en Afghanistan depuis 547 jours viennent d’être libérés.
Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier, détenus en Afghanistan depuis 547 jours viennent d’être libérés.
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Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier

Les dessous d'une libération d'otages

Les deux journalistes de France 3, Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier, détenus en Afghanistan depuis 547 jours viennent d’être libérés. Ancien officier-négociateur au sein du RAID, Laurent Combalbert nous raconte les dessous de ce type d'opération...

Laurent  Combalbert

Laurent Combalbert

Laurent Combalbert est consultant indépendant, formateur et conférencier, il forme de nombreux négociateurs et conseille des dirigeants d’entreprises et d’institutions dans la gestion de leurs situations complexes, le recrutement et la formation de leurs équipes et dans la mise en œuvre de leurs politiques de sûreté et de prévention des risques.

Laurent Combalbert a été pendant plusieurs années officier-négociateur au sein du RAID, le groupe d’intervention de la police française.

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Atlantico : Les deux journalistes de France 3, Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier, détenus en Afghanistan depuis 547 jours viennent d’être libérés. Quelle est votre réaction ?

Laurent Combalbert : 547 jours, de l’extérieur cela paraît très long. En moyenne, les kidnappings durent moins de 50 jours. La moitié des kidnappings que nous gérons dure entre 5 et 10 jours.

En l’espèce, il ne s’agit pas d’un enlèvement crapuleux. C’est plutôt politique. Donc forcément c’est une situation plus difficile à gérer car elle inclue une dimension diplomatique. Pour un kidnapping crapuleux, c’est une affaire d’argent. Quand la politique entre en jeu, c’est différent.

Depuis le début, des contacts ont été menés avec des intermédiaires. Le gouvernement français avait d’ailleurs annoncé que des intermédiaires étaient en relation avec les preneurs d’otages et qu’on essayait de trouver un terrain d’entente. Bien-sûr, il y a toujours des hauts et des bas, des moments de pression particuliers, mais ça permet de trouver les leviers sur lesquels agir pour faire libérer les otages.

Le temps a donc l’air très long, mais il travaille pour les négociateurs.

Dans ce cas précis, sait-on qui sont les intermédiaires ?

Sur cette affaire, on ne sait pas très bien de qui il s’agit. La DGSE (les services secrets français) ont de très bons réseaux sur place capables d’être le « go-between » entre les kidnappeurs et les services français. Selon les situations, ça peut être un chef de tribu, un contact privilégié qui peut garantir un minimum de confiance entre les deux parties en négociation.

Et les accompagnateurs des journalistes ? Ont-ils été inclus dans l’opération ?

On considère que les accompagnateurs font partie de la négociation. Il n’est pas question de traiter l’affaire en privilégiant les Français et en mettant de côté les non-Français. Dans ce type de négociations, on négocie pour tout le monde. Toutefois, il est certainement plus facile de faire libérer quelqu’un qui n’est pas impliqué en termes de nationalité dans l’enjeu politique.

Avez-vous des informations sur les accompagnateurs d’Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier ?

Je ne peux pas en parler. Désolé.

Quelles contreparties pour cette libération ?

Ca dépend de la zone dans laquelle on se trouve et des revendications.

Ca peut-être par exemple l’annonce du retrait des troupes françaises d’Afghanistan, le paiement d’une rançon financière, des échanges de prisonniers ou une exposition médiatique qui a permis aux Talibans ou aux kidnappeurs de parler de leurs causes et qui ensuite libèrent les otages, parce que les exécuter reviendrait à tuer le principe même du kidnapping : si vous tuez les otages, la fois suivante on ne vous fait pas confiance et on ne discute même pas avec vous.

En l’espèce, qu’elles ont été, selon vous, les contreparties ? Des sommes financières ?

Objectivement, aucune idée.

En quoi cet enlèvement est-il particulier ? Diffère-t-il des kidnappings « habituels » ?

C’est un enlèvement qui a duré longtemps, c’est certain. Un an et demi, c’est long. Cependant, les modes opératoires restent assez classiques : il s’agit d’une zone de guerre, il faut trouver les bons contacts, les bons intermédiaires, arriver à les convaincre. Quelque soit le lieu où ça se passe, le schéma de la négociation reste le même. Il existe des situations particulières qui font que c’est plus ou moins longs, plus ou moins facile d’établir le contact, que les kidnappeurs font plus ou moins confiance aux autorités du pays dans lequel il se trouve, … Tout cela joue sur la durée du kidnapping et sur sa résolution.

Toute la mobilisation médiatique qui a entouré la prise otage de ces deux journalistes a-t-elle été utile ou contre-productive ?

D’expérience, pour nous négociateurs, cette mobilisation médiatique nous pose plus de problèmes qu’elle nous crée de solutions. On préfère le silence car cela permet d’éviter de surenchérir sur l’impact médiatique de la situation. Dans ce type d’opérations, les services de renseignement sont donc extrêmement discrets sur ce qui se passe.

Toutefois, si l’on se met à la place des collègues de ces deux journalistes, on comprend qu’un des pires sentiments qu’on puisse ressentir c’est l’impuissance, le fait de se dire qu’on ne sert à rien et qu’on ne peut rien faire. La médiatisation permet donc de gérer ce temps, de gérer l’attente, et donc de rassurer les familles et l’entourage sur le fait que des actions sont menées.

Combien de Français se trouvent encore en situation d’otages dans le monde ?

Officiellement, il y en a huit. Maintenant, il y a beaucoup de situations qui ne durent pas (on appelle cela les « kidnap flash »). Elles durent trois à quatre jours et ne sont pas comptabilisées car elles ne sont pas signalées aux autorités.

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