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Valérie Pécresse lors de son meeting au Zénith de Paris le 13 février 2022.
Valérie Pécresse lors de son meeting au Zénith de Paris le 13 février 2022.
©ALAIN JOCARD / AFP

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Les chefs d’entreprise attendaient Valérie Pécresse au Zénith mais c’est raté. La forme comme le fond n’étaient pas à la hauteur

Comment sauver le soldat Pécresse après son Zénith ? C’est désormais l’obsession de ses partisans qui s’aperçoivent bien qu’il y a désormais un problème, non seulement de posture mais aussi et surtout, de fond et de programme.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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« La forme d’un discours disait Victor Hugo, c’est le fond qui remonte à la surface ». Jamais depuis le début de cette campagne présidentielle, l’exercice très attendu de Valérie Pécresse n’aura illustré aussi bien le propos de Victor Hugo. 

La forme d’abord, ses plus chauds partisans se sont bien aperçus qu’elle ne serait jamais un tribun empathique et convainquant. Mais on s’y serait fait quand même. Il faut beaucoup de métier, beaucoup de caractère, de confiance en soi, de folie aussi, pour résister au vertige que provoque la nécessité de séduire puis d’embarquer une salle de 6000 personnes, beaucoup de force intérieure aussi, pour affronter la pression de son entourage ou de la presse qui doute de sa capacité à assumer une telle épreuve. 

Le discours du Zénith a dû être épouvantable à prononcer pour Valérie Pécresse, sa voix était blanche au point de donner l’impression de crier, son regard perdu à droite puis à gauche et ses hésitations devant les ovations assez convenues. Tout cela ne sentait guère la fluidité et le naturel. La forme n’était pas ce qu‘elle aurait dû être chez un candidat à la fonction suprême du pays. 

Mais le plus grave, dans l’exercice c’est que le fond du discours, c’est à dire le programme ou le cap de son quinquennat n’étaient pas clairs. 

La seule question que se posaient beaucoup de ses partisans était de savoir où elle voulait emmener le peuple de France. Et les chefs d’entreprise qui étaient peut-être ceux qui attendaient le plus de Valérie Pécresse pour se déterminer, ont été aussi les plus déçus. 

Les chefs d’entreprise ont beaucoup de défauts et font beaucoup d’erreurs, pas par malveillance ou par incompétence mais souvent par maladresse.

Le chef d’entreprise a une ambition simple et claire : il veut que son entreprise marche. C’est la raison pour laquelle son métier consiste à trouver des produits ou des services qui correspondent à des envies ou des besoins d’une clientèle qu’il va satisfaire et fidéliser grâce à la qualité de son offre au prix attractif. Son métier n’est pas facile parce qu’il doit mettre en place une organisation pérenne qui lui permette de sortir ses produits et services au prix acceptable par le marché. Par conséquent, il doit gérer ses salariés et ses actionnaires de façon à ce qu’eux aussi, trouvent leur compte. 

Alors dans cette équation, le chef d’entreprise a besoin que l’Etat lui propose un écosystème qui l’autorise à fonctionner et lui facilite la tâche. 

Le chef d’entreprise français sait très bien que ce qui reste de la gauche en France ne l’aidera pas. Cette gauche drivée par Jean-Luc Mélenchon, Anne Hidalgo ou Christiane Taubira ou même Yannick Jadot considèrent les chefs d’entreprises comme des ennemis de classe. Donc tout compromis est inenvisageable.  

Le même chef d’entreprise n’a pas bien compris ce qu’il pouvait attendre des partis de la droite extrême et très populiste. Souvent souverainiste, anti mondialiste alors que lui (ses salariés et ses actionnaires) ont besoin d’une ouverture des marchés mondiaux. 

Alors quand le chef d’entreprise balaie l’ensemble de l’offre politique, il ne peut que s’arrêter sur Emmanuel Macron et Valérie Pécresse.

Emmanuel Macron, parce qu’il raisonne comme un chef d’entreprise. Il veut que ça marche et ne s’embarrasse pas trop d’idéologie. Donc pragmatisme face aux différentes strates de la population avec pour objectif premier : retrouver la puissance économique parce que c’est cette puissance qui donne de la liberté et de l’indépendance. Les Allemands ont essayé de résoudre cette équation pendant les 20 dernières années. Alors le macronisme ne plait pas trop à la gauche intellectuelle parce que ça manque de social, ça ne plait guère à la droite parce que ça manque d’ordre et d’autonomie. Ça sent le compromis et quand on pratique trop le compromis, on risque la compromission.  Ce qui crée des difficultés à Emmanuel Macron, c’est que la réalité de sa politique et le ressenti de cette politique sont très (trop) différents, parce que les faits et les chiffres ne déplaisent pas aux chefs d’entreprises. Ce qui les agacent, c’est que cette réalité soit aussi mal perçue. 

Alors la seule alternative pouvait être Valérie Pécresse, parce qu’elle connaît les faits et les chiffres, elle les respecte, et qu’elle est surtout gérante d’un héritage politique riche et prestigieux. Sa légitimité puise ses racines dans l’œuvre du Général De Gaulle, dans le pragmatisme de Jacques Chirac, du dynamisme de Nicolas Sarkozy, et de la nécessité d’être efficace sur le marché français 
Mais le moins qu’on puisse dire est qu’elle a beaucoup de mal à monétiser cet héritage. Les chefs d’entreprises qui l’écoutaient hier au Zénith n’ont pas compris comment le système français pouvait fonctionner plus efficacement, comment booster le pouvoir d’achat sans hypothéquer les fonctions de l’entreprise, comment profiter de l’Europe sans aliéner son identité, comment réguler l’immigration et protéger nos valeurs, comment rembourser la dette sans asphyxier le système ? Bref, comparé aux autres candidats qui ont une vision ou qui font semblant d’en avoir une, qui ont un programme cohérent, Valérie Pécresse s’est retrouvé en permanence à côté de la plaque. 

Quand on a écouté Valérie Pécresse, on en sort désolés pour elle. Et quand on la compare aux autres candidats, on ne peut pas se consoler comme le dit Sophie de Menthon dans une de ses dernières chroniques. 

La forme n’était pas bonne, mais comme disait Victor Hugo, c’est vraiment le fond qui remontait à la surface.  

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