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Certains électeurs de gauche seraient tentés de voter en faveur d’Emmanuel Macron dès le premier tour, selon une récente étude.
Certains électeurs de gauche seraient tentés de voter en faveur d’Emmanuel Macron dès le premier tour, selon une récente étude.
©Fred TANNEAU / AFP

Intentions de vote

Mais où sont passés les électeurs de gauche ? Et si la réponse était : (aussi) chez Emmanuel Macron ?

Fortement divisée à la fin du quinquennat de François Hollande, la gauche n'a pas su se reconstruire. Une partie d'entre elle privilégie désormais la position centriste qu'incarne Emmanuel Macron. Et la radicalité d'une certaine gauche n'aide pas.

Adelaïde  Zulfikarpasic

Adelaïde Zulfikarpasic

Adelaïde Zulfikarpasic est directrice du département opinion BVA.

 
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Atlantico : En octobre 2021, dans le cadre d’une étude BVA pour la fondation Jean Jaurès, vous aviez souligné la tentation d’un vote utile, chez certains électeurs de gauche, en faveur d’Emmanuel Macron dès le premier tour. Dans quelle mesure peut-on penser que ce phénomène est toujours prégnant ?

Adélaïde Zulfikarpasic : Selon les données de ce sondage qui date du mois d’octobre, les tendances observées montraient que - dans un moment où la campagne était centrée sur la percée d’Eric Zemmour - une part des électeurs de Benoît Hamon en 2017 ou des sympathisants PS actuels avaient comme intention de voter pour Emmanuel Macron dès le premier tour. 

Et parmi ceux qui exprimaient un vote en faveur de Anne Hidalgo,Yannick Jadot ou encore Mélenchon, on remarquait également une certaine tentation en faveur d’Emmanuel Macron puisqu’une part d’entre eux affirmaient qu’ils n’excluaient pas de voter finalement pour Emmanuel Macron au premier tour, notamment pour faire barrage à l’extrême-droite.

Cette proportion de sympathisants de gauche qui pensent voter pour Emmanuel Macron reste non négligeable aujourd’hui : selon un sondage plus récent, réalisé cette semaine, après la déclaration de candidature d’Éric Zemmour et la désignation de Valérie Pécresse, on remarque que si 40% des sympathisants PS projettent de voter pour Anne Hidalgo, 21% d’entre eux ont l’intention de voter pour Emmanuel Macron. On observe toujours un phénomène similaire, mais dans une moindre mesure (10%), chez les électeurs de Benoît Hamon. 

Il faut garder en tête un élément très important quand on travaille sur les questions de participation électorale et d’abstention. Un des leviers les plus puissants est sans aucun doute l’utilité du vote. La première raison évoquée par les abstentionnistes pour expliquer pourquoi ils ne votent pas est d’ailleurs « le sentiment que leur vote ne sert à rien ». Or, dans le contexte actuel, voter pour un candidat de la gauche peut sembler dénué d’intérêt pour certains électeurs. Certains d’entre eux peuvent penser que leur vote n’a pas de sens s’il ne permet pas de représenter leurs idées au second tour et si, à l’inverse, il existe un risque que des candidats d’extrême-droite y accèdent. Paradoxalement d’ailleurs, la percée actuelle de Valérie Pécresse dans les sondages, qui rend moins « incontournable » l’hypothèse d’un second tour Macron-Le Pen, peut bénéficier à la gauche : les électeurs de gauche se sentiront moins « tenus » d’effectuer un choix de raison au premier tour et plus libre de voter selon leurs convictions.

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Qu’est-ce qui peut expliquer la bonne santé d’Emmanuel Macron dans les sondages ?

Je pense que deux facteurs expliquent la bonne santé d’Emmanuel Macron dans les sondages. Le premier est structurel. La stratégie du « en même temps » d’Emmanuel Macron et son « torpillage » de la gauche et de la droite a fonctionné. Les électeurs qui ont voté pour Emmanuel Macron au premier tour de la présidentielle étaient pour la majorité des sympathisants du PS. On voit également qu’Emmanuel Macron a su attirer dans son gouvernement des personnalités d’une droite plutôt centriste comme Bruno le Maire ou encore Edouard Philippe. La stratégie du Président porte donc ses fruits. Deuxième explication : sa popularité est relativement bonne par rapport à ses prédécesseurs à la même période du mandat présidentiel, notamment portée par un bilan de la gestion de la crise sanitaire plutôt perçu positivement.

Les candidats de gauche, quels qu’ils soient, réalisent des scores faibles dans les derniers sondages. Où sont leurs électeurs ?

Quand on regarde la manière dont se positionnent les Français par rapport à la gauche aujourd’hui, on remarque que moins de 6% d’entre eux se déclarent proches du Parti Socialiste. Quand le champ de possibles est de 6% pour le PS, comment voulez-vous qu’ils aient un score plus élevé dans les sondages ? Les électeurs de gauche, et notamment du PS, ont pour nombre d’entre eux rallié Emmanuel Macron. Il ne faut pas perdre de vue qu’avant 2017, l’échiquier politique était axé en grande partie autour de la gauche et de la droite. Le centre était alors extrêmement faible. Aujourd’hui, cet espace part de la droite du PS à la gauche Des Républicains et capte environ un quart de l’électorat, qui regroupe de nombreux électeurs de gauche. Dans nos enquêtes d’intentions de vote, l’ensemble de la gauche regroupe aujourd’hui environ autant d’électeurs que lors du premier tour de l’élection présidentielle de 2017, soit environ 27%. En conclusion, la gauche ne s’est pas reconstruite. C’est sans doute le résultat de la stratégie d’Emmanuel Macron mais également la conséquence du bilan de François Hollande. Déjà le quinquennat du précédent Président avait mis à jour des divergences au sein de la majorité de la gauche. La synthèse réussie par une personnalité comme François Mitterrand mais aussi plus récemment par Lionel Jospin ne semble plus à l’ordre du jour (rappelons que trois des candidats actuels de la gauche sont issus du Parti socialiste).

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Une certaine radicalité de l’offre politique à gauche est-elle un facteur un explicatif de cette tentation d’un vote plus centriste ?

Je pense que cela peut y contribuer, même si ce n’est sûrement pas le facteur principal. On voit effectivement qu’il y a une porosité limitée entre ces différents électorats qui pourraient voter pour Jean-Luc Mélenchon, Yannick Jadot ou Anne Hidalgo. On voit également que les électeurs de Benoît Hamon ne sont pas vraiment en accord avec la ligne d’Anne Hidalgo, qui incarne le PS, que les mélenchonistes ne se sentent pas proches des écologistes et inversement. Peut-être que cette radicalité va de pair avec cette fragmentation de la gauche, malgré des points de convergence. Il y aurait donc un problème d’entente entre les différentes gauches, alors que les valeurs cumulées des électeurs de droite témoignent d’une droitisation certaine de l’échiquier politique. Ce qui me frappe, c’est la montée en puissance de ce triptyque identité/immigration/sécurité qui engendre un certain climat anxiogène et que l’on peut ressentir à travers différents sondages. C’est sûrement ce qui a permis à des candidats de droite de percer récemment. Or, et cela peut sembler paradoxal, les Français expriment des attentes encore plus fortes sur des thématiques de la santé et du pouvoir d’achat, mais aussi dans une moindre mesure sur des thématiques plus sociales comme l’avenir de notre système de protection sociale ou l’éducation. Tous ces sujets qui pourraient être portés par la gauche n’émergent pas. C’est assez frappant et presque perturbant. 

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Pourquoi Anne Hidalgo n’arrive-t-elle pas à réunir des soutiens et à reconquérir des voix notamment parties chez Emmanuel Macron ? 

Il y a bien évidemment la problématique du vote utile mais elle reste mineure et d’autres facteurs expliquent ce phénomène. Le socle électoral du PS, rappelons-le, est très faible, avec 6% de l’électorat français. De nombreux sympathisants socialistes apprécient Hidalgo, contrairement à ce que l’on pourrait penser. Son parcours personnel est intéressant, c’est une femme de conviction qui n’hésite pas à se mettre a dos une certaine partie de la population en étant ferme sur ses convictions, notamment autour des problématiques écologistes. Elle possède des traits de personnalité assez attrayants mais cela ne suffit pas pour conquérir les personnes qui ne lui sont pas acquises aujourd’hui. Si elle ne suscite pas la critique, elle ne donne pas suffisamment envie pour autant. Ses traits d’images ne sont pas mauvais, mais rien ne lui permet de séduire véritablement les Français autour d’un projet aspirationnel. 

En conclusion, je pense que pour réussir à dépasser ces 6% du socle électoral potentiel, il lui faudrait énormément d’éléments convergents, comme par exemple une capacité à imposer les thématiques de gauche dans le débat public ou un soutien de personnalités et elle n’a pas aujourd’hui ces ingrédients entre les mains. 

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