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Des traders travaillent à la Bourse de New York, le 15 octobre 2021.
Des traders travaillent à la Bourse de New York, le 15 octobre 2021.
©SPENCER PLATT / GETTY IMAGES AMÉRIQUE DU NORD / GETTY IMAGES VIA AFP

Impact économique du nouveau variant

Omicron va-t-il casser le collier de bulles, Bitcoin, Dow Jones, CAC 40, avant même les hausses de taux des banques centrales ?

La propagation du variant Omicron à travers le monde peut-elle menacer l'équilibre des marchés financiers ?

UE Bruxelles AFP

Jean-Paul Betbeze

Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.

Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ; 2012 : 100 jours pour défaire ou refaire la France, et en mars 2013 Si ça nous arrivait demain... (Plon). En 2016, il publie La Guerre des Mondialisations, aux éditions Economica et en 2017 "La France, ce malade imaginaire" chez le même éditeur.

Son site internet est le suivant : www.betbezeconseil.com

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Omicron ? C’est la preuve de la rare nervosité de la finance aujourd’hui ! Car c’est le nom charmant que l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) vient de donner au « variant d’Afrique du sud », ex B.1.1.529, promu « variant of interest », en Français : « variant préoccupant », mais pas encore : « variant of concern », d’inquiétude. Pourtant, il inquiète déjà !

Omicron ? Déjà les Bourses ont fait leurs Black Friday : vers 34 900 pour le Dow Jones et 6 700 pour le CAC 40. Nous ne sommes plus aux sommets : presque 36 500 pour le premier il y a quelques jours, presque 7 160 pour le second. Il aura suffi des premiers chiffres de propagation du nouvel intrus, avec sa vitesse de mouvement, ses capacités supposées de mutation et de résistance aux vaccins, pour que les avions ne puissent plus partir d’Afrique du Sud. On s’inquiète désormais des premiers arrivants qui en seraient porteurs, aux Pays-Bas, à Bruxelles, à Orly, partout. Les bourses plongent, comme les taux d’intérêt à long terme : c’est la peur de cette « autre vague » qui n’est pas cette cinquième, celle qu’on attendait.

Allons-nous retrouver nos angoisses d’il y a deux ans ? Le Bitcoin, qui avait atteint 67500$ début novembre, son record absolu, est à moins de 55000$ : va-t il aller plus bas ? Les autres records de la finance, qu’il s’agisse d’introductions en bourse, de fusions-acquisitions ou de la valorisation des cryptomonnaies vont-ils disparaître ? Allons-nous effacer la bouffée de valorisations qui avait compensé la crise américaine des subprimes en 2007 et celle des dettes souveraines en zone euro, en 2011 ? Les déficits budgétaires, permis et soutenus par les politiques monétaires (quantitative easing), plus aventureuses qu’« accommodantes », vont-ils devoir reprendre ? Les banques centrales vont-elles le pouvoir ?

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De fait, la solidité de la reprise n’est pas acquise, même si l’on peut juger très porteuse la révolution technologique en cours. Comme toujours en effet, les bulles naissent à la conjonction d’anticipations portées trop haut, bien au-delà de prévisions optimistes, parce que trop impatientes, et de conditions financières trop aisées, celles-ci permettant cela. Tel semble être aujourd’hui le cas, avec en plus l’idée que les économies « veulent » rebondir et oublier leurs peurs, nées du COVID-19.

Les banques centrales ne vont-elles pas, dès lors, être coincées, entre virus et inflation ? Le balancier des espoirs n’est-il pas remonté trop haut ? L’inflation atteint 6,2% sur un an en octobre aux États-Unis et 4,1% en zone euro, et non 2% comme « attendu ». Bien sûr, ces deux chiffres sont jugés transitoires par la Fed et la BCE, ce qui reste à vérifier. Preuve néanmoins que ces deux banques centrales préfèrent prévenir que guérir, la Fed va réduire son programme d’achats de bons du trésor et l’arrêter en juin prochain au plus tard, et la BCE annonce un mouvement semblable pour début 2022. Dans ce contexte, les taux longs seraient appelés à monter puis, mi 2022 normalement, les taux courts américains, puis européens en 2023… sauf ce virus encore plus fort, bien-sûr.

Pour éviter que le collier de fortes valorisations (de bulles ?) ne se brise et n’entraîne l’économie mondiale, il faut empêcher bien sûr cet omicron de s’étendre, annoncer des soutiens monétaires et budgétaires supplémentaires si nécessaire, et partout, au moins, des temporisations aux hausses de taux. Puis, si tout se passe mieux, on pourra aller très doucement, en mettant les bourses dans la confidence, sur la remontée des taux. D’abord, il s’agira de disséquer la brusque hausse de l’inflation, entre ce qui est imputable aux hausses du gaz et du pétrole, aux raccourcissements des chaînes de valeur, aux manques de puces et aux hausses de salaires. Ensuite, il faudra expliquer comment les programmes de soutien, français et européens, vont se mettre en place, tandis que les budgets européens, plus les politiques monétaires, continueront leurs apports désinflationnistes car structurels, sans oublier la science, ses dépistages et ses vaccins.

Les marchés financiers devront comprendre ce message conditionnel de normalisation des taux : d’abord attendre, pour voir ce qui se passe sur le front du COVID-19 et de ses variants, ensuite les augmenter, mais très lentement. Ceci devrait conduire à sous pondérer les actions qui ont le plus monté. La majorité des investisseurs en bourse va devenir plus sage, mais d’autres moins, profitant de cette sagesse et de la baisse des cours pour se refaire !

L’histoire est toujours la même. Il arrivera à ce collier de bulles ce qui arrive à tous : il se cassera d’autant plus qu’on dira que tout le monde fait des efforts pour qu’il ne se casse pas, avec ou sans « omicron ». Au moins, c’est lui qui nous préviendra !

Jean-Paul Betbeze

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