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Intervention en Libye :
Une nouvelle diplomatie française ?
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Dépoussiéré

Intervention en Libye : Une nouvelle diplomatie française ?

La France et le Président de la République, Nicolas Sarkozy, étaient en première ligne pour que la résolution de l'ONU visant a accepter une intervention armée en Libye soit votée. Cette prise de position pour l’avènement de la démocratie dans un pays arabe est une première pour l’hexagone et marque un changement radical de la diplomatie française.

Guillaume Lagane

Guillaume Lagane

Guillaume Lagane est spécialiste des questions de défense.

Il est également maître de conférences à Science-Po Paris. 

Il est l'auteur de Questions internationales en fiches (Ellipses, 2021 (quatrième édition)) et de Premiers pas en géopolitique (Ellipses, 2012). il est également l'auteur de Théories des relations internationales (Ellipses, février 2016). Il participe au blog Eurasia Prospective.

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S’il est trop tôt pour connaître le résultat des opérations militaires en Libye, force est de constater qu’elles auront un impact durable sur la défense européenne. Contrairement aux guerres récentes, de la Bosnie à l’Irak en passant par le Kosovo ou l’Afghanistan, l’opération Unified Protector est en effet menée, pour l’essentiel, par des armées européennes. Certes, dans le cadre de l’OTAN, les Etats-Unis assument le commandement opérationnel et le Canada a dépêché frégate et avions de chasse. Mais la France, qui a déployé le groupe aéronaval autour de son porte-avion Charles de Gaulle, le Royaume-Uni, l’Italie – avec un groupe aéronaval autour du Guiseppe Garibaldi -, l’Espagne, la Belgique, la Bulgarie, la Grèce - une frégate et une base fort utile en Crète -, les Pays-Bas, la Roumanie, le Danemark, la Norvège ou la Suède forment le gros des troupes. Qatar, Jordanie et Emirats arabes unis apportent une touche arabe à cet ensemble très occidental.

Il n’est pas interdit de penser que la volonté de la France de faire voter, à toute force, la résolution 1973 du Conseil de sécurité, ouvrant la voie à une action militaire contre le régime du colonel Kadhafi, puis de procéder aux premières frappes contre la Jamahiriya, « l’Etat des masses » libyen, constitue un tournant historique. Dans la décision du président Sarkozy de lancer l’opération Harmattan, il entre évidemment une part d’émotion. L’avancée inéluctable des forces pro-Kadhafi vers la ville de Benghazi, qui menaçait de tuer dans l’œuf le mouvement de révolte et d’envoyer un signal dévastateur aux opinions arabes, a cristallisé une angoisse qu’il faut bien le reconnaître, quelle que soit les réserves que peut par ailleurs provoquer le personnage, seul Bernard-Henri Levy a su saisir…

La démocratisation du monde arabe ne fut jamais l’objectif des diplomates français

Mais au-delà de l’émotion, l’intervention en Libye marque une rupture majeure avec la politique arabe de la France. Depuis l’abandon de l’alliance avec Israël en pleine guerre des six jours (1967), la France avait développé des relations privilégiées avec les régimes nationalistes arabes, au premier chef l’Irak de Saddam Hussein. D’abord inspirée par le désir de rivaliser avec l’influence des Etats-Unis et de l’URSS dans la région, ce soutien aux raïs (« chef » en arabe) fut justifié, après 1990, par la peur de l’islamisme. C’est dire que, de l’appui aux militaires algériens refusant de reconnaître la victoire électorale du Front islamique du salut en 1991 jusqu’au refus de la guerre en Irak en 2003, la démocratisation du monde arabe ne fut jamais l’objectif des diplomates français. L’incompréhension de la France face à la révolution tunisienne est le fruit de cette politique.

Avec la Libye, la diplomatie française semble connaître une mue néoconservatrice dont il est encore trop tôt pour savoir si elle sera durable. Elle semble désormais considérer qu’il y a quelque chose d’artificiel dans l’opposition du réalisme et de l’idéalisme. Si la transformation des régimes voisins de la France en démocraties peut sembler un objectif abstrait, voire idéologique et dangereux, bien éloigné des préceptes du réalisme, il est d’un autre point de vue la forme ultime de la Realpolitik. C’est bien la démocratisation de l’Allemagne après 1945, celle du Pacte de Varsovie après 1990, qui ont apporté la paix aux frontières de la France. Le « moteur de l’histoire » semble aujourd’hui se rallumer sur la rive sud du pays, le dernier limes porteur de périls. Comme sa politique de fermeté face aux régimes libyens et syriens semble l’indiquer, Paris souhaite convaincre ses partenaires européens de cette nouvelle approche.

Mais c’est là que le bât blesse. En même temps, et c’est le grand paradoxe, que cette opération militaire européenne se déroule sous l’impulsion de la France et du Royaume-Uni, elle signe aussi la fin de la défense européenne

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