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Le président russe Vladimir Poutine et le président français Emmanuel Macron au château de Versailles, le 29 mai 2017.
Le président russe Vladimir Poutine et le président français Emmanuel Macron au château de Versailles, le 29 mai 2017.
©STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

50 nuances d’euro-ambiguïtés 

Mais pourquoi ce sommet surprise UE - Russie ? 

Mis au menu du Conseil européen dans la foulée du sommet Biden Poutine, ce sommet reflète-t-il une convergence des Européens réunis autour d’un intérêt commun… ou des arrière-pensées très différentes selon que l’on soit à Paris ou à Berlin ?

Michael Lambert

Michael Lambert

Michael E. Lambert est titulaire d'un doctorat obtenu à Sorbonne Université en collaboration avec l’INSEAD - Campus de Fontainebleau (décembre 2016). Son analyse au sein de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) porte sur la psychologie politique et les acteurs de la politique étrangère de la Chine et des États-Unis en Eurasie. (Twitter : @Mischa_Lambert)

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Atlantico : Une semaine après la rencontre entre Joe Biden et Vladimir Poutine, la France et l'Allemagne réclament également un sommet similaire avec l'Union européenne. Qu'est-ce qui a pu déclencher cette demande ? Les tensions avec Prague ? La Biélorussie ? Le désir de suivre le rythme de Biden ? Les tensions en mer Noire ?

Michael Lambert : La volonté de relancer le dialogue entre l'Union européenne (UE) et la Russie fait écho à la rencontre entre les présidents américain et russe à Genève, mais elle est tout autant nécessaire dans la mesure où elle permettra de générer un  échange entre les deux grandes puissances de l'UE - France et Allemagne - et la Russie, par opposition aux pays d'Europe de l'Est - République tchèque, Pologne, pays baltes, Estonie - qui monopolisent et enveniment le dialogue UE-Russie depuis le début de la crise en Crimée (2014). 
Ce sommet arrive à un moment où l'UE doit impérativement trouver des réponses à de nouveaux défis, notamment des réponses aux tensions entre l'UE et la Biélorussie car elles pourraient conduire à des mutations géopolitiques majeures, dont la reconnaissance diplomatique de l'Abkhazie par Lukashenko. 
Ce sommet pourrait déboucher sur le renouvellement d'une coopération affaiblie suite à l'expulsion de diplomates russes en République tchèque et dans les États baltes pour espionnage en 2021. Il est également nécessaire pour la France d'avancer sur la question du Haut-Karabagh et l'avenir du groupe de Minsk de l'OSCE, ainsi que pour l'Allemagne d'accroître sa coopération économique avec la Russie avec Nord Stream II, ce qui requiert une meilleure entente avec le Kremlin. 

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Que pouvons-nous attendre d'une telle réunion ? Les intérêts européens seront-ils enfin garantis ?

Une telle rencontre est certes symbolique, mais elle permettra de faire émerger une vision plus plurielle de l'Europe et de montrer au Kremlin que l'UE dispose de deux puissances mondiales avec l'Allemagne - puissance économique - et la France - puissance nucléaire et plus grand territoire maritime du monde - qui comprennent la position diplomatique russe. 
Les services de renseignement attendent beaucoup de cette rencontre, notamment la DGSE et le BND, car la question de la reconnaissance de l'Abkhazie par la Biélorussie est un élément fondamental qui pourrait avoir des conséquences mondiales, comme ce fut le cas pour la reconnaissance de l'Abkhazie par la Syrie en 2018. 
Il s'agira également de montrer que l'UE reste une grande puissance dans un contexte post-Brexit, et qu'elle continue de soutenir la Grande-Bretagne malgré les récentes divergences. À cet égard, le sommet UE-Russie abordera l'incident entre les marines russe et britannique en mer Noire.

Si la réunion peut apporter des résultats aux différents Etats membres, la France et l'Allemagne qui ont initié la réunion ne sont certainement pas sans arrière-pensées. Quels sont leurs intérêts personnels à discuter avec Poutine ?

Pour Berlin, il est essentiel d'apaiser les tensions avec Moscou afin de justifier le projet Nord Stream II. Suite à la fermeture des centrales nucléaires, l'Allemagne doit importer son énergie et il est difficile de convaincre les citoyens allemands d'acheter davantage de gaz russe à un moment où les relations bilatérales s'amenuisent. 
Pour la France, cela permettrait de relancer des dossiers comme la coopération dans la lutte contre le terrorisme, la lutte contre le réchauffement climatique, et d'éviter un rapprochement Russie-Chine. Moscou devrait avoir la possibilité de travailler avec d'autres pays que la Chine, et stigmatiser la politique du Kremlin entraîne une coopération accrue avec Beijing au détriment de Bruxelles, ce qui n'est pas dans l'intérêt des Etats-Unis, de l'Union européenne et de la France. 
Pour simplifier, l'Union européenne doit s'incarner dans la France et l'Allemagne, deux grandes puissances, et non dans de petits pays comme la République tchèque ou les pays baltes, qui ne saisissent pas la dimension internationale et ont encore une approche régionale.

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