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Le président du groupe LR à l'Assemblée nationale, Olivier Marleix, prononce un discours à la suite de la "déclaration politique générale" du Premier ministre, le 6 juillet 2022
Le président du groupe LR à l'Assemblée nationale, Olivier Marleix, prononce un discours à la suite de la "déclaration politique générale" du Premier ministre, le 6 juillet 2022
©BERTRAND GUAY / AFP

Moment clé pour la droite

LR face au défi du retour en ligue 1 après avoir perdu toutes les batailles culturelles des dernières décennies

Les Républicains vont devoir fixer un cap et une nouvelle stratégie en cette rentrée politique. Quels sont les écueils à éviter à droite face à la situation politico-institutionnelle ?

Arnaud Benedetti

Arnaud Benedetti

Arnaud Benedetti est Professeur associé à Sorbonne-université et à l’HEIP et rédacteur en chef de la Revue politique et parlementaire. Son dernier ouvrage, "Comment sont morts les politiques ? Le grand malaise du pouvoir", est publié aux éditions du Cerf (4 Novembre 2021).   

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Atlantico : A quel point la rentrée sera-t-elle importante voire déterminante pour la droite ?

Arnaud Benedetti : A nouveau Les Républicains sont à un carrefour, même s’il s’agit de penser leur avenir au-delà de la seule  rentrée. Ce parti d’élus qui n’est plus fondamentalement un parti de militants est confronté à la question de sa survie et de son identité. La seconde déterminera la première. Depuis le début de la législature, le groupe parlementaire LR à l’Assemblée, celui du Sénat également ont plutôt accompagné, moyennant des infléchissements impulsés sur un certain nombre de textes, le gouvernement. Globalement l’opposition constructive ou utile a été le choix effectué par ce que l’on appelait par le passé la droite de gouvernement, sachant qu’une partie de celle-ci s’est ralliée depuis plusieurs années à Emmanuel Macron. In fine sur la durée, c’est-à-dire depuis 2017, l’équation pour LR demeure la même : il lui faut comme dans l’Evangile s’efforcer « d’entrer par la porte étroite » et d’élargir ce passage entre un RN en dynamique de normalisation et un astre macroniste qui a triangulé d’une telle manière qu’il a démonétisé pour une grande part l’offre des Républicains. Tout se passe comme si nonobstant son effort pour perdurer et tenter de se différencier l’ancien grand parti de droite conservatrice n’était plus qu’une marque secondaire, disposant de quelques places fortes notabiliaires mais dont la capacité à se projeter nationalement était profondément dévaluée. Il va de soi qu’à première vue, les LR sont encore plus affaiblis qu’ils ne l’étaient en 2017 et durant toute la législature précédente. Mais si l’on fait l’effort de dévier d’un pouce notre regard, l’absence de majorité parlementaire leur confère un poids qu’ils n’avaient pas lors du premier quinquennat d’Emmanuel Macron, malgré un groupe à l’Assemblée nationale moins important que voici cinq ans et une défaite majeure à la présidentielle. Tout l’enjeu pour LR est de savoir si cette formation peut oui ou non se racheter, pour filer la métaphore sportive, un ticket d’entrée en Ligue 1.

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Quelle architecture de la droite serait la plus intelligente face à la situation politico-institutionnelle ?

A y regarder de près, l’entre-deux que constitue l’opposition constructive est une solution peut-être de raison en apparence mais qui s’expose à terme à renforcer cette perception de déclassement ou de marginalisation. A moins de disparaître progressivement dans le registre des utilités comme ce fut le sort du vieux et grand parti radical sous la IV ème République, les LR vont devoir trancher entre plusieurs voies : celle de l’accord de gouvernement à l’allemande, démarche proposée par exemple par le Maire d’Orléans et candidat à la présidence de LR, Serge Grouar, celle ensuite du maintien d’une ligne résolument indépendante, fortement ressourcée à droite , ligne préconisée entre autres par Eric Ciotti, celle enfin non-dite, non pensée même d’un rapprochement assumé avec le RN , hypothèse à ce stade improbable car elle nécessiterait une telle énergie transgressive qu’un seul leader à la Mitterrand, mais un Mitterrand de droite, disposant d’un  capital charismatique exceptionnel, serait susceptible de porter. Mais il ne faut pas envisager la politique comme un process stratégique, ne serait-ce que parce qu’il existe une loi fondamentale de l’action humaine parfaitement mise à jour par Max Weber pour lequel « le résultat de l’action correspond rarement à l’intention initiale de l’acteur ». Les circonstances dont il ne faut pas tout attendre mais avec lesquelles néanmoins il faut compter également pourraient faire le reste. La chance des Républicains pourrait être de ce point de vue l’incapacité potentielle du macronisme à se survivre après Emmanuel Macron qui ne pourra pas se représenter et dont l’horizon d’attentes est menacé par les divisions potentielles des aspirants à sa succession, qui plus est dans le contexte mécaniquement  très « fin de règne » d’un second mandat. Comment profiter au mieux des béances de la concurrence ? C’est cette question à laquelle devront aussi répondre les LR tout en essayant d’endiguer la pression toujours plus pressante du RN, celle du macronisme ayant probablement atteint son potentiel maximal.

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Est-il important que la droite fixe une stratégie et un cap dès maintenant pour se préparer aux prochaines échéances dans une optique de retrouver le pouvoir ?

Il convient à minima qu’ils se réincarnent dans un leader, dans une ligne, dans une authenticité. Ce qui leur manque le plus c’est la crédibilité. Ils payent aux yeux de larges couches de l’électorat de droite leurs années au pouvoir depuis Chirac jusqu’à Sarkozy. Les LR objectivent l’impuissance du politique à être : ils ont oublié l’Etat comme facteur structurant de notre imaginaire pour se rallier à un ordo-libéralisme d’importation; ils ont par trop cherché à gauche une respectabilité qui les a empêché d’être crédibles sur les enjeux régaliens - le sarkozysme de ce point de vue est apparu comme une tromperie (fort sur les mots , faibles sur les actes), un subterfuge électoraliste; ils ont bradé l’héritage gaullo-bonapartiste pour s’acculturer à l’orléanisme qui banalise la politique et mutatis mutandis la France, la France étant d’abord une nation politique avant d’être une nation culturelle, et ce depuis les Rois. Les LR incarnent une droite complexée qui aurait perdu toutes les batailles culturelles depuis quatre décennies. Comment retrouver dès lors un crédit qui surmonte le soupçon de l’insincérité ? C’est là leur interrogation existentielle. Le chiraquisme avait été vécu comme une déception, le sarkozysme comme une trahison : depuis toute ces années, la droite née de la fusion du RPR et de l’UDF ne parvient plus à convaincre de la solidité de son système de convictions ; elle est tout à la fois minée par des divisions endogènes et par une inaptitude à répondre à la pression de la mondialisation. Cette dernière rend au demeurant inconciliable l’union de familles qui se positionnent de manière diamétralement opposées sur cette grande question. La grande erreur des LR est d’avoir abandonné le souverainisme à d’autres, au RN notamment qui a repris avec efficience cet étendard . La droite en fin de compte ne garantit plus ce qui était nécessairement inscrit dans ses valeurs : l’ordre et la protection.

Quels sont les écueils à éviter pour elle dans ce nouveau mandat qui s’annonce ? 

Le mandat du prochain président devrait être celui de la clarification tant sur le plan idéologique que sur le plan des alliances. Sur le régalien, sur l’Europe, Les Républicains dans ce qu’il reste électoralement de cette formation n’ont pas fondamentalement intérêt à dupliquer, y compris sur un mode critique, le logiciel macroniste. La différenciation se doit d’être intégrale alors que la mondialisation est entrée dans une phase aiguë de crise. Pour ce faire, il faut repenser de fond en comble le caractère attrape-tout de LR pour le concentrer sur un parti qui parle désormais aux classes qui souffrent le plus de la globalisation : les classes populaires et moyennes. Ce que Laurent Wauquiez avait d’une certaine manière pressenti lorsqu’il était président des Républicains, mais son diagnostic était juste mais prématuré au regard de la situation politique d’alors. L’autre enjeu, encore tabou à ce stade, sera celui de la relation au RN dont on ne peut plus considérer qu’il est le FN des années 1990 et 2000.

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