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Le président russe Vladimir Poutine s'entretient avec un journaliste de NBC à Moscou le 11 juin 2021.
Le président russe Vladimir Poutine s'entretient avec un journaliste de NBC à Moscou le 11 juin 2021.
©Maxim Blinov / SPUTNIK / AFP

Menace russe ?

Nouveaux armements, cybercriminalité : l’OTAN est-elle dépassée ?

Les chefs d’Etat et de gouvernement des trente pays membres de l’OTAN ont participé au sommet, ce lundi 14 juin, à Bruxelles. Face aux cyber attaques et aux nouveaux armements russes, l'OTAN semble dépassée. Joe Biden a tenu à insister sur les menaces russes et chinoises. Emmanuel Macron a plaidé pour le désarmement.

Fabrice Epelboin

Fabrice Epelboin

Fabrice Epelboin est enseignant à Sciences Po et cofondateur de Yogosha, une startup à la croisée de la sécurité informatique et de l'économie collaborative.

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Xavier Raufer

Xavier Raufer

Xavier Raufer est un criminologue français, directeur des études au Département de recherches sur les menaces criminelles contemporaines à l'Université Paris II, et auteur de nombreux ouvrages sur le sujet. Dernier en date:  La criminalité organisée dans le chaos mondial : mafias, triades, cartels, clans. Il est directeur d'études, pôle sécurité-défense-criminologie du Conservatoire National des Arts et Métiers. 

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Atlantico : Quelle est la réalité de la menace représentée par la Russie ? Quels sont les arsenaux et les types darmes avancées dont disposent les Russes ?

Xavier Raufer : Il faut tout d’abord bien définir le terme de menace. À l’heure actuelle, la Russie ne menace pas grand monde… Mais dans une situation où ce pays gigantesque se trouve exposé à des dangers multiples, il a développé de nouveaux systèmes d’armement impressionnants et révolutionnaires. Ainsi, si on se projette dans la guerre de demain, la Russie a une avance assez considérable.

Il est à noter qu’elle a largement testé aux combats ses armes en Syrie. L’essai au combat donne une meilleure connaissance de son matériel que des outils qui ont servi au Bourget ou dans des festivals militaires internationaux.

Plus précisément, les Russes ont une avance sur des dispositifs de guerre radioélectronique. Ces outils bloquent les ondes sur un secteur donné (plusieurs centaines de km2) où ils peuvent interdire à des instruments de guerre tout usage d’onde. Ainsi, le bateau qui se trouvait en capacité de naviguer est complètement paralysé. Ces armes ont été utilisées en Syrie, au Haut-Karabakh pendant la guerre récente. Au vu des retours de nombreux officiels, ces armes sont extrêmement impressionnantes.

Naturellement, dans un contexte où la guerre utilise toujours plus d’informatique le fait de perdre cet atout brutalement et immédiatement est de l’ordre de la catastrophe absolue. Aujourd’hui, même les obus tirés par les canons sont intelligents donc affectés par la paralysie des ondes. Ces systèmes rendent alors la bataille impossible. Sur les quelques semaines de batailles au Haut-Karabakh, le dispositif a été utilisé pendant quatre jours et durant ce laps de temps, aucun drone turc n’a pas pu décoller.

Avec ce type d’armement la Russie arrive à tirer son épingle du jeu. Lorsque la Pologne a fait une simulation de combat pour vérifier si son armée pouvait repousser une offensive militaire russe, Varsovie a été conquiseen quatre jours…

Ce que l’on sait c’est que lorsqu’un tel type d’arme est annoncé, il est déjà aguerri et en place. Lorsque les Russes, comme les Chinois, Turcs ou Iraniens ont quelque chose de nouveau et de révolutionnaire ils ne vont pas le crier sur les toits. Il s’agit d’un matériel déjà testé, déjà connu. Si il a été utilisé lors d’opérations, il a été vu par l’OTAN, mais il y aussi probablement d’autres surprises que nous ne connaissons pas.

LEurope et les puissances de lOTAN sont-elles alors en capacités réelles de rivaliser face à ce type de technologies et darmement ?

Xavier Raufer : Dans ce qui est connu, les Occidentaux ne disposent pas de ce type d’armement et on en est bien loin. De surcroît, il faut voir ce qu’il y a dans la tête des généraux. Les guerres sont menées par du matériel, mais aussi par des stratèges. Quand on regarde les champs de batailles où les Américains et l’OTAN ont été en place, ils ont eu un peu de mal à sortir d’une logique binaire Good Guy/ Bad Guy.

Les systèmes qu’a développé la Russie sont issus des mathématiques de haut-niveau. Ce n’est pas si cher que cela à developper. Avec un budget d’armement qui doit être de 10% de celui des USA, la Russie a réussi à se tirer d’une impasse et ils ont aussi des robots automatisés qu’ils peuvent lâcher sur le champ de bataille.

Alors que des cyberattaques prétendument attribuées à des hackers russes étaient au cœur de lactualité récente, quelles sont les capacités réelles des cyperpirates russes ?

Fabrice Epelboin : La Russie a comme caractéristique d’héberger sur ses terres un grand nombre de cybercriminels, des groupes organisés et de très haut niveau, très professionnels. Avec les autorités, ils ont obtenu une certaine bienveillance au vu de leur activité tant qu’ils n’attaquent pas l’Etat et les entreprises Russes et leurs      alliés. En contrepartie de cela, on viendra de temps en temps leur demander des services. Cela permet à la Russie, qui n’a pas de moyens considérables d’avoir une capacité de frappe très conséquente. A coté de cela, ils ont des unités de cyber de très haut niveau au sein de leurs services de renseignement.

Il y a deux ans, ces unités ont - auraient - attaqué l’entreprise SolarWinds, une société qui propose un logiciel permettant de gérer des réseaux dans les très grosses entreprises et administrations. Les Russes se sont en quelque sorte insérés dans cette technologie et, par rebond, se sont invité dans potentiellement toutes les      grandes entreprises occidentale clientes de Solarwinds, soit une large partie du Fortune 500 ou du CAC40. Avec de telles actions, ils montrent qu’ils ont une importante puissance de frappe et cela les rend beaucoup plus menaçants.      

La Russie a par ailleurs toujours été une grande nation en termes de mathématiques et c’est ce qui en fait de bons hackers. N’oublions pas que c’est aussi valable pour la France, Cedric Villani est là pour en témoigner.

Quelle est l’état de la menace représentée par les cyber attaques menées actuellement depuis des pays comme la Russie ou la Chine ?

Fabrice Epelboin : Les Chinois aussi ont attaqué une autre technologie, Microsoft Exchange, un service qui est aussi utilisé par la moitié des entreprises occidentales. À partir de cela, ils se sont - comme les russes - potentiellement invités dans la moitié des entreprises de la planète. En Chine aussi la puissance de frappe est colossale, la nation produit un million d’ingénieurs par an et contrairement à la Russie, elle a des moyens financiers collossaux.

Il y a trois ans, la NSA contrôlait tout mais cela a changé. L’équilibre des forces est différent aujourd’hui, nous ne sommes plus dans un monde où les Américains dominent tout sans partage.

La stratégie déployée par les pays et les membres de lOTAN est-elle la bonne ?  

Fabrice Epelboin : On ne la connait pas et a priori, il n’y en a pas… Les USA ont la fâcheuse habitude d’espionner leurs alliés. Lorsque l’on voit l’affaire Airbus, qui a rebondi en justice récemment, l’entreprise s’est fait espionner par la NSA avec la complicité des Allemands pour un vol de propriété intellectuelle… Ces « partenaires » ensemble dans l’OTAN ne vont pas partager leurs secrets car ce serait un pillage en règle de tout ce qui nous reste en matière de propriété intellectuelle.

L’OTAN est mal placée pour proposer une stratégie unifiée car les États-Unis sont très offensifs avec leurs alliés en matière cyber. En conséquence, cette force « cyber » dans l’OTAN est relativement symbolique, cette guerre se joue au niveau des États et non pas des alliances.

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