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Le patron de Numericable fait l'objet de menaces de la part du gouvernement.
Le patron de Numericable fait l'objet de menaces de la part du gouvernement.
©REUTERS/Philippe Wojazer

Minis-Jojo la terreur

Menaces de Fleur Pellerin et Arnaud Montebourg au PDG de Numericable : combien de patrons concernés par ricochet ?

Patrick Drahi, PDG de Numericable et bientôt de SFR, fait l'objet de menaces répétées de la part du gouvernement. Tantôt c'est Arnaud Montebourg qui brandit le contrôle fiscal, tantôt c'est Fleur Pellerin qui crie au retrait de licence.

Gilles Saint-Paul

Gilles Saint-Paul

Gilles Saint-Paul est économiste et professeur à l'université Toulouse I.

Il est l'auteur du rapport du Conseil d'analyse économique (CAE) intitulé Immigration, qualifications et marché du travail sur l'impact économique de l'immigration en 2009.

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Atlantico : Après qu'Arnaud Montebourg a menacé Numericable d'un contrôle fiscal, Fleur Pellerin estimait le 16 mars, lors d'une interview donnée au JDD, que Patrick Drahi doit "rapatrier sa résidence fiscale en France, et gérer ses affaires depuis Paris." Elle le menaçait également de lui retirer sa licence s'il supprimait des emplois. Pour autant, le gouvernement est-il légitime ? Que lui est-il vraiment possible de faire dans une situation semblable ?

Gilles Saint-Paul : Ce type de comportement est plus digne d’une république bananière que d’un état de droit. Un gouvernement soi-disant démocratique et républicain ne peut pas appliquer un traitement différent à différents citoyens selon son humeur du moment. Au contraire, il est censé, entre autres, garantir l’égalité devant la loi. M. Drahi jouit des mêmes droits que les autres, en particulier (puisque le servage a été aboli par Louis XVI en 1779) celui d’établir sa résidence où bon lui semble. Le gouvernement n’a donc aucune légitimité. D’autant que ces menaces font suite au refus des propriétaires de Vivendi d’obtempérer à ses injonctions et sonnent comme une punition. Cependant, sa capacité de représailles est néanmoins considérable, à travers l’attribution de marchés publics, l’inspection du travail, l’URSSAF, etc. On peut déplorer la relative indifférence dans laquelle se déroulent ces abus de pouvoir, et qui est due à l’indigence de la culture libérale parmi les élites et les commentateurs. Il semblerait que toute forme d’arbitraire soit acceptable dès lors qu’elle invoque "l’emploi" ou le ressentiment contre les riches. 

En partant de ce principe ; qui sont les gens concernés par ce genre d'annonce ? Quels sont les patrons et hommes d'affaires Français à devoir s'inquiéter des menaces de madame Pellerin ?

Tout le monde et personne, et c’est bien cela qui est grave. Le gouvernement considère qu’il n’y a pas de frontière entre la sphère économique et son domaine d’intervention, et se permet toutes sortes d’ingérences dans la gestion d’entreprises privées. Mais par ailleurs il n’a nullement la capacité d’administrer l’ensemble de l’économie et j’ose espérer que nos ministres ont bien compris que même s’ils y parvenaient, ce serait une catastrophe. Le résultat c’est que l’État est un facteur de nuisance mineur mais imprévisible. Pour un patron, c’est une incertitude supplémentaire avec laquelle il faut vivre.

Quelles seront les conséquences de ces annonces ? Comment devraient réagir les investisseurs étrangers ? Que risquons-nous, finalement ?

Les investisseurs étrangers sont déjà "au parfum" et savent s’adapter au système. Il est probable qu’ils révisent à la baisse leur opinion sur la transparence et la protection des droits de propriété dans ce pays, suite à ces nouvelles ingérences. Mais je crois qu’ils sont avant tout sensibles à l’incertitude sur la fiscalité et l’évolution des déficits. En tous cas on observe une forte baisse des investissements directs étrangers en 2013.

Enfin… Qu'est-ce que ce "capitalisme à la Française" nous coûte ? Annuellement ?

Il serait utile de dresser l’inventaire des coûts imposés à l’économie française par le capitalisme de connivence. On peut citer les entraves à la concurrence consenties aux lobbies (telles que les lois Galland et Raffarin), les distorsions de concurrence dues à la présence d’acteurs privilégiés par la puissance publique (caisse des dépôts, audiovisuel public, Air France, SNCF…), les problèmes de gouvernance des grandes entreprises (mainmise d’une oligarchie proche de l’Etat au détriment des actionnaires, conflits d’intérêts entre Etat-actionnaire et Etat-régulateur, aggravés par la promiscuité entre dirigeants d’entreprises et hauts fonctionnaires issus des mêmes réseaux) et enfin les errements de la politique industrielle (du "plan calcul" à "Quaero") dont les politiques semblent s’obstiner à ne pas tirer les leçons. 

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