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"L’important est que l’employeur offre un cadre propice à une bonne qualité de vie au travail."
"L’important est que l’employeur offre un cadre propice à une bonne qualité de vie au travail."
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Série : "J’aime ma boîte"

Les secrets des entreprises où on se sent bien

Toboggan, massages, siestes, certaines entreprises ne manquant pas d'originalité ni de cynisme pour entretenir le bien-être de leurs employés. Mais l'épanouissement professionnel ne passe pas nécessairement pas ces touches ludiques mais bien au contraire par un retour à une entreprise "où l'on vient pour travailler".

Denis Monneuse

Denis Monneuse

Denis Monneuse est sociologue, directeur du cabinet Poil à gratter et chercheur à l’UQAM (l’Université du Québec à Montréal). 

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Atlantico : Alors que cette semaine se déroule l’édition 2013 de l’opération « J’aime ma boite », la question du bien-être en entreprise est toujours plus importante dans la société occidentale. Comment définit-on ce bien-être ? Se sentir bien en entreprise veut-il nécessairement dire se sentir « à la maison » comme c’est souvent dit ?

Denis Monneuse : La notion de bien-être est difficile à définir car c’est une notion subjective. Ce qui apporte du bien-être à l’un peut apporter du mal-être à l’autre. Par exemple, certains salariés souhaitent changer de poste tous les 2 ou 3 ans alors que d’autres sont déstabilisés si on leur demande d’évoluer sur un autre poste.

Le bien-être relève en partie du travail, mais pas seulement. Le meilleur employeur du monde ne peut rendre heureux quelqu’un qui n’est jamais content ! Et l’entreprise n’est pas là pour faire le bonheur des gens. Et heureusement ! L’important est que l’employeur offre un cadre propice à une bonne qualité de vie au travail et un cadre qui permette de faire un travail de qualité.

L’entreprise est un lieu de vie mais n’a pas vocation à faire en sorte que les salariés se sentent comme à la maison. Cela peut d’ailleurs être mauvais signe si les salariés commencent à faire de leur bureau un deuxième chez soi : ils viennent avec leurs chaussons, décorent les murs avec les photos de leur chien, leurs enfants et de leurs vacances, adoptent un rythme pépère… mais oublient qu’ils sont là pour travailler et que, contrairement à chez eux, ils ne peuvent pas faire ce qu’ils veulent. Ils sont tenus par un lien de subordination.

Quels sont les éléments lesquels repose le fait que les employés d’une entreprise s’y sentent bien ? Comment jouer dessus pour les améliorer ?

Il existe des milliers de théories sur le bien-être, la satisfaction au travail, la motivation. S’il ne fallait en retenir qu’une pour moi, c’est celle de Frederick Herzberg. Elle est un peu datée puisqu’elle date des années 1970, mais elle est encore pertinente. Il distingue les facteurs de satisfaction et les facteurs de motivation. Les salariés sont satisfaits d’avoir une bonne ambiance, un bon salaire, un beau bureau, etc. Mais on se lasse vite de ces éléments. Une hausse de salaire rend heureux deux semaines puis on se remet à penser qu’on est mal payé. Les facteurs de motivation, à savoir la reconnaissance au travail, l’autonomie, les perspectives de carrière, l’intérêt du travail, sont plus importants. Ils nourrissent plus le sentiment de bien-être. On rencontre ainsi des gens qui ont de super conditions de travail mais qui sont malheureux parce qu’ils ne se sentent pas reconnus et des gens qui ont des conditions de travail médiocres mais qui sont heureux de venir travailler.

Certains secteurs sont-ils naturellement plus propices au bien être en entreprise ou est-ce une question propre à chaque structure ?

Il ne faut pas se voiler la face : travailler dans une entreprise riche et en pleine croissante demeure l’idéal. Car l’entreprise peut à la fois offrir de bonnes conditions de travail et des opportunités de travail intéressantes.

Ceci dit, la qualité de vie au travail dépend beaucoup du management de proximité. C’est ainsi qu’on peut avoir des différences fortes d’un site à l’autre ou d’une équipe à l’autre alors qu’a priori les conditions de travail sont identiques au départ. A une échelle supérieure, les dirigeants sont plus ou moins conscients de l’importance de travailler dans une bonne ambiance. De plus, la façon dont ils travaillent avec leurs proches collaborateurs a tendance à avoir une influence positive ou négative qui se répercutent à tous les échelons au fur et à mesure.

Que penser des initiatives « à la Google » comme les massages aux employés ou les toboggans pour aller à la cantine d’entreprise ? Ne s’agit-il pas d’une sorte de bonheur fournit de force et « tout prêt » aux employés ?

En termes de marketing RH et d’image, c’est très fort. Quand je parle de qualité de vie au travail, mes étudiants citent souvent Google. Toutefois, le mode ludique ne convient pas à tous les secteurs d’activité. Qui prendrait au sérieux son banquier si il y avait un toboggan à côté de son bureau ? Cela ne convient pas non plus à tous les salariés, c’est très segmentant.

En outre, il ne suffit pas de mettre des baby-foot et des billards pour que les salariés soient contents. Au contraire, cela peut être mal perçu quand il y a de vrais problèmes de conditions de travail. Cela peut être considéré comme une façon d’essayer d’endormir ou de divertir les salariés au lieu de s’occuper des vraies difficultés. Je l’ai vu dans une entreprise où les salariés disaient : le baby-foot à la cantine, c’est sympa. Mais ce qu’on demande, c’est qu’on augmente les effectifs car on est surchargé !

Propos recueillis par Jean-Baptiste Bonaventure

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