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Les groupes audiovisuels français doivent désormais affronter la concurrence de mastodontes américains.
Les groupes audiovisuels français doivent désormais affronter la concurrence de mastodontes américains.
©Reuters

TV du futur

Canal+ et TF1 doivent-ils avoir peur de Google, Apple et Facebook ?

Le rapport du Président du CSA Michel Boyon sur l'avenir de la TNT sera publié ce lundi. Les chaînes françaises sont sur le qui-vive : les groupes audiovisuels français doivent désormais affronter la concurrence de mastodontes américains.

Francis Balle

Francis Balle

Francis Balle est professeur de science politique à l’université Paris-II Panthéon-Assas. Ancien membre du CSA, il dirige l’IREC (Institut de recherche et d’études sur la communication). Il est également professeur invité, depuis 1981, à l’université de Stanford (Californie). Il est l'auteur de Médias et Sociétés, 15 ème édition, (lextenso éditions, 2011). Il a publié Le choc des incultures aux éditions de l'Archipel (2016).

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Atlantico : Comment envisagez-vous l’avenir de la TNT ?

Francis Baille : Si l’on compare la situation de la TNT à celle de la radio lorsqu’elle a été libéralisée à partir de 1982, nous pouvons remarquer la même constitution progressive de groupes où un navire amiral entraine une flottille de petites stations.

Concrètement, on assiste aujourd’hui à une consolidation dans le secteur de la TNT. Des petites chaines comme Direct 8 viennent s’adosser à un navire amiral (Canal+) constituant une flottille permettant à deux trois ou quatre groupes importants (TF1, M6 et Canal+) d’être suffisamment divers, suffisamment puissants, pour disposer de plusieurs fenêtres d’exploitation pour leurs productions et leurs œuvres.

On assiste dans ce secteur d’activité à ce que l'on assiste dans tous les secteurs : la constitution et la consolidation d’un oligopole, un marché dominé, au bon sens du terme, par trois grands groupes puissants, avec à la marge deux ou trois indépendants.


La concurrence sur le court ou moyen terme de « géants » américains tels que Google, Apple ou Facebook a-t-elle accélérée le processus ?

Il est certain que l’arrivée sur le marché de tels distributeurs de programmes sur Internet a accéléré le processus de consolidation. Cela a entrainé les groupes existants à réagir. Ils prennent clairement les devants. Ils sont installés déjà sur le marché du linéaire (télévision directe), mais veulent également ne pas rater le rendez-vous avec la télévision indirecte, non linéaire ; c'est à-dire des programmes que l’on peut consulter via Internet quand on le veut et d’où on le veut, à partir de n’importe quel écran (ordinateur, console de jeux ou tablette numérique).

L’arrivée de ces poids lourds internationaux de l’industrie numérique risque-t-elle de tendre les relations entre les groupes français ?

Elles sont déjà tendues de toute façon. Ce qui est tout à fait normal. C’est la même histoire dans tous les secteurs d’activité, les relations entre le groupe PSA face au groupe Renault ne sont pas toujours extrêmement amicales. Ils sont déjà concurrents et deviendront de plus en plus concurrents, surtout qu’ils se diversifient au même moment et qu’ils réagissent fort opportunément, au même moment, à l’arrivée d’acteurs étrangers qui sont nés d’Internet. Cette rivalité ne date pas d’aujourd’hui et ne fera que grandir avec le temps.


Peuvent-ils unir leurs forces pour faire face aux géants américains ?

Lorsqu’ils auront trouvé un intérêt commun à faire une plateforme commune pour proposer leurs programmes, ils le feront. Les groupes de presse écrite viennent ainsi de le faire en créant un kiosque numérique commun pour distribuer leurs propres journaux, au même moment, à travers une plateforme unique. Cela a commencé avec la presse quotidienne régionale et s'est étendu ensuite à la presse nationale. A l'origine, quelques groupes n'ont pas souhaité rejoindre le projet, mais ils se sont tous ralliés très vite. Ils veulent garder la main et ne pas se faire voler la vedette par des grands groupes comme Google News ou Yahoo News. Mais le moment de l'union n’est pas venu. Ils ne sont pas encore dans cette situation.


Reste que l’arrivée des Américains est sans cesse annoncée mais qu'ils ne sont toujours pas là. Quelles sont les réelles intentions de Google et des autres ?

Google est discret sur ses actions. Comme tous les grands du net, ils sont, de façon compréhensible, un peu paranoïaques. Ils savent aussi que les Européens sont extrêmement soupçonneux a leur égard, particulièrement les Français. Nous sommes très protectionnistes dans le domaine de l'audiovisuel, ils savent qu'ils ne seront pas accueillis à bras ouverts. 

Quand Bertrand Meheut agite l'épouvantail Google dans l'une de ses dernières déclarations, il cherche à accélérer le mouvement, à prendre position plus vite, et peut-être, à œuvrer pour que l'autorisation du CSA lui soit accordée plus rapidement et plus facilement.

On peut très bien imaginer que les grand groupes américains dont nous parlons n'arrivent jamais. Il y a déjà eu, comme cela, des annonces de certaines chaines de télévisions transatlantiques qui n'ont jamais abouti. Mais il est tout de même fort probable qu'ils débarquent en France. Personne ne sait quand, mais ils arriveront.  Ils vont lancer des ballons d'essais, en Belgique ou au Luxembourg. C'est la tendance lourde de la télévision actuelle, avoir des programmes consommés en différé en plus de ceux consommés en direct.

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