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Machiavel, l’éducation d’un penseur pas si machiavélique
©Santi di Tito / Wikipedia

Bonnes feuilles

Machiavel, l’éducation d’un penseur pas si machiavélique

Qui était vraiment Nicolas Machiavel ? Le penseur toscan, qui a donné son nom à un adjectif célèbre, est passé à la postérité pour être un adepte du cynisme et de la manipulation. Cette légende noire cache pourtant un authentique penseur de génie. Extrait de "Machiavel", de Jean-Yves Boriaud, aux éditions Perrin (1/2).

Jean-Yves  Boriaud

Jean-Yves Boriaud

Professeur de langue et de littérature latine à l'université de Nantes, Jean-Yves Boriaux est une spécialiste de la Rome à l'âge de la Renaissance. 

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Machiavel est né, on l’a dit, le 3 mai 1469. De sa petite enfance, nous ne savons pratiquement rien, puisqu’à aucun moment son œuvre – par essence politique – ne lui donne l’occasion de confidences ou de simples retours sur cette période. Toute idée de regard réflexif et attendri sur cette époque envisagée comme le temps des erreurs, des ébauches et, au mieux, des apprentissages était d’ailleurs bien loin, alors, des mentalités littéraires. Quant aux Ricordi de son père, qui laissent fort peu de place à l’affectif, ils ne nous éclairent que sur la dimension pratique et culturelle de l’éducation de Niccolò.

Nous savons ainsi quand et auprès de qui il apprit le latin. Le statut de cette langue était en effet essentiel à Florence : le latin qu’avait longtemps pratiqué le Moyen Âge perdait alors de son rôle social, au profit d’une langue qui, avec la (re)découverte du latin antique, allait en s’apurant: globalement, le latin de «communication» des années 1500 n’a plus grand-chose à voir avec son homologue médiéval. Il est la langue documentaire, la langue des actes légaux que le notaire rédige sur les indications qu’on lui a apportées en toscan, et dont il donne une relation – toscane – aux contractants. Il est aussi une langue littéraire, qu’ont illustrée des écrivains comme Boccace ou Pétrarque, et sa connaissance est indispensable à qui fait profession d’humanisme.

Car l’humanisme est l’«idéologie» à la mode dans la Florence du Quattrocento et du Cinquecento : appuyée sur un certain nombre de textes anciens, de Platon (en traduction) à Cicéron, elle affirme la primauté de l’homme dans l’échelle des valeurs du temps, postule que l’Antiquité détint des savoirs absolus, inégalables, et que sa science a été transmise par la langue savante, le latin. Il fallait donc enseigner le plus tôt possible cette langue aux enfants (l’enseignement primaire, dès le xiiie  siècle, était très développé à Florence ), et on disposait pour cela de plusieurs instruments pédagogiques, dont le plus connu était le Donatello (le Petit Donat): Bernardo nous confirme, à la date du 6 mai 1476, que ce fut bien là le manuel d’apprentissage du jeune Machiavel (auprès de «maître Matteo, maître de grammaire », sis a pié del ponte a Santa Trinita et payé 5 soldi par mois).

C’était un instrument très ancien puisque son auteur, Donat (Aelius Donatus, le maître de saint Jérôme), était un grammairien du ive  siècle : ce best-seller grammatical eut la vie dure puisqu’il fit référence jusqu’au xve  siècle. Il était divisé en deux parties, un Ars minor (Manuel élémentaire), pour les débutants, et un Ars major (Grande Grammaire) pour le perfectionnement. Machiavel usa, nous dit Bernardo, du Donatello, c’est-à-dire sans doute de l’Ars minor.

Extrait de "Machiavel", de Jean-Yves Boriaud, aux éditions Perrin

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