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Vladimir Poutine accentue ses activités militaires.
Vladimir Poutine accentue ses activités militaires.
©Reuters

Main basse sur la Norvège

"Occupied", la nouvelle série d’Arte qui illustre le retour de la peur d’une invasion russe en Europe

Les tensions internationales s'attisent de jour en jour avec le régime de Poutine. Dans "Occupied", les scénaristes imaginent comment la Russie pourrait mener une invasion de la Norvège, pourtant membre de l'Otan.

Cyrille Bret

Cyrille Bret

Cyrille Bret, ancien élève de l'Ecole Normale Supérieure, de Sciences-Po Paris et de l'ENA, et anciennement auditeur à l'institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) est haut fonctionnaire et universitaire. Après avoir enseigné notamment à l'ENS, à l'université de New York, à l'université de Moscou et à Polytechnique, il enseigne actuellement à Sciences-Po. Il est le créateur avec Florent Parmentier du blog Eurasia Prospective. Il est également membre de l'Institut Notre Europe Jacques Delors.

Pour le suivre sur Twitter : @cy_bret

 

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Atlantico : Les scénaristes de la série "Occupied" - qui arrive cet automne sur Arte - ont choisi de planter un décor politique pour le moins étonnant pour leurs personnages : la Russie a envahi la Norvège. Comment expliquez-vous un tel parti pris ? Assiste-t-on au retour de la peur d’une invasion russe en Europe ?

Cyrille Bret : Le risque géopolitique réel que révèle ce scénario est moins celui dune invasion russe que d'un désengagement géopolitique de l'Europe.

Depuis 2009, l'espace Arctique a été fortement investi par la Russie : reprise des patrouilles arctiques, réimplantation de bases permanentes sur les Wrangel et Kotelny, création d'une force militaire permanente de 6000 hommes et revendications en 2001, 2007 et 2015 sur une extension de la zone économique exclusive le long des dorsales de lomonossov et Médeleiev.

La Russie est de retour dans la géopolitique Arctique en raison de ses potentialités en matière d'hydrocarbures, de ressources halieutiques et de mines.

Mais l'Europe doit moins craindre une invasion russe que son propre désintérêt pour l'arctique - tout comme les États-Unis qui ont relancé la construction d'un brise glace en août dernier alors que la Russie en dispose de près de 40.

Peut-on considérer ce scénario comme une page plausible de l’histoire ? Science-fiction ou anticipation ? Quelles réalités politiques sont à l’origine de cette peur de la part des européens ?

Les séries télévisées sont parfois un reflet condensé stylisé et simplifié des grandes tendances géopolitiques. Ainsi la série "The west wing" est une excellente introduction à la géopolitique des années 2000 : lutte contre les mouvements radicaux dans la zone Afpak, retour des terrorismes nationaux et utilisation de critères moraux dans les interventions militaires. La série Homeland est, elle, un reflet républicain de la perception des dangers menaçant les États Unis : infiltration par des cellules dormantes, ambiguïtés de l'anti-terrorisme. Quant à la série Mi5 ou Spooks, elle relève avec brio les enjeux et les dangers du contre-terrorisme britannique : menaces sur la vie privée, exposition des lieux publics.

La série occupied reprend ces axes : elle traite d'une menace perçue (la Russie), des enjeux actuels (la reprise des modifications de frontière en Europe) et les objectifs territoriaux (Arctique). C'est moins une série d'anticipation sur le futur de la géopolitique qu'une série politique sur le présent des représentations collectives. La Russie actuelle mène bien des opérations d'extension territoriales mais évite soigneusement de rompre en visière avec ses voisins puissants. Elle préfère des théâtres où l'état est moins fort comme la Géorgie, la Syrie ou l'Ukraine.

Le différend frontalier avec la Norvège a été résolu en 2010. Mais si les eaux Arctique sont de plus en plus navigables et si les ressources naturelles sont confirmées et exploitables, les différends se raviveront avec la Russie - puissance dominante de cette région en raison de l'absence de ses rivaux sauf le Canada de Stéphan Harper.

Les initiatives russes au large de l'Europe sont évidentes : exercices en baltique, manœuvres dans l'Arctique, retour au Moyen-Orient et évidemment investissement en Ukraine.

En consacrant plus de 4% de son PIB aux dépenses militaires, la Russie se positionne comme un pôle de puissance, alors que les européens se pensent eux-mêmes comme un acteur d'influence .

Comment voyez-vous, à plus ou moins long terme, l’évolution des relations entre la Russie et l’Europe ? 

Le scénario du pourrissement est actuellement le plus avancé : cercle sanctions-réactions, défiance réciproque et incompréhension mutuelle. Cette tendance pourrait déboucher sur des crises dans le Caucase en Méditerranée orientale dans les Balkans et dans l'Arctique.

La Russie essaie de compromettre l'unité européenne en se ralliant des états membres : la Hongrie, Chypre et la Grèce. Quant à l'Europe, elle est encore trop hésitante entre une ligne dure (balte) et une ligne accommodante (Italie). 

Le scénario du rapprochement raisonné peut s'affirmer si des intérêts communs se dégagent : énergie et investissements, lutte contre le djihadisme et stabilisation du Moyen-Orient... Tout cela constitue des voies de coopérations potentielles.

L'assemblée générale de l'ONU pourra laisser penser à une union sacrée de court terme entre russes et européens en Syrie. Il s'agira là d'une unité de façade : les intérêts russes et européens dans la région sont bien différents. En revanche, un travail de longue haleine entre UE et Russie sur les complémentarités économiques et technologiques sont, elles, bien plus prometteuses même si elles demanderont plus de temps.

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