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Journée de dupes

Les lycéens dans la rue ? Ils ont vite oublié comment ils se sont fait avoir par Leonarda, la collégienne rom !

Les drapeaux rouges étaient brandis par les syndicalistes. Mais il y avait aussi des lycéens. Et le lycéen, ça plaît aux médias.

Benoît Rayski

Benoît Rayski

Benoît Rayski est historien, écrivain et journaliste. Il vient de publier Le gauchisme, maladie sénile du communisme avec Atlantico Editions et Eyrolles E-books.

Il est également l'auteur de Là où vont les cigognes (Ramsay), L'affiche rouge (Denoël), ou encore de L'homme que vous aimez haïr (Grasset) qui dénonce l' "anti-sarkozysme primaire" ambiant.

Il a travaillé comme journaliste pour France Soir, L'Événement du jeudi, Le Matin de Paris ou Globe.

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Les manifs ont des vertus consolatrices et bénéfiques pour le moral vacillant des troupes. De se voir à plusieurs permet d'avoir l'illusion qu'on est très nombreux. Nous ne sommes rien, soyons tout ! Ils étaient donc des dizaines de milliers à défiler hier dans toute la France contre la réforme du Code du travail. Un peu de bonheur pour quelques-uns…

La réforme du Code du travail plaît aux patrons : ce n'est pas une raison pour la trouver bonne. Elle déplaît aux syndicats et à la gauche de la gauche : ce n'est pas une raison pour la trouver mauvaise. Le débat est technique, économique et social : donc tout à fait inaccessible au pauvre ignare que je suis. Mais sur le plan moral, sur le plan éthique, la cause est entendue car je suis de ceux qui pensent que ces mots ont un sens. Hollande est tout à fait illégitime pour porter une telle réforme. Pas lui et pas ça…

Ils sont des millions qui ont cru à ses discours vibrants d'amour pour la gauche éternelle quand il s'agissait de dézinguer Sarkozy. Ils ont été des millions à croire, car il leur a fait croire, qu'avec Hollande le bonheur pouvait être une idée neuve en France. Et ils sont aujourd'hui très nombreux à détester l'homme qui leur a tant menti. Et donc sa loi portant réforme du Code du travail.

Ils ne se trompent pas en conspuant Hollande. Ils se trompent bien sûr en rejetant une loi qui, à première vue, paraît tenir compte des réalités économiques du moment. Qui mobilise ces foules (un bien grand mot) ? Des syndicats. Et vous savez combien de salariés sont syndiqués en France ? 7%, des fonctionnaires pour l'essentiel. Quelle représentativité ! Mais c'est suffisant pour rameuter quelques dizaines de milliers de permanents et de militants.

Les radios et chaînes d'info continues auraient beaucoup moins parlé des manifs d'hier si les jeunes n'étaient pas au rendez-vous. En des temps habituels, c'est sur les "jeunes" des banlieues que les médias s'extasient : ils sont certes un peu turbulents, parfois un tantinet délinquants, mais tellement vivants… Hier, exaltation plus rare, il s'agissait de la jeunesse étudiante et lycéenne.

"90 lycées bloqués !" se pâmait au micro l'envoyée spécial de France Info. 90 lycées ! Bigre ! Je suis allé sur le site du ministère de l'Education nationale : il y a en France 4300 lycées ! Je sais, c'est très méchant d'em….er des pauvres journalistes avec des chiffres contrariants. Alors on va prendre d'autres chiffres a priori plus chaleureux.

En 2013, des milliers de lycéens sont descendus dans les rues. Ils protestaient déjà contre le "fasciste" Valls qui, à l'époque, n'était que ministre de l'Intérieur. Sa Gestapo – oui, le mot fut utilisé ! – avait expulsé vers le Kosovo une enfant innocente et d'apparence très virginale : Leonarda, collégienne, 15 ans, Rom. Et avec elle toute sa famille, le père, la mère et plusieurs sœurs. Ils avaient passé des années – en Italie déjà, avant la France – à trafiquer leurs papiers. L'escroquerie et la triche étaient manifestes.

Mais le mot "collégienne" était paré de vertus magiques. On s'emballa pour la pauvre Leonarda. Le cœur des lycéens est fait d'une matière très facilement inflammable… Les médias imbéciles et irresponsables firent la queue au Kosovo pour interviewer (moyennant finance) un jour le père, un jour la mère, un jour la belle et très plantureuse Leonarda. Puis on se lassa. Les médias se turent. Les lycéens aussi.

Certains d'entre eux sont depuis devenus étudiants. Militants de l'UNEF sans doute. Ils ont certainement manifesté mercredi. Avec leurs benjamins, tout aussi manipulables, des lycées. C'est pourquoi il n'est pas du tout inutile de leur rappeler les transes amoureuses que provoquait chez eux le nom de Leonarda. La manif de mercredi obéit aux mêmes ressorts : niaiserie, bêtise et aveuglement.

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