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Martine Aubry était hier mardi à Paris.
Martine Aubry était hier mardi à Paris.
©Reuters

L'Édito de Jean-Marc Sylvestre

Martine Aubry va finir par tuer La Redoute

Martine Aubry voudrait précipiter la mort de La Redoute qu'elle ne s’y prendrait pas autrement. Mardi, entre des rendez-vous politiques à Paris, un déjeuner avec Jean-Marc Ayrault et un entretien avec François Hollande auquel elle aurait apporté soutien et loyauté dans la tempête qu’ils traversent, elle a aussi vu François-Henri Pinault, PDG du groupe Kering (ex-PPR, Pinault – Printemps - Redoute), avec qui elle aurait eu une explication orageuse sur le dossier de La Redoute.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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Pourquoi un tel activisme ? Tout simplement parce que Martine Aubry n’a pas oublié qu'elle pouvait avoir un destin national et qu'en cas de remaniement gouvernemental, elle pouvait être le Premier ministre de la deuxième partie du quinquennat. Aucune raison de laisser la place à Manuel Valls ou à Claude Bartolone qui sont, eux aussi, en concurrence pour le job. Les amis de Martine Aubry pensent qu'elle a une carte à jouer, d’où la visite à Paris. Mais Martine Aubry n’oublie pas que la condition de base de sa carrière, c’est la mairie de Lille. La maire de Lille n’admet pas qu'on laisse tomber une des entreprises les plus emblématiques du Nord de la France surtout à quelques mois des élections municipales.

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En plus, défendre une entreprise en difficulté, se battre aux côtés des ouvriers comme et venir faire la leçon à François-Henri Pinault, le fils de l’un des hommes les plus riches de France, tout cela renforce son image de gauche et son ancrage à gauche. C’est bon pour les municipales, ça pourrait être très bon pour sa candidature à Matignon. Face à Manuel Valls très populaire dans l’opinion et qui incarne une gauche moderne, responsable et pragmatique, Martine Aubry apparait beaucoup plus conforme aux valeurs traditionnelles du PS. Son « ami » Arnaud Montebourg, ministre du Redressement a d’ailleurs repris son habit de défenseur des entreprises en difficulté et s’est fendu d’un communiqué brutal prévenant les « Pinault » qu'il était hors de question de céder l’entreprise sans que l’État soit d’accord, avec les conditions de la cession. Histoire de bien montrer que Martine Aubry avait raison.

La situation est d’un cynisme total. Tout se passe comme si les difficultés de La Redoute étaient désormais utilisées à des fins de politique politicienne. Le problème, c’est que cette prise en otage risque de tuer complètement l’entreprise. La Redoute a des repreneurs sérieux mais, devant l’enjeu et le caractère éminemment  politique, ces derniers risquent fort de baisser les bras. La Redoute n’est pas, c’est vrai, une entreprise comme les autres. Le groupe Pinault s’est toujours comporté de façon exemplaire. Ce qui se passe aujourd’hui n’est une surprise pour personne. Surement pas pour le personnel et les syndicats qui sont informés depuis de nombreuses années. Surement pas pour la mairie de Lille, surement pas pour la classe politique de droite comme de gauche que François Pinault, le père, a toujours renseigné sur ses projets.

La Redoute a été très longtemps un des leaders en Europe de la vente par correspondance, un peu comme les 3 Suisses. Ces entreprises-là, ont profité de l’essor des classes moyennes après la guerre et jusqu’à la fin du siècle. A partir des années 2000 et l’avènement de l’internet, l’ensemble des modes de distribution ont changé. Le consommateur a changé. Il préfère aller chez Zara ou H&M plutôt que de parcourir un catalogue de vente par correspondance. Le e-commerce s’est également développé avec des entreprises nouvelles comme Ventes-Privées ou Amazon.

Devant cette évolution, le groupe Pinault a changé lui aussi de stratégie. Il a investi massivement dans les marques internationales  comme Gucci, Saint-Laurent et s’est dégagé des circuits de la distribution traditionnelle comme les magasins du Printemps, Conforma.

Mais jamais, le groupe Pinault n’a bradé une entreprise. Il a toujours choisi des solutions qui ménagent leur avenir et celui de leurs salariés. La FNAC par exemple est restée dans le groupe alors que sa rentabilité était médiocre en attendant de trouver un acquéreur. Sur La Redoute, le monde des affaires dans son ensemble savait depuis longtemps que l’activité n’était plus dans le cœur de la stratégie Pinault. Tout le monde savait qu'il fallait engager des investissements de modernisation pour transformer La Redoute en géant du e-commerce type Amazon.

Pinault s’est donc mis en chasse d’un acquéreur possible. Il a ouvert des négociations sérieuses avec deux repreneurs possibles. Un fond d’investissement, dont l’ambition était très certainement plus financière qu’économique, et puis une société qui est déjà implantée dans le e-Commerce puisque c’est elle qui a reprit Rue du commerce.com à ses fondateurs.  Les deux acquéreurs étaient complémentaires et considéraient que le site web de La Redoute, qui génère déjà 85% du chiffre d’affaires du groupe avec près de 10 millions de visiteurs par jours pouvait, avec quelques investissements, devenir un des champions du monde de la vente sur internet.

Les deux projets avaient programmé une réorganisation de l’entreprise avec dans un premier temps 700 suppressions d’emplois. Le groupe Pinault lui, avait budgété une enveloppe de 200 millions d’euros pour financer la restructuration sociale qui ne devait pas entrainer de licenciements secs, mais plutôt s’opérer par des départs volontaires. L’enjeu était de pouvoir réembaucher quelques mois plus tard du personnel plus jeune et formé au commerce digital.

Tout le monde savait les détails du plan et on ne peut pas reprocher aux dirigeants du groupe Pinault de s’être mal conduit dans cette affaire. Le problème, c’est qu’il aurait fallu qu’elle  se dénoue très vite, avant la fin de l’année.

Mais fait nouveau, les politiques s’en mêlent, de façon désordonnée, bruyamment et brutalement. Martine Aubry et ses amis ont vu un levier de communication très fort. Non seulement pour les municipales mais pour se reconstruire une image nationale. Arnaud Montebourg s’en est mêlé en menaçant de tout bloquer. Le résultat de tout cela, c’est qu'une fois de plus, la politique risque de tout mettre par terre. Les fonds d’investissements vont jeter l’éponge, les acquéreurs vont se sauver ou demander à l’État des subsides qu'il n’a pas. Bref, les premières victimes : La Redoute et son personnel. La journée à Paris de Martine Aubry n’a pas tué le dossier, mais elle l’a sérieusement abîmé.   

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