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Olivier Faure (PS), Marine Le Pen (RN) et Jean-Luc Mélenchon (LFI) en amont d'un débat politique sur France 2.
Olivier Faure (PS), Marine Le Pen (RN) et Jean-Luc Mélenchon (LFI) en amont d'un débat politique sur France 2.
©PHILIPPE LOPEZ / AFP

Intentions de vote

Mélenchon contre la droite nationale : la fracture politique piège des banlieues populaires

Une enquête de l’Ifop pour Écran de veille y montre la prédominance de ces deux votes. Si les choix électoraux des habitants de ces quartiers sont évidemment respectables en soi, la dynamique de ces dernières années comme la confrontation entre visions irréconciliables, elles, peuvent inquiéter.

François Kraus

François Kraus

François Kraus est Directeur des études politiques au département Opinion de l'Ifop.

 

 

 

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Atlantico : Vous avez mené une enquête de l’Ifop pour Écran de veille, la revue mensuelle du site GlobalWatchAnalysis. Quelles sont vos principales conclusions ? 

François Kraus : Dans cette enquête, on s’intéresse aux comportements électoraux et aux enjeux du vote au sein des territoires paupérisés. En l'occurrence, on ne parle pas de quartiers populaires mais de banlieues populaires, les communes des périphéries pauvres. On n’est donc pas uniquement dans une vision restrictive qui viserait à interroger les cités, ce qu’on appelle souvent les quartiers prioritaires de la ville et qui concentrent tout un ensemble de problèmes. On s’interroge uniquement sur les communes défavorisées au sens large, et cette enquête brise le cliché qui avance que toutes les cités votent communiste ou Mélenchon.

On se rend compte dans votre étude qu’il y a une certaine prédominance du vote Mélenchon et de la droite nationaliste, comme celle du Rassemblement National. Comment l’expliquer ? 

On remarque deux phénomènes. Une droitisation générale, on plutôt une dégauchisation. Globalement, dans ces quartiers, la gauche ralliait environ 54% de la population en 2012, contre 36% aujourd’hui. Parallèlement, au sein de chaque camp, on remarque une certaine radicalisation, à gauche comme à droite. Dans les quartiers prioritaires, on remarque un réel attrait pour Jean-Luc Mélenchon, alors que dans les quartiers qui ne le sont pas mais qui restent quand même pauvres, il y a ce que Jérôme Fourquet appelle un effet visière, ce qui signifie que la crainte liée à l’insécurité et l’immigration provoque un vote très fort pour l’extrême-droite. 

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Comment expliquer ces tendances de droitisation et de dégauchisation ? 

Le phénomène de dégauchisation est assez général pour les catégories populaires, de moins en moins sensibles à des questions de sécurité, d’immigration ou de sauvegarde des services publics. On remarque aussi dans les quartiers prioritaires une déception à l’égard de la gauche sociale-démocrate. Cela s’explique notamment par les promesses non tenues liées aux contrôles au faciès, qui avaient été faites par François Hollande. Dans ces communes, il y a donc une perte assez forte de l’emprise de la gauche de gouvernement. En 2012, on avait vu des stars de foot et de la télévision appeler à voter à gauche pour « avoir la peau » de Sarkozy, qui apparaissait anti-banlieue, anti-cité… Les promesses de cette gauche ne tiennent plus aujourd’hui, on préfère donc soit la gauche radicale, soit le macronisme, même s’il est en décalage sociologique avec les habitants de ces territoires. D’ailleurs, s’il y a encore beaucoup de maires divers gauches dans ces banlieues, on ne voit pas d’effet d'entraînement, à la différence des communes qui ont des maires communistes. 

Quelle est la responsabilité de la droite de gouvernement qui n’arrive pas à retenir les banlieues qui vont directement ou plus ou moins directement à l’extrême droite ? 

La droite de gouvernement fonctionne dans les villes où il y a un électorat assez aisé et diplômé, ce qui n’est pas le cas dans les banlieues pauvres. Dans ces territoires, ils partent donc toujours perdants. Par exemple, Nicolas Sarkozy en 2007 avait pu susciter un certain engouement chez les populations actives des quartiers défavorisés, avec un discours sur la discrimination positive et l’insécurité, mais in fine, il a aussi fait l’objet d’une forte déception. On ne peut donc pas s’étonner que cette droite ne s’en sorte pas très bien, même si Valérie Pécresse ne fait pas un score ridicule dans ces communes.

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Comment Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen ont rassemblé autant de voix dans ces territoires ? Qu’ont-il fait pour expliquer ce ralliement ? 

Ils jouent sur l'électorat populaire, peu diplômé, et pas forcément très intellectualisé. Selon les critères et l’importance que les habitants accordent à différents sujets, ils seront portés sur la radicalité de la gauche ou de la droite. Cela dépend aussi de l’environnement et de l’origine des individus. Dans notre enquête, nous avons interrogé tout un ensemble de petites villes de périphérie du nord-est de la France, pauvres certes, mais qui ne correspondent pas à l’archétype type des cités de banlieue avec des barres d’immeubles de 30 étages. 

Existe-t-il de la part du Rassemblement National et de La France Insoumise une attention particulière à cet électorat, avec des propositions qui parlent à ces différentes communautés ? 

Le positionnement de La France Insoumise se situe clairement dans un discours de lutte contre l’islamophobie, ce qu’on ne retrouve pas chez les communistes ou les socialistes, qui sont dans une vision plus classique, plus universaliste de la laïcité et de l’anti-racisme. Pour nous, il y a des choses intéressantes à voir et qui démontrent que Jean-Luc Mélenchon a une certaine prime dans les minorités ethniques et religieuses. 

Retrouvez la note de synthèse de l'érude de l'fop pourÉcran de veille : 

PRESIDENTIELLE : POUR QUI VOTERONT LES ‘‘BANLIEUES POPULAIRES’’ ?

Si les « banlieues » ont pu focaliser l’attention médiatique lors de précédentes campagnes présidentielles (ex : 2007), elles sont cette année relativement délaissées par des candidats qui y voient soit des territoires sans électeurs, soit des zones repoussoirs marquées par l’insécurité, le repli communautaire ou le terrorisme…

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Afin d’y voir plus clair sur les comportements électoraux et les enjeux du vote au sein de ces territoires paupérisés, Écran de veille, la revue mensuelle du site GlobalWatchAnalysis, a commandé à l’Ifop une enquête dans les villes de banlieues les plus populaires. Réalisée auprès d’un échantillon national représentatif des 10% des banlieues les plus pauvres de France, cette étude montre qu’au cours des 10 dernières années, la gauche a perdu une grande partie du vote des « banlieues populaires » sauf au sein des quartiers concentrant le plus de difficultés (les « quartiers prioritaires ») où des candidats de la gauche radicale comme Jean-Luc Mélenchon dominent encore les intentions de vote. Quant aux ressorts du vote de ces banlieues, ils apparaissent davantage portés par des demandes « matérielles » d’ordre socio-économique que par des questions de société comme la lutte contre les discriminations, le racisme ou le sexisme.

Étude Ifop pour Ecran de Veille réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 13 au 16 décembre 2021 auprès d’un échantillon de 1 003 personnes, représentatif de la population adulte résidant dans les 10% des « banlieues les plus pauvres » de France métropolitaine. 

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