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Manuel Valls.
Manuel Valls.
©Reuters

Vote de confiance à blanc

Manuel Valls arrache une confiance Canada Dry à la majorité… mais l’attelage peut-il vraiment tenir jusqu’en 2017 ?

41 députés PS se sont abstenus lors du vote consultatif sur le programme de stabilité budgétaire que la France va soumettre à l'approbation de Bruxelles. Des abstentions qui laissent augurer des jours difficiles pour le gouvernement.

Anita Hausser

Anita Hausser

Anita Hausser, journaliste, est éditorialiste à Atlantico, et offre à ses lecteurs un décryptage des coulisses de la politique française et internationale. Elle a notamment publié Sarkozy, itinéraire d'une ambition (Editions l'Archipel, 2003). Elle a également réalisé les documentaires Femme députée, un homme comme les autres ? (2014) et Bruno Le Maire, l'Affranchi (2015). 

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Trois semaines seulement après avoir obtenu un confortable vote de confiance ( 306 voix sur 577 ) de la part de sa majorité, Manuel Valls doit déchanter. Sa majorité a rétréci et la règle de l'unanimité de vote du groupe socialiste a volé en éclats. Quarante et un députés PS se sont en effet abstenus lors du vote consultatif sur le programme de stabilité budgétaire ( qui prévoit cinquante milliards d'économies d'ici 2017), que la France va soumettre à l'approbation de Bruxelles. Des abstentions qui pèsent lourd dans le contexte politique actuel et qui laissent augurer des jours difficiles pour le gouvernement au moment où il devra faire voter le budget rectificatif pour mettre en œuvre des mesures de réduction des dépenses publiques d'une part et, d'autre part, financer d'importantes baisses de charges pour les entreprises afin qu'elles améliorent leur compétitivité et surtout qu'elles embauchent. Hier, le Premier ministre a donc dû se contenter de 265  votes favorables contre 232 votes négatifs et 67 abstentions ( dont certaines émanant des centristes et de quelques UMP qui avaient valeur de "non mais" et d'autres "d'abstentions positives"). Rien de bien dramatique, puisque majorité il y avait et que ce vote était seulement indicatif.

Pour Manuel Valls, soupçonné de dérive droitière par une partie du PS, il importait d'obtenir une majorité de gauche pour ce vote, fut-il consultatif. Sur ce point, il a été exaucé. Ce n'est pas la toute petite poignée de votes favorables de l'UMP et de l'UDI ( respectivement une et trois voix ) qui a fait pencher la balance mais bien les députés socialistes.

Dans l'hémicycle, le débat s'est déroulé de la même manière qu'un vote de confiance : le rituel est le même avec temps de parole programmé pour chaque groupe et dépôt d'un bulletin dans une urne. Mais juridiquement, le résultat n'engage pas le gouvernement, ce qui en fait un "vote de confiance Canada Dry", une sorte de vote de confiance à blanc. En tous cas, cet exercice s'est révélé être un bon indicateur de l'état du Parti socialiste et de la majorité en général. Au fur et à mesure qu'approchait que la date du débat, le gouvernement a été contraint de dramatiser l'enjeu, car la contestation enflait dans les rangs du PS, révélant ainsi le fossé existant entre ceux ( majoritaires pour l'instant ) qui adhèrent au virage social-libéral de François Hollande mis en œuvre par Manuel Valls au nom de l'indispensable réduction des déficits, et ceux qui rejettent une politique d'austérité pénalisant les plus modestes et favorisant "les entreprises" sans exigence de contrepartie. Le malaise couvait depuis longtemps, mais la grogne avait été mise sous le boisseau pendant la campagne des municipales. Au lendemain d'une défaite historique, elle a éclaté avec la publication d'une lettre ouverte signée par une centaine de parlementaires réclamant un nouveau "contrat de majorité" et une "réorientation de la politique européenne" mettant fin à l'austérité.

L'avertissement a été pris suffisamment au sérieux pour que l'on réunisse le groupe pendant les vacances parlementaires et Manuel Valls a corrigé sa copie en  revenant sur le gel des retraites inférieures à 1200 euros par mois en promettant l'application du "plan pauvreté" dès cette année et en acceptant les augmentations de salaires pour les fonctionnaires les plus modestes. Le coût de ces concessions varie autour de deux milliards. De quoi ramener un certain nombre de récalcitrants dans le droit chemin, d'autant que ces mesures concrètes ont été assorties d'un lobbying intense mené par le nouveau secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement Jean-Marie le Guen et les services du Premier ministre, orfèvres en la matière, puisqu'ils ont fait leurs classes auprès de Michel Rocard, alors à la tête d'une majorité relative. De leur côté, les responsables ont manié la carotte et le bâton, mêlant appels au sens des responsabilités à des menaces à peine voilées. Mais les concessions du gouvernement ont été jugées insuffisantes pour ceux qui forment traditionnellement "l'aile gauche" du PS des élus de 2012 comme Jean-Marc Germain, l'ancien directeur de cabinet de Martine Aubry, Pascal Cherki, Mathieu Hanotin, Christophe Léonard, Laurent Baumel, Catherine Troallic, mais aussi des parlementaires plus chevronnés comme Christian Paul ou Pierre-Alain Muet, ancien conseiller économique de Lionel Jospin. Et le vibrant plaidoyer de Manuel Valls dans le huis clos de la réunion de groupe, qui a "parlé avec ses tripes", aura tout juste permis de convaincre une poignée de récalcitrants de ne pas déposer un bulletin "non" dans l'urne et peut-être quelques abstentionnistes de finir par voter "oui". Quant aux menaces, elles n'ont guère ébranlé leur détermination, car au final leur investiture dépend du vote des militants, forcément intransigeants.

Hier, les Verts ont une fois de plus fait la démonstration de leur incohérence en votant "non" tout en se réclamant de la majorité, et le Front de Gauche a entériné sa rupture avec l'exécutif, qui a abandonné l'esprit du discours du Bourget au cours duquel François Hollande avait décrété : "mon ennemi, c'est la Finance". Tout cela augure des jours difficiles pour le gouvernement de Manuel Valls, qui va devoir transformer les intentions en actes. Le vote d'un budget rectificatif avant l'été s'annonce périlleux. Faute de majorité assurée, le Premier ministre va devoir actionner l'arme fatale qu'est l'article 49 alinéa 3, c'est-à-dire engager sa responsabilité devant le Parlement. Et ce ne serait alors qu'en cas de vote d'une motion de censure pour laquelle des élus socialistes joindraient leurs voix à celles de l'opposition que le texte serait rejeté. On n'en est pas là et les députés n'ont pas envie de se faire hara-kiri. Mais le climat pourrait bien s'alourdir encore après les européennes qui s'annoncent au moins aussi catastrophiques que les municipales pour le PS. Des perspectives bien sombres pour le PS où l'on s'interroge désormais ouvertement sur la manière de tenir jusqu'en 2017 si la situation économique ne s'améliore pas sensiblement dans les prochains mois. Question sans réponse pour l'instant.

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