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Ces multiples leçons du quinquennat Hollande à ne pas reproduire (et qui nous pendent pourtant au nez)
©IAN LANGSDON / POOL / AFP

Mandat réussi, mode d’emploi

Ces multiples leçons du quinquennat Hollande à ne pas reproduire (et qui nous pendent pourtant au nez)

Alors que l'actuel président vient d'annoncer qu'il ne se représenterait pas, petit tour d'horizon des principales erreurs commises lors de son quinquennat, aussi bien de son côté que de celui de la majorité présidentielle.

Christophe de Voogd

Christophe de Voogd

Christophe de Voogd est normalien et docteur en histoire, spécialiste des idées et de la rhétorique politiques qu’il enseigne à Sciences Po et à Bruxelles. Dernier ouvrage paru : « Réformer : quel discours pour convaincre ? » (Fondapol, 2017).

Spécialiste des Pays-Bas, il est l'auteur de Histoire des Pays-Bas des origines à nos jours, chez Fayard. Il est aussi l'un des auteurs de l'ouvrage collectif, 50 matinales pour réveiller la France.
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Atlantico : Alors qu'en mai 2017 débutera un nouveau quinquennat, quelles sont les leçons qui peuvent être tirées de la gestion de la majorité et de l’exercice du pouvoir par François Hollande ?

Christophe de Voogd : Les leçons sont évidemment multiples, d’une majorité mal contrôlée à l’héritage empoisonné de Martine Aubry en passant par un programme inapplicable, les scandales ministériels et les infortunes personnelles ; les médias les diagnostiquent, les commentent, les énumèrent. Mais tout cela constitue à mes yeux l’écume des choses : le vrai problème du quinquennat aura été la personnalité de François Hollande lui-même face aux événements. En termes machiavéliens, le caractère du Prince face à Dame Fortune. Machiavel recommandait au Prince de savoir s’adapter, jusqu’à changer son caractère et pas seulement sa politique face au défi du moment. C’est ce que François Hollande n’a pas su faire. Son tempérament était particulièrement en décalage avec la période de secousses extrêmes et de transition civilisationnelle que nous connaissons. Elle requérait autorité sans faille et inventivité sans limite : le président sortant n’a ni l’une ni l’autre. Ce qui ne retire rien à son humour, à sa modération et surtout à son désir indiscutable de bien faire.

Un seul domaine de fermeté : les interventions militaires, du Mali à la Syrie. Mais dans ce domaine, il n’avait pas à affronter des conflits au sein du PS. L’armée, ça obéit : c’est autre chose que les Frondeurs ! Et François Hollande déteste le conflit dans son entourage. Ce qu’on ne saurait lui reprocher humainement. Mais politiquement, et contrairement au cliché, il n’a pas été l’homme de la "synthèse" mais du non-choix et plus encore des choix contradictoires : loi ALUR et pacte de responsabilité au même moment ; simplification administrative et compte pénibilité dans le même souffle. Même la politique anti-terroriste, réussie sur le plan policier, a buté sur les dogmes de la gauche en matière pénale. 

Quant à sa non-renégociation du pacte budgétaire européen, elle n’est en aucun cas le signe d’une faiblesse mais d’un calcul très intéressé : éviter toute crise avec l’Allemagne qui se serait traduite par une tension sur les taux d’intérêt. Cela aurait obligé à des économies et à des réformes structurelles, dont la gauche (sauf Valls et Macron) ne voulait à aucun prix. Contrairement à ce qu’on dit partout, la France ne s’est pas "soumise à l’Allemagne" : elle s’est au contraire abritée derrière la crédibilité budgétaire de Berlin pour poursuivre son propre déclin dans le plus grand confort possible, financé à crédit.  

Quelles sont les erreurs commises du côté de la majorité qu'il faudra éviter lors du prochain quinquennat ?

Les leçons du quinquennat ont été en partie retenues par l’opposition actuelle : François Fillon a désormais la haute main sur le Parti et les investitures, à la différence de François Hollande en 2012. Et sa solidité face à l’épreuve lui évitera bien des écueils. En fait nous avons un retour de balancier comme adorent les Français : après l’ "hyper-clivant" (Sarkozy) et l' "hyper-consensuel" (Hollande), le choix pourrait bien se porter désormais sur l' "hyper-résolu", F.rançois Fillon (on l’a vu lors des réformes successives des retraites). Quant à la maîtrise de la majorité parlementaire, François Fillon est un orfèvre en la matière, comme il l’a prouvé lors du quinquennat Sarkozy qu’il a sauvé sur ce plan décisif. Mais attention : l’on va très vite lui reprocher de vouloir faire trop et trop vite dans le même sens, après avoir reproché à François Hollande d’avoir fait trop peu, trop lentement et dans des sens contradictoires !  

Et ceci n’attendra pas l’après-élection. La campagne tout entière va dépendre de la capacité de François Fillon à résister aux charges conjuguées de ce qu’il faut bien appeler l’alliance "FNPS" sur le thème de la "destruction du modèle social français". Il y faudra beaucoup de sens de politique et beaucoup de pédagogie : de rhétorique au sens noble du terme. L’affaire n’est pas du tout pliée. L’équilibre va être très difficile à trouver, et plus encore à expliquer, entre maintien absolument nécessaire du cap général et accommodements dans la méthode et le calendrier. 

Si François Fillon est élu en 2017, et alors que le rôle des centristes n'a pas encore été défini, pourra-t-il, selon vous, éviter de commettre les mêmes erreurs ? 

Il y a une erreur cardinale de François Hollande que François Fillon devra, et sans doute saura, éviter : le mensonge érigé en méthode de gouvernement. J’en prends pour indice le fait que ce dernier a gagné la primaire de la droite sur le mot d’ordre "dire la vérité aux Français". Voilà pourquoi il l’a emporté sur les vérités successives de Nicolas Sarkozy et les vérités en demi-teinte ("d’un côté, mais de l’autre") d’Alain Juppé. Contre tous les cyniques, je crois, là encore comme Machiavel, que la vraie grande leçon du quinquennat Hollande est l’échec du mensonge systématique en politique. Je ne parle pas des promesses non tenues, ni des erreurs de choix et d’hommes, ni des prévisions démenties, pain quotidien de toute politique. Je ne pense même pas que la hausse continue du chômage soit la vraie raison de l’impopularité abyssale du président. Mais la pratique constante, y compris dans sa déclaration finale de "renoncement", de la contre-vérité FACTUELLE a fini par devenir insupportable aux Français : "Au moment où je m'explique, les comptes publics sont assainis, la sécurité sociale est à l'équilibre, la dette du pays a été préservée" : trois affirmations, trois contre-vérités. Et que veut bien donc dire "une dette préservée", surtout quand elle a augmenté de plus de 300 milliards? 

Indiscutablement et sincèrement, François Hollande aura voulu "protéger les Français" : y compris de la vérité.

Vérité du diagnostic et cohérence de l’action seront donc les deux impératifs clés du prochain quinquennat.

Avis aux successeurs…

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