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Pour son deuxième anniversaire à la tête de l'Etat, François Hollande était l'invité de Jean-Jacques Bourdin.
Pour son deuxième anniversaire à la tête de l'Etat, François Hollande était l'invité de Jean-Jacques Bourdin.
©Reuters

Apparition matinale

Opération reconquête médiatique pour Hollande : les réponses que le président devrait donner s’il veut que ça marche

Pour son deuxième anniversaire à la tête de l'Etat, François Hollande était l'invité de Jean-Jacques Bourdin ce mardi 6 mai de 8h30 à 9h30 sur BFMTV et RMC Info. Voici les thèmes qu'Atlantico aurait aimés aborder avec lui.

Les inégalités et le moyen de les résoudre

Nicolas Goetzmann : Depuis 1995, la part du travail non qualifié est passée de 28% à 18% de la valeur ajoutée en France. A l’inverse, la part du travail hautement qualifié est passée de 21 à 34%. La France n’est-elle pas devenue une gigantesque machine à exclure les plus fragiles du marché de l’emploi ?

Il s’agit ici de la préférence française pour le chômage. L’ensemble des mécanismes mis en place pour "protéger" les plus fragiles se sont avérés contre productifs. Le mix redistribution – fiscalité est allé trop loin en France, pour un résultat d’exclusion. De plus, les 30 milliards d’euros réservés à la formation professionnelle en France sont également en cause : 30 milliards dépensés pour former le plus souvent une main-d’œuvre déjà qualifiée, et qui se charge beaucoup moins des personnes les moins qualifiées et des chômeurs.

L'utilité d'un objectif des 3%

Jean-Charles Simon : On a l’impression qu’il y a eu un double réflexe : prévenir toute crise sur les marchés, avec une peur panique de leur réaction ; vouloir être un bon élève en matière de finances publiques, probablement un peu pour accabler les prédécesseurs. Mais faute de savoir diminuer la dépense comme dans d’autres pays, cela s’est traduit par le "choc fiscal".  Le contretemps a été total. D’un côté, il n’y avait plus de risques sérieux sur les marchés grâce à la politique de la Banque centrale européenne (BCE) actée à l’été 2012. D’ailleurs, les taux sont au plus bas alors que les résultats budgétaires ne sont pas au rendez-vous : quitte à fâcher Bruxelles, c’était le moment… De l’autre, le choix des hausses massives d’impôt a affaibli un peu plus l’activité au moment où toute la zone euro connaissait un nouveau passage à vide. Résultat, la politique suivie a été désastreuse pour la nouvelle équipe, à laquelle on impute souvent à tort l’intégralité de la hausse de la pression fiscale. Mais surtout, elle n’a finalement permis qu’un redressement très médiocre des finances publiques, la croissance aura été quasi nulle sur deux ans et le chômage est au plus haut. D’autres pays, comme le Royaume-Uni, auront joué bien davantage la baisse des dépenses et de certains impôts, maintenant leur déficit à un niveau plutôt élevé à court terme. Et ils pourraient gagner sur tous les tableaux.

Le redressement des comptes

Erwan Le Noan : Disposez-vous d'un (véritable) projet de redressement des comptes publics ou comptez-vous sur le simple et hypothétique retour de la croissance ?
 
La réduction des dépenses publiques de 50 milliards d’euros annoncée par Manuel Valls va dans le bon sens. On aimerait que tous les gouvernements en aient fait autant. Mais c’est totalement insuffisant et surtout, c’est un leurre inquiétant. C’est insuffisant car il faut aller beaucoup plus loin : 50 milliards alors que la dépense publique dépasse 1150 milliards d’euros, c’est une gouttelette dans l’océan. C’est aussi un leurre si le gouvernement veut faire croire que cette logique est la bonne : Manuel Valls pousse à l’extrême les économies de bric et de broc réalisables sans changer le système. Mais il suffit que la croissance se détériore, ou que le gouvernement soit trop optimiste (comme le pense la Commission européenne) et le dérapage reviendra. Ce qu’il faut faire désormais, c’est le plus dur : s’attaquer au corps de la dépense publique en redéfinissant les missions de l’Etat. Il est important que le président dessine une ligne claire sur ce sujet (la dépense publique c’est plus de 56 % du PIB).
 

La politique monétaire de l'euro

Nicolas Goetzmann : Manuel Valls a répété à plusieurs reprises que le chef de l’Etat se chargerait, après les élections européennes, de négocier une politique monétaire plus active en Europe. Vous n’avez jamais repris ces mots à votre compte. Quel est votre projet ?

Dans un contexte de crise qui dure depuis bientôt six ans, d’autres pays, comme les Etats-Unis, le Royaume-Uni, ou le Japon, sont parvenus à s’extraire du contexte de crise et à faire baisser le chômage de façon significative, et ce grâce à l’outil monétaire. François Hollande se doit de reprendre cette stratégie à son compte et la porter au plus haut niveau européen. La formule utilisée par Manuel Valls ;  "après les Européennes", laisse penser qu’une telle entreprise serait portée devant le prochain Conseil européen, le 26 juin à Bruxelles. François Hollande doit préciser les intentions de la France en ce domaine, et avancer les arguments sur lesquels il souhaite s’appuyer afin de convaincre les pays du Nord, réputés hostiles à toute réforme de la Banque centrale européenne.

Syrie, Ukraine, etc. : le rôle de l'Occident sur la scène internationale

François Géré : Il y a vingt ans, les démocraties occidentales victorieuses de l’Union soviétique, avaient écrasé l’armée de Saddam Hussein qui avait envahi le Koweit en 1990. Agissant dans le cadre des résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies, elles pouvaient couvrir la supériorité de la force sous la légitimité du droit international. Il n’en va plus de même aujourd’hui. Trop de bavures en Afghanistan, trop de mensonges avérés en Irak ont jeté le doute sur la légitimité de diplomaties occidentales manifestement incertaines. Les "printemps arabes" sont venus ébranler un peu plus cette position de juge-arbitre. Défaillances en Tunisie, puis en Egypte, intervention bâclée en Lybie. Certes le sauvetage du Mali a été effectué dans un cadre légal. Mais en reconnaissant une valeur d’apaisement momentané, quelle légitimité accorder à ces consultations électorales dans des Etats où la concorde civile est absente et où le calme ne tient qu’à la présence dissuasive des forces militaires étrangères, françaises ou africaines ? Dictateur et tortionnaire avéré, Bashar el Assad organise des élections présidentielles dont l’issue est évidente. Pour autant il sera quand même élu par ceux, alaouites, chrétiens, kurdes, shiites qui le préfèrent, pour le moment, aux milices jihadistes, animées par l’intolérance salafiste. Dès lors, eu égard à l’inconsistance légale du gouvernement provisoire de Kiev, quelle valeur, de principe, accorder aux proches élections ukrainiennes ; valeur qui ne soit immédiatement contestée par les pro-russes ?

Trop sûrs d’eux-mêmes, imbus d’une insoutenable supériorité éthique, les Etats occidentaux ont fini par oublier que la démocratie exige une vigilance permanente qui, d’abord, commence par un respect qu’on s’impose à soi-même. Trop de manquements à l’intérieur, trop de scandales et d’affaires, trop de mauvais exemples ont érodé la confiance et l’estime sous le regard du monde. Ce ne sont pas seulement les forces armées qui font défaut (aujourdhui leur insuffisance est cependant patente) aux Etats occidentaux mais la crédibilité à respecter les valeurs qu’ils demandent aux autres de pratiquer. La démocratie commence chez soi, dans les berceaux historiques de la démocratie. Donnant l’exemple de la rigueur, nos gouvernements pourront ensuite prétendre inspecter dans les urnes des autres.

L'évolution de notre système éducatif

Erwan Le Noan : Ne pensez-vous pas qu’il est grand temps de changer de modèle éducatif et de laisser sa place à l’émulation, à la pluralité des modèles, à la performance ? Comment ?

Le président de la République gagnerait à annoncer un changement de ligne en matière éducative. Jusqu’à maintenant, son projet était assez peu ambitieux : créer 60 000 postes et tenir le ministère silencieux. Malheureusement pour lui, Vincent Peillon n’a pas été capable de remplir la mission et a, en conséquence, été remercié lors du dernier remaniement. On voit bien avec la réforme des rythmes scolaires que le système hyper centralisé français atteint ses limites : comment prétendre trouver une solution unique à l’ensemble des écoles françaises ? Le président Hollande pourrait défendre une nouvelle ambition éducative en ouvrant maintenant la voie à des expérimentations locales, en donnant de la liberté aux projets éducatifs des établissements, en stimulant l’émulation entre les établissements.

La refonte de la social-démocratie et du rôle des partenaires sociaux

Jean-Charles Simon : Curieusement, voilà un gouvernement qui répète que l’emploi est tout et que tout procède de l’emploi, mais qui abandonne visiblement les questions sociales aux partenaires sociaux. Là où il faudrait réformer en profondeur un marché du travail très peu performant, c’est aux champions du consensus et du statu quo qu’il remet les clés. Pire : il s’en félicite ! Accords sur le marché du travail, l’assurance chômage, la formation professionnelle ; jeux de rôle sur le salaire minimum ou le pacte de compétitivité : tout semble convenir au gouvernement, qui affiche même les médiocres résultats des discussions entre partenaires sociaux à l'actif de son bilan… Alors que les finances des systèmes sociaux gérés par patronat et syndicats sont calamiteuses et que rien n’aura été fait pour rendre le marché du travail plus inclusif et moins clivé. On ne sait pas trop s’il s’agit d’une conviction profonde en faveur de la "démocratie sociale" - dont aucune des conditions d’un éventuel bon fonctionnement n’est satisfaite en France – ou si cela participe d’une démagogie déjà bien ancrée dans la classe politique française. Qui semble toujours éprouver un certain soulagement en évoquant le rôle à confier aux partenaires sociaux, comme s’il s’agissait de trouver un alibi pour ne pas trancher ni réformer.

Les retraites

Nicolas Goetzmann : Plutôt que de geler les pensions, n’aurait-il pas fallu réformer le système de retraite plus en profondeur pour le rendre viable ? Le gel récent annoncé par Manuel Valls ne masque-t-il pas le peu d’ambition de la réforme des retraites menée il y a un an ?

Le France dépense 24% de son PIB en prestations sociales, soit 5 points de plus que la moyenne européenne. Cette différence s’explique principalement par le régime des retraites en France. Une réforme ayant pour objectif de repousser l’âge légal de la retraite est régulièrement présentée comme étant la plus efficace et la plus juste. L’âge effectif du départ en retraite est de 58,7 ans en France, contre une moyenne de 63,5 ans pour l’OCDE. La France consacre 13% de son PIB aux retraites contre 10% pour la moyenne OCDE. Une différence qui représente une source d’économie de 60 milliards d’euros.

La simplification administrative dans les entreprises

Erwan Le Noan : Vous avez proposé des mesures de "simplification administrative" pour les entreprises. Que comptez-vous faire concrètement pour promouvoir la liberté d’entreprise et favoriser la concurrence ?
 
Le président aime bricoler avec l’économie, on le sait depuis sa "boîte à outils". Malheureusement, il se contente de placer quelques rustines par-ci par-là, quand il ne décoche pas un mauvais coup sur les entreprises. Comment comprendre qu’il défende une simplification d’un côté et que de l’autre son gouvernement s’en prenne à nouveau aux auto-entrepreneurs ? Le président devrait au contraire s’attaquer aux dysfonctionnements profonds de l’économie française en favorisant la liberté d’entreprendre (les auto-entrepreneurs) et le fonctionnement fluide des marchés (la concurrence). Il y a beaucoup à faire : l’Autorité de la concurrence multiplie les recommandations qui permettront de faire gagner du pouvoir d’achat aux Français, mais le gouvernement reste jusqu’à maintenant très frileux. En matière fiscale, il faut que la baisse de l’ impôt sur les sociétés soit beaucoup plus rapide : à ce jour elle reste trop lointaine et très hypothétique.
 

L'investissement productif plutôt que l'immobilier

Nicolas Goetzmann : Le faible niveau d’investissement dans le capital "productif" en France masque une préférence française pour l’immobilier. Selon une note adressée à Jean-Marc Ayrault à l’automne dernier par le conseil d’analyse économique, l’immobilier serait une source de rente en France. Pourquoi ne pas plus inciter l’investissement productif par rapport à l’immobilier en France ?

La préférence fiscale faite à l’immobilier correspondait à une logique de "France des propriétaires". Pourtant un tel schéma réduit la mobilité de la population et favorise la hausse de coût du logement. Dans un tel contexte il apparaît naturellement qu’une incitation plus forte à investir dans le capital productif du pays (dans les entreprises) contribuerait plus largement à la croissance que l’idée d’une France des propriétaires. L’objectif est de taxer moins le capital productif et reporter la taxation vers l’immobilier pour neutraliser la situation de rente permise par l’état actuel de la fiscalité immobilière.

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