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Le vote communautaire est en phase d'essoufflement.
Le vote communautaire est en phase d'essoufflement.
©Reuters

Paysage changeant

Municipales 2014 : enseignements et conséquences cachés du scrutin

Fin du verrouillage électoral dans les banlieues, déclin du Parti communiste, montée des petits partis, désaveu des grands partis, et troublant écart entre les extrêmes gauche et droite,... Autant d'éléments qui se cachent derrière les résultats des élections municipales.

Xavier  Chinaud

Xavier Chinaud

Xavier Chinaud est ancien Délégué Général de démocratie Libérale et ex-conseiller pour les études politiques à Matignon de Jean-Pierre Raffarin.

Aujourd’hui, il est associé du cabinet de stratégie ESL & Network.

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La fin du verrouillage électoral dans les banlieues

En l'occurrence, on retient de ce scrutin que le vote communautaire, auquel je n'ai jamais réellement cru du reste, est en clairement en phase d'essoufflement. Ainsi à Toulouse le maire sortant Pierre Cohen avait multiplié les promesses dans les quartiers dits difficiles afin d'utiliser les ressorts communautaires. Cela n'a cependant pas été autant suivi d'effet qu'auparavant alors ces promesses en questions se sont vite heurtées aux nombreux animateurs de quartiers qui ont souhaité dénoncer de vieilles ficelles électorales. On ne peut d'une certaine manière que s'en réjouir.

Ce que l'on a connu pendant longtemps dans les quartiers Nords de Marseille, avec des réseaux d'influence très développés capables de faire voter des zones entières comme un seul homme, ou presque, ne sont plus crédibles aujourd'hui. Ce que l'on a appelé le "socialisme municipal" arrive à son terme alors que les arguments développées par les cadres de la gauche ne trouvent plus preneurs. Les consciences ont évolué en la matière, notamment depuis les émeutes de 2005 qui ont marqué une rupture supplémentaire. On peut ainsi dire que personne n'a été élu dimanche dernier grâce aux vieilles méthodes employées hier dans certaines communes. S'il y a eu une prise de conscience de la part des animateurs des communautés, on peut aussi dire que c'est le cas des élus actuellement.

Le crépuscule des "bastions rouges" suite aux disputes entre FDG, PC et PS

Le Parti Communiste a entamé son déclin depuis bien longtemps, si il serait inexact de le donner pour mort, l’érosion se poursuit néanmoins à chaque scrutin. Est-ce seulement du aux divisions à gauche ? pas seulement, c’est probablement le déclin du PC qui engendre les candidatures socialistes et non l’inverse.

Sur les villes de plus de 30.000hab le bilan est parlant : le PC perd 8 mairies : Aubagne (UMP), Vaulx en Velin (PS), Bagnolet (PS), Bobigny (UDI), Le Blanc Mesnil (UMP), Villepinte (UMP), Villejuif (UMP), Saint Ouen (UMP) mais en conserve 17, dont 6 au 1er tour. Des bastions existent donc toujours et l’apport de voix communistes à certains maires socialistes dimanche a de fait joué dans leurs victoires.

Est-ce la fin du "verrouillage électoral dans les banlieues" ? il faudra encore du temps pour cela, tant les problèmes qui se posent dans la périphérie des grandes villes restent une réalité, peut être que les métropoles en cours de création y contribueront dans l’avenir, en tout cas d’avantage que celui d’un passage du PC au FN.

La montée des divers droites et divers gauche

La "montée" est très relative en ce sens que les scores des "divers gauche" "divers droite" et "divers" n’est pas marquante par rapport aux élections de 2008.

Il y a 36.681 communes en France dont 28.000 de moins de 1000 habitants et seulement 1000 de plus de 9000 habitants, la réalité des "étiquettes politiques" dans les petites communes est donc très floue et ce malgré l’obligation nouvelle pour les candidats de la déclarer.

A chaque élection municipale ont été élu quelques "divers" dans telle ou telle grande ville fréquemment soutenus par un grand parti et assez souvent un apparentement à l’un d’entre eux se fait ultérieurement, il n’est donc pas évident de parler de forte progression dans les villes de plus de 30.000 habitants après le scrutin de dimanche.

Le désaveu du système des partis

Le niveau de défiance à l’égard des partis politiques : seuls 8% des français leur font confiance,  justifie à lui seul certains résultats ici et là, mais cela ne se traduit que modestement. N’oublions pas que 920.000 français, c’est un record, se sont porté candidat dans ces élections et une majorité par le biais des partis politiques. Le recul du PS a joué là aussi dans des villes comme Montpellier ou Grenoble mais les résultats des listes dites "citoyennes" n’est pas très significatif au lendemain du 2eme tour ; j’ajoute que dans de nombreuses communes les listes gagnantes comportaient des membres "de la société civile".

Le troublant écart entre extrême-droite et extrême-gauche

Depuis l’élection présidentielle, il apparait clairement que le Front de Gauche de Jean Luc Mélenchon n’a pas atteint ses objectifs. Plutôt que de retenir un électorat populaire, déçu par le PS de gouvernement et attiré par le vote contestataire, ceux–ci vont majoritairement voter FN, il a radicalisé son discours au détriment de la majorité dont il est issu.

A de rares exceptions dans des logiques d’alliances locales, l’extrême gauche n’a pas conforter son existence dans ce scrutin.

Le FN est le gagnant de ce match des "extrêmes" totalisant dans les villes ou il était représenté des scores très élevé.

Il est toutefois important d’étudier l’ancrage politique initial des abstentionnistes, nul doute que nombre d’entre eux ne sont pas éloigné des positions "extrêmes" et les "partis de gouvernement" ne doivent pas négliger le fait que l’agrégat abstention/vote extrême représente près de la moitié des électeurs…

D'autres symboles se nichent aussi dans les résultats de ces élections

L’héritage municipal de François Mitterrand est bien entamé dans ces élections, avec la perte de Jarnac, de Nevers ou de Conflans Sainte Honorine, si il est vrai que Château Chinon reste à gauche dès le 1er tour, notons toutefois qu’il n’y avait pas de liste de droite dans cette commune.

Avec la perte de Niort, d’Angoulême et l’élection de JF Fountaine à la Rochelle, Ségolène Royal présidente de la région Poitou Charente ne sort pas indemne de ces élections, tout comme le Président de l’Assemblée Nationale Claude Bartolone dans son département de Seine St Denis et dans son ambition de présider la métropole du Grand Paris, celle-ci reviendra probablement à l’opposition nationale.

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