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Pourquoi la Chine 
pourrait s'écrouler en 2013
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Quand le dragon chinois s'essouffle...

Pourquoi la Chine pourrait s'écrouler en 2013

Si la Chine semble triompher aujourd'hui sur le monde, d'un point de vue économique, plusieurs indices laissent suggérer quelques failles dans l'Empire du milieu. C'est notre feuilleton de cette fin de semaine. 2ème épisode : la grave crise de croissance que pourrait connaître le pays, selon le célèbre économiste Nouriel Roubini, annonciateur de la crise des subprimes.

Robin Rivaton

Robin Rivaton

Robin Rivaton est chargé de mission d'un groupe dans le domaine des infrastructures. Il a connu plusieurs expériences en conseil financier, juridique et stratégique à Paris et à Londres.

Impliqué dans vie des idées, il écrit régulièrement dans plusieurs journaux et collabore avec des organismes de recherche sur les questions économiques et politiques. Il siège au Conseil scientifique du think-tank Fondapol où il a publié différents travaux sur la compétitivité, l'industrie ou les nouvelles technologies. Il est diplômé de l’ESCP Europe et de Sciences Po.

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Le Parti communiste chinois a longtemps été loué pour sa gestion fine de l’économie, le dirigisme des années 1980 laissant place à un savant équilibre de marché, la production bas de gamme laissant place aux industries de transformation de plus en plus sophistiquées. Mais l’ouvrage est fragile et l’oracle Nouriel Roubini, économiste connu comme « celui qui avait annoncé la crise des subprimes » répète depuis le début de l’année 2011 que la Chine va connaître une grave crise de croissance en 2013. Pourquoi 2013 ? Car il s’agira de la moitié du XIIème plan quinquennal débuté en 2010.

Plan quinquennal chinois : symptôme d’une économie en surchauffe

Ce plan quinquennal a été pensé comme un plan de soutien à l’économie, frappée en 2008-2009 par le ralentissement de la demande mondiale lorsque les exportations dans le PIB ont chuté de 11% à 5% du PIB. Comme ses prédécesseurs, il vise à accroître la consommation intérieure afin de réduire la dépendance aux exportations mais se traduit par une poursuite d’investissements colossaux.

La part des investissements fixes, dans les infrastructures, l'immobilier et les secteurs industriels exportateurs, est ainsi passée de 42 à 49% du PIB entre 2008 et 2011. Mais ceci n’est pas tenable, même à moyen terme, car la Chine est en surcapacité. Les infrastructures de transports – aéroports et lignes à grande vitesse – sont surdimensionnées au même titre que la capacité des usines de transformation. A titre d’exemple, au mois de septembre, le ministre de l’Industrie a rendu plus difficiles les conditions d’accès au secteur automobile, par crainte des surcapacités. Celles-ci devraient toutefois conduire à une forte pression déflationniste à partir de 2013.

Les économistes sont unanimes pour considérer que les bulles économiques se forment quand les taux d’intérêts réels sont négatifs à long terme, ce qui est le cas de la Chine sur LA période récente. La facilité à emprunter à peu de frais incite à la poursuite effrénée de l’investissement pour des entreprises qui ne pourraient emprunter à un taux de marché normal. Nouriel Roubini rappelle que toutes les périodes d'investissement excessif, notamment en Asie du Sud Est dans les années 1990, se sont terminées « par une crise financière et une période de croissance faible ». Il estime que près d’un tiers des créances des banques chinoises pourraient alors ne pas être remboursées.

La dette des collectivités locales

A côté des entreprises, les collectivités locales supportent un lourd endettement, qu’elles ont contracté afin d’investir dans l'immobilier et les infrastructures. Le Bureau national de l'audit (NAO) a révélé fin juin que le niveau des collectivités locales atteignait 10 700 milliards de yuans, soit 1140 milliards d’euros, l'équivalent de 27% du PIB chinois en 2010. L’agence de notation Moody’s, doutant de la fiabilité des statistiques officielles, la voit plus proche de 1513 milliards d’euros, soit 36% du PIB. L’agence a même menacé de dégrader la note des banques chinoises car encaisser un tel volume de défaut affecterait certainement leur capacité de prêt. Victor Shih, un spécialiste américain du sujet propose même une estimation proche de 40 à 50% du PIB chinois de 2010. Même les immenses réserves de change du pays auraient alors du mal à éponger ces dettes.

Près de la moitié de cet endettement trouve son origine dans le plan de soutien de 4000, milliards de yuans lancé en 2008. La très grande majorité de ces prêts a financé la politique de grands travaux d'infrastructures mais cela ne doit pas cacher la corruption et le gaspillage qui ont accompagné l’utilisation de ces fonds. Plus grave encore, une grande partie de ces dettes arrivera à échéance en 2013, ce qui renforce le caractère charnière de cette année.

Les tensions écologiques et sociales

Robert Zoellick, président de la Banque Mondiale, dans son analyse critique parue début septembre, a notamment souligné les défis sociaux et écologiques du pays. Les préoccupations de la population face à la détérioration rapide de l’environnement sont plus virulentes et l’emportent même sur celles du développement économique. La fermeture provisoire de l'usine de panneaux solaires de Jinko Solar, entreprise cotée à New-York, a eu lieu suite au rassemblement de 500 habitants dans la ville de Haining. Elle prend place un mois à peine après la manifestation de 12 000 riverains à Dalian, qui a abouti à la fermeture d’une usine pétrochimique.

D’un point de vue démographique, le vieillissement de la population pose également une menace sérieuse qui interviendra d’ici une ou deux décennies. Le recensement de mars 2011 a montré que la part des 60 ans et plus représente 13% de la population, 3% de plus qu’en 2000. La part des moins de 14 ans est quant à elle passée de 23 à 17%. La politique gouvernementale de strict contrôle des naissances a amené le taux de croissance de la population à moins de 1%.

Les bouleversements qui menacent à l’heure actuelle le géant chinois auront toutefois des conséquences fortes à l’échelle mondiale, eu égard la force des liens commerciaux qui unissent la Chine et les autres régions du monde, développées comme émergentes.

[1er épisode de notre feuilleton Quand le dragon chinois s'essouffle... : La "Chine du bas" victime de la bulle immobilière]

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