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Le secrétaire général de l'OTAN, Jens Stoltenberg, lors d'une conférence de presse au siège de l'OTAN à Bruxelles, le 7 avril 2022.
Le secrétaire général de l'OTAN, Jens Stoltenberg, lors d'une conférence de presse au siège de l'OTAN à Bruxelles, le 7 avril 2022.
©François WALSCHAERTS / AFP

Stratégie

Menaces sur la Lituanie : que prévoient vraiment les plans de l’OTAN en cas d’attaque russe sur l’Europe de l’Est ?

Alors que l’application des sanctions occidentales contre la Russie vis-à-vis des marchandises en transfert vers l’enclave de Kaliningrad suscite de nouvelles menaces russes, la Première ministre estonienne s’inquiète de plans de l’OTAN qui laisseraient de facto le temps à la Russie de rayer les pays Baltes de la carte avant une réplique militaire.

Jérôme Pellistrandi

Jérôme Pellistrandi

Le Général Jérôme Pellistrandi est Rédacteur en chef de la Revue Défense nationale.

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Atlantico : Depuis quelques jours, la Lituanie a instauré des restrictions sur certaines marchandises russes transitant vers de l'enclave de Kaliningrad. En réaction, Moscou a menacé Vilnius de représailles « sérieuses ». Que s’est-il passé ?

Jérôme Pellistrandi : La Lituanie met simplement en œuvre des sanctions demandées par l’Union Européenne dans le cadre de la guerre en Ukraine. Ces sanctions devaient commencer à partir du 17 juin. Il ne s’agit donc pas, de la part de cet État balte, d’une volonté d’aggraver la situation existante. La relation entre la Russie et les États baltes était déjà très complexe, ce qui explique la réaction virulente de Moscou.

Kaja Kallas, Première ministre de l’Estonie, a indiqué que les plans de défense actuels de l'OTAN pour les trois États baltes consistaient à les laisser être envahis avant de les libérer après 180 jours, ce qui reviendrait à ce que le pays soit « rayé de la carte ». Cette affirmation est-elle crédible ? Quels sont les rapports de force actuels ? La confrontation ouverte est-elle possible ?

Nous sommes actuellement dans une logique de crispation et de tension. Depuis l’indépendance des États baltes, et plus récemment depuis leur entrée dans l’OTAN, la question de leur défense se pose, sachant qu’en vertu de l’article 5 de l’alliance atlantique, une attaque contre l’Estonie serait considérée comme une agression envers l’ensemble des pays membres.

La véritable problématique est d’ordre tactique. L’Estonie et la Lettonie possèdent des frontières communes avec la Russie. Comme la Lituanie, ces pays ont « peu de profondeur », c’est à dire qu’ils seraient relativement faciles à envahir pour la Russie. De plus, leur défense par l’OTAN serait assez compliquée. Une attaque de la Russie pourrait donc être désastreuse pour ces pays, mais au vu de la situation actuelle, Moscou ne peut pas se permettre d’engager des hommes sur deux fronts simultanément.

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Avant l’invasion de l’Ukraine par la Russie, l’OTAN assurait déjà une mission de présence auprès des États baltes, avec des patrouilles aériennes notamment. Nous sommes donc dans une posture de dissuasion, mais celle-ci a été renforcée depuis le 24 février. L’objectif est de faire comprendre à Moscou qu’il ne faut pas s’attaquer ou même déstabiliser ces pays. Même si les forces de l’OTAN ne sont pas présentes de manière permanente sur les territoires baltes, il y a de nombreux roulements. De plus, en cas d’attaque aérienne, les forces russes seraient confrontées à de nombreux avions de l’OTAN.

Enfin, il faut bien noter qu’une attaque des pays baltes serait un véritable casus belli pour l’OTAN : la prise de risque serait beaucoup trop élevée pour la Russie. Les gesticulations diplomatiques de Moscou ne relèvent donc pas d’une menace réelle car l’armée russe n’est pas en mesure d’ouvrir un second front au nord, surtout après le renforcement des capacités militaires des pays baltes et des pays d’Europe de l’Est.

Quels sont les scénarios prévus par l’OTAN en cas d’offensive russe envers les pays Baltes ? Que se passerait-il en cas d’offensive russe ?

Il faut déjà noter qu’il serait très facile pour l’OTAN de suivre une montée en puissance de l’armée russe, avant une éventuelle attaque. L’OTAN prendrait donc les devants en envoyant des troupes au sol et des moyens aériens, même si ces plans restent confidentiels.

À ce titre, le sommet de l’OTAN, qui va avoir lieu cette semaine, est très important. Il prévoit de renforcer le dispositif de défense à l’Est, aussi bien que pour les États baltes que pour des pays comme la Roumanie. Il s’agit d’ores et déjà d’un échec supplémentaire pour Vladimir Poutine, qui souhaitait éloigner l’OTAN de ses frontières.

D’autres scénarios sont-ils prévus en cas d’offensive non-armée ?

Qu’il s’agisse d’une attaque conventionnelle, hybride, d’une cyber guerre ou autre, l’OTAN possède de nombreux plans qui restent confidentiels. Ce qui est certain, c’est qu’il serait hors de question de laisser Moscou s’en prendre à un des membres de l’alliance atlantique. Une riposte serait donc inévitable et demanderait un effort extrêmement conséquent à Moscou dans le cadre d’une guerre conventionnelle.

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