Natalité : quand Sandrine Rousseau se tire une balle dans le pied une fois de plus...<!-- --> | Atlantico.fr
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Sandrine Rousseau s'exprimant à l'Assemblée nationale.
Sandrine Rousseau s'exprimant à l'Assemblée nationale.
©ALAIN JOCARD / AFP

Atlantico Business

Tous ceux qui se réjouissent de la baisse de la natalité ne se rendent pas compte qu'ils vont être obligés d'accepter une réorganisation des systèmes de financement et d'organisation contre lesquels ils se sont battus bec et ongles.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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Sandrine Rousseau est capable de tout, y compris de dire n'importe quoi, c'est-à-dire l'inverse de ce qu'elle défend. Comme beaucoup d'écologistes radicaux, elle ne se rend même pas compte qu'elle peut en venir à soutenir une forme de société qu'elle fustige, pourvu que la presse la reprenne en chaine. 

Le buzz du verbe politique est plus important que la cohérence de l'action politique. La constatation d'une baisse de la natalité voire même de la fertilité a ouvert un débat important dans tous les pays parce que c'est un paramètre de l'évolution de la société humaine. Cette baisse est très visible dans les pays occidentaux, et notamment en Europe, mais elle n'épargne pas les pays émergents comme la Chine. Explication en 3 points . 

1er point : Pour la majorité des économistes, la baisse tendancielle de la natalité est une mauvaise nouvelle, et leur première préoccupation est d'en rechercher les causes afin d'inverser cette tendance ou d'en réguler plus finement l'évolution. C'est une mauvaise nouvelle parce que la natalité est le facteur numéro 1 du progrès et de la croissance. La natalité est d'abord un marqueur d'amélioration des conditions de santé et de vie parce que la natalité stimule l'innovation et la vie… donc la production de richesse et la consommation pour le plus grand nombre ; y compris pour les plus âgés qui ne peuvent vivre que par le travail des plus jeunes. Pour reprendre la phrase célèbre qui résume tout : "Il n'y a de richesses que d'hommes..." Elle date du 16e siècle, mais aujourd'hui le philosophe Jean Bodin ne la renierait pas. 

2e point : Pour une grande partie des responsables politiques, c'est également une mauvaise nouvelle parce que la baisse de la natalité pose à terme un problème d'emplois, lequel peut certes se résoudre par de l'immigration, sauf que l'immigration soulève d'autres difficultés sur l'équilibre sociétal et ouvre d'autres débats, comme on le constate aujourd'hui compte tenu des flux importants de migrants venus du sud. 

3e point : Pour une majorité d'écologistes militants, la baisse de la natalité n'est pas forcément une mauvaise nouvelle. Les militants écologistes considèrent que la planète n'est pas capable de supporter une démographie aussi nombreuse, qu'il y a trop de ressources naturelles consommées, que l'écosystème est abîmé par l'excès de production et de consommation, d'où le réchauffement climatique, d'où les appels à la non-croissance et même à la décroissance, c'est-à-dire un modèle où les populations ne vont pas se renouveler, mais vieillir. Et le premier moyen pour freiner la croissance est de freiner la natalité. 

L'analyse des écologistes est  cohérente, elle s'inscrit dans le malthusianisme le plus classique qui date du 19e siècle où Malthus s'inquiétait déjà d'un excès de population. Voir Sandrine Rousseau se vêtir de ses habits d'économiste spécialisée dans la protection de l'environnement et l'entendre se féliciter de la baisse de la natalité n'est finalement pas surprenant, elle, qui milite pour une écologie punitive ce  qui aurait pu  la conduire à interdire, comme en Chine, de faire plus de deux enfants par famille. 

La société moderne, la culture, le goût exaspéré de la liberté individuelle et de la jouissance ont semble-t-il contribué à freiner la natalité, ce qui lui convient parfaitement, elle qui réclame moins de croissance. 

Le problème, c'est que moins d'enfants, c'est moins de croissance, c'est moins de pouvoir d'achat, moins d'emplois, moins de progrès, moins de moyens et moins de niveau de vie. Même dans ses rêves les plus fous, Sandrine Rousseau, devenue femme politique dans une grande démocratie libérale, n'aurait  jamais osé promettre un projet de société aussi peu ambitieux, aussi archaïque parce qu'aussi rétréci. Donc cette  de la natalité est une bénédiction puisqu’elle participe à la décroissance. 

Mais il y a plus grave, la baisse de la natalité condamne purement et simplement les systèmes de retraites fondés sur la répartition pour lesquels elle s'est toujours battue. Comment en effet financer une retraite par répartition dans un modèle de société où la proportion d'actifs ne cesserait de diminuer pour une part d'inactifs de plus en plus nombreux. 

La seule société dans le monde qui a pris conscience des effets du vieillissement de sa population est la société japonaise et qui très tôt a pris des dispositions pour que la population survive correctement en dépit d'un déficit d'actifs. Pour réussir ce pari, Tokyo a depuis un demi-siècle investi massivement dans une industrie pérenne, en localisant ses industries dans d'autres pays où il y a plus de main-d'œuvre et plus de consommateurs ; parallèlement, le gouvernement japonais a généralisé les retraites par capitalisations. Cette capitalisation est financée par les revenus financiers annuels des investissements. Bref, le Japon s'en sort grâce à ses fonds de pensions, grâce aussi à ses délocalisations industrielles dans des régions du monde plus dynamiques que l'archipel. 

Délocalisation industrielle d'un côté, fonds de pension de l'autre pour gérer les produits financiers, on n'a pas entendu Sandrine Rousseau emprunter ces outils-là pour faire face aux effets pervers de la dénatalité. Pas encore. 

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