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Gays et lesbiennes 
attraperont-ils enfin le bouquet ?
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Mariage homo à l'Assemblée

Gays et lesbiennes attraperont-ils enfin le bouquet ?

Ce mardi, l’Assemblée nationale va étudier la proposition de loi socialiste sur le mariage homosexuel, proposition dans les cartons depuis 2006. Les débats risquent d’être houleux et passionnés.

Christophe Regina

Christophe Regina

Christophe Regina est doctorant A.T.E.R. en histoire moderne à l'Université de Provence (Aix-Marseille I) et membre du Groupe en histoire des Femmes. Il est l'auteur de La violence des femmes : histoire d’un tabou social (Max Milo, 2011).

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Se pose au-delà du mirage stupide de la procréation et des pseudos impératifs biologiques, des questions beaucoup plus complexes derrière un problème qui n’en est pas un. La France est au demeurant une république laïque et, par voie de conséquence, tout argument théologique devrait être exclu du champ politique. Les arguments biologiques avancés encore aujourd’hui par certains membres de la majorité sont tout aussi scandaleux que les propos se fondant sur les Écritures pour interdire l’union de personnes du même sexe.

Doit-on rappeler que la procréation relève d’un choix et non d’un devoir ? Les femmes ne sont pas toutes destinées à être mère ! Elles ne sont pas le four des nations auxquelles elles devraient fournir de nouveaux citoyens ! Hommes et femmes font certes partie du règne animal, ont le pouvoir d’engendrer une descendance, mais jouissent surtout du logos, de la raison qui les distingue foncièrement des autres animaux. La France respecte les convictions religieuses de ces citoyens, lutte contre les discriminations racistes et pourtant demeure sourde au désir d’officialiser le bonheur de ceux et celles qui veulent engager et lier leur destin devant la loi et pourquoi pas devant Dieu ?

« Couvrez ces homos que je ne saurais voir : Par de pareils objets les âmes sont blessées, Et cela fait venir de coupables pensées ».

La France serait-elle un néo tartuffe, prônant des valeurs universelles tout en repoussant gentiment et discrètement du pied les questions qui, au-delà d’engager la loi, remettent en cause une tradition judéo-chrétienne ? Les arguments spirituels sont contradictoires et se fondent davantage sur le biologique que sur les textes. Dieu n’est-il pas amour ? N’est-ce pas ce qu’on assène à qui veut bien l’entendre ? Dans sa grandeur comment pourrait-il s’opposer à l’amour de ses enfants ? Dieu pourrait très bien être gay, en serait-il moins grand ? La relation au divin est intimiste, personnelle et ne doit en aucune manière interférer avec la loi, la politique et l’État. Se demander si un homme peut en épouser un autre ou bien si une femme peut en épouser une autre revient d’un point de vue juridique à dicter les formes d’amour que la loi consacre et celles qu’elle exècre.

« Les citoyens sont égaux devant la loi, sans distinction d’origine, de race ou de religion »

Sommes-nous bel et bien en 2011 ? Ère du progrès et de la technologie ? Ne sommes-nous pas plutôt encore au XVIe siècle lorsque l’on se posait la question de savoir si les amérindiens avaient une âme et donc s’ils étaient des hommes ? La pensée de Las Casas n’a jamais été autant d’actualité. Interdire le mariage homosexuel c’est faire insulte aux droits de l’Homme, quoi de plus sacré que le droit d’aimer ? Les opposants rétorqueront qu’ils n’ont jamais interdit aux couples homosexuels de s’aimer, mais à leur façon, pas comme les citoyens «  normaux » et de préférence de loin. La République serait-elle donc une république à deux vitesses ? Les Français se sont-ils concrètement posés la question suivante : « En quoi le fait d’accorder le mariage aux homosexuels nuirait-il à mon bonheur ? ». En quoi faire de tous les citoyens français des citoyens égaux en droits serait-il préjudiciable au bon fonctionnement de la société ?

La philosophie des Lumières piétinée

Certains Français ont une réponse fort avisée à ces questions… Les propos homophobes de la députée UMP du Tarn-et-Garonne Brigitte Barèges au sujet du mariage homosexuel sont édifiants : "Et pourquoi pas des unions avec des animaux ?" [Propos dont-elles s'est excusée lors de la commission dans laquelle elle siégeait et qui n'ont pas été portés au compte-rendu NDLR]. Est-ce donc là le visage de la démocratie ? Est-ce donc ce genre d’individus que les Français ont élus pour incarner les valeurs de la philosophie des Lumières ? Est-ce donc ainsi que l’on rend hommage aux valeurs de la République ? Mme Barèges revenant sur l’affaire a indiqué vouloir  «poser dans son propos la question de la pertinence d'adapter systématiquement la loi et les institutions à l'évolution des mœurs». Il est vrai que les homosexuels sont une nouveauté… voilà des siècles que la législation française ne les évoque que pour les pourchasser, voilà quelques décennies que l’amour entre personnes du même sexe n’est plus criminel, et elle ose dire qu’il s’agit d’une « évolution des mœurs » ?

« Aux armes citoyens, Formez vos bataillons ! »

La République serait-elle le fruit d’une législation hétéro normée ? Serait-elle  l’héritière d’une tradition judéochrétienne sclérosée et inadaptée ? Oui. Mais un régime qui marginalise, un régime qui entretient des contingents de laissés pour compte est un régime en péril. Un régime qui n’œuvre pas au bonheur et à l’épanouissement de tous ses citoyens est condamnable.

Qu’est ce qui terrifie tant les détracteurs du mariage homosexuel ? La possibilité d’adopter ? Est-il utile de rappeler que la législation française est extrêmement rigoureuse en matière d’adoption et que beaucoup de couples hétérosexuels peinent à adopter. Que nos inquisiteurs dorment tranquille : le jour où les homosexuels pourront adopter, ils feront objet de la même rigueur que les hétérosexuels de la part des services sociaux.

Le jours où l’on ne parlera plus que de parents, le jour où les couples ne seront plus stigmatisés par leur sexualité, le jour où on ne parlera plus que d’hommes et de femmes et non d’homos ou d’hétéros, alors la France pourra bomber le torse : elle s’approchera enfin de l’idée de démocratie.

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