Notre cerveau est-il en danger face à l'augmentation de maladies incurables ?<!-- --> | Atlantico.fr
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Près d'un Français sur quatre souffre d'une maladie neurologique ou psychiatrique.
Près d'un Français sur quatre souffre d'une maladie neurologique ou psychiatrique.
©Reuters

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A l'occasion de la Semaine du cerveau, du 11 au 17 mars, la Fédération pour la recherche sur le cerveau souhaite sensibiliser le grand public sur cette thématique, alors que près d'un Français sur quatre souffre d'une maladie neurologique ou psychiatrique.

André  Nieoullon

André Nieoullon

André Nieoullon est Professeur de Neurosciences à l'Université d'Aix-Marseille, membre de la Society for Neurosciences US et membre de la Société française des Neurosciences dont il a été le Président.

 

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Atlantico : A l'occasion du lancement de la Semaine du cerveau, la Fédération pour la recherche sur le cerveau (FRC) a lancé un appel en faveur d'une mobilisation nationale autour de la recherche sur le cerveau, alors que près d'un Français sur quatre souffre actuellement d'une maladie neurologique ou psychiatrique. Peut-on dire que notre cerveau est en danger ? 

André Nieoullon : Vaste question. Si l'on se réfère à la fréquence des maladies neurologiques et psychiatriques, alors la réponse est oui, notre cerveau est en danger. Mais cette réponse est évidemment trop réductrice et il est immédiatement nécessaire de la nuancer. En effet, à cette date, les causes de la plupart des maladies du cerveau restent inconnues et il est d'usage de considérer que ces maladies ont une origine, génétique d'une part (sorte de prédisposition de l'individu) et environnementale d'autre part (c'est-à-dire qu'en dehors des traumatismes, l'hypothèse qui prévaut aujourd'hui est bien celle de l'action de facteurs environnementaux, qui viendraient influencer un "terrain" génétique favorable). 

C'est de l'interaction de ces deux types de facteurs que résulterait la plupart de ces maladies. Dans ce contexte, l'exposition à des facteurs environnementaux connus comme l'alcool, les stupéfiants mais aussi le tabac ou encore toute action favorisant les maladies cardio-vasculaires est susceptible de promouvoir la survenue de ces maladies. 

Par ailleurs, de nombreux résultats montrent que le cerveau est très sensible à ce que l'on nomme le "stress oxydatif" c'est-à-dire la production de radicaux libres à partir du métabolisme de l'oxygène (le cerveau consomme 20% de l'oxygène que nous respirons). Enfin de vrais toxiques environnementaux comme les pesticides, les herbicides et autres métaux lourds sont connus pour faciliter la survenue de certaines de ces maladies. 

Enfin même si le cerveau n'est pas un muscle, l'inactivité est certainement l'un des facteurs qui atteint son bon fonctionnement. Par conséquent prendre conscience de ces influences délétères environnementales est certainement un moyen de lutter contre un vieillissement accéléré du cerveau et contre certaines de ses maladies.

En même temps que la hausse de l'espérance de vie, les pathologies liées au cerveau vont, elles aussi, connaître une très forte augmentation dans les prochaines années. Comment expliquer cette augmentation ?

L'augmentation de l'incidence de certaines pathologies neurologiques avec le vieillissement de la population s'explique par le fait que l'un des facteurs de risque de ces pathologies est l'avancée en âge. 

Dans le cas de la maladie d'Alzheimer, avant l'âge de 60 ans, les cas sont rares, dans la population générale. Au fur et à mesure de l'avancée en âge, la proportion de malades augmente... jusqu'à atteindre par exemple une femme sur quatre à l'âge de 85 ans. Si vous réalisez alors que l'espérance de vie des femmes en France est aujourd'hui autour de 85 ans justement, se pose alors  la question de la qualité de ce vieillissement. A un degré moindre, ce raisonnement concerne également la maladie de Parkinson. 

Heureusement, toutes les maladies neurologiques ne sont pas corrélées à l'avancée en âge mais maladie d'Alzheimer et maladie de Parkinson représentent tout de même plus d'un million de malades en France. 

Les maladies neurologiques, toutes catégories confondues, alors que le budget annuel de la recherche sur le cerveau en France est de 220 millions d’euros. Comment expliquer le désintérêt, et donc le peu de moyens accordés à ce domaine de recherche ?

Ce financement comprend les budgets publics et l'aide apportée par les associations de malades, plus les financements relevant de partenariats public-privé et de fonds principalement européens. Ce budget peut être comparé à celui consacré à la recherche contre le cancer, environ deux fois supérieur à celui de la recherche sur le cerveau, alors que les seules dépenses de santé publique pour les maladies neurologiques et psychiatriques représentent quant à elles environ 35% de l'ensemble des dépenses de santé, soit plus de 60 milliards d'euros par an.

Comment la recherche, en difficulté financière, va-t-elle pouvoir se doter de vrais moyens afin de poursuivre ses recherches ?

Les dépenses liées aux pathologies neurologiques et psychiatriques sont estimées en Europe (les 27 pays de l'Union européenne plus la Suisse, la Norvège et la Finlande) à près de 800 milliards d'euros par an. Ceci représente en moyenne 35% des dépenses de santé pour environ 125 millions de malades, soit schématiquement 27% de la population européenne affectée par ces maladies. Il y a donc un "surcoût" des maladies du cerveau par rapport aux autres types de maladies (cancer, maladies cardio-vasculaires et métaboliques, etc.). 

Ceci s'explique par trois facteurs principaux : 

- Une partie de ces maladies est liée à l'âge et l'augmentation de l'espérance de vie qui a pour contre-partie une augmentation corrélative du nombre de malades. 

- L'une des caractéristiques des maladies neurologiques et psychiatriques est leur caractère chronique, au long cours, certains patients devant être pris en charge pendant plusieurs décennies.

- Enfin, ces même maladies génèrent un handicap qui lui même doit être pris en charge, ce qui génère un surcoût également.

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